Désir

Le sexe peut être émotionnellement et physiquement satisfaisant, amusant et épanouissant. Mais le sexe sans désir, c’est un peu comme manger sans avoir faim. Le désir est à la base d’une vie sexuelle stimulante et épanouissante.

Le mot désir est la plupart du temps absent des formations en éducation sexuelle. On parle des risques et dangers de la sexualité (grossesses non planifiées, ITSS, agressions…) mais rarement de la petite étincelle qui déclenche le tout. Le désir, simplement dit, c’est avoir un intérêt ou être excité-e à propos d’une activité sexuelle ou érotique particulière, en solo ou avec un-e partenaire.

Le désir -ou le manque de-  est fondamental dans nos vies affectives, relationnelles et sexuelles. Le désir est souvent comparé à la faim : c’est un sentiment à la fois physique et émotionnel. Il peut nous rendre fébriles, inattentif-ives, un peu obsessifs-ves. Il fait chatouiller la peau, fléchir les genoux et donne des papillons dans le ventre. Parfois, il nous prend par surprise. C’est le coup de foudre. Parfois il se bâtit lentement au fil de notre relation avec une autre personne. Il peut parfois être surprenant, c'est-à-dire nous porter vers des personnes, des situations, des objets qu’on n’aurait pas imaginé. Les personnes qui ont un fétiche peuvent être excitées à la vue de certains objets- exemple : les chaussures à talons rouges - ou désirer certaines situations - exemple : avoir une activité sexuelle devant d’autres personnes. Parfois, ces désirs ne sont pas explicitement sexuels, ils peuvent être érotiques, émotionnels ou autre. Dans tous les cas, ils peuvent être réalisés - ou seulement rester à l’étape du fantasme.

Nos désirs nous appartiennent, mais ils sont tout de même influencés par notre environnement social et notre rapport au monde. Un bon exemple de cela est la représentation du corps des femmes et son évolution à travers les âges. Il y a 150 ans, une femme désirable en Occident était blanche, grasse, avec une peau très pâle. Aujourd’hui elle est blanche, maigre et bronzée. Notre entourage, les médias mais aussi les divers systèmes d’oppression tels que le racisme, le patriarcat, l’hétérosexisme, etc. influencent notre désir ou ne reconnaissent pas que nous sommes capables d’en éprouver. Vous êtes-vous déjà demandé-e pourquoi vous étiez attiré-e par un certain type de personne et pas par un autre?

Ainsi, la société tend souvent à considérer que les jeunes, les personnes âgées ou celles en situation de handicap par exemple sont des êtres sans désir ou que toute sexualité de leur part est dérangeante ou déviante. Ces préjugés renvoient souvent à des représentations négatives et stéréotypées de leur corps par les autres. De plus, certains stéréotypes véhiculés par la société empoisonnent nos vies sexuelles. Croire que les jeunes hommes sont des machines sexuelles qui ne peuvent contrôler leurs désirs contribue à la culture du viol et à la marginalisation des personnes LGBTQIA2S qui ne correspondent pas à ces standards.

Prenons la pornographie « mainstream » comme exemple. C’est un sujet complexe et qui suscite souvent beaucoup de jugements de valeurs négatifs. Pourtant, la majeure partie de la population en consomme, d'autant qu'il est rendu très facile d'y accéder aujourd'hui par Internet. Mais la pornographie qu'on trouve facilement et gratuitement sur les plates formes numériques présente une version de la sexualité qui est stéréotypée ou éloignée de la réalité. Elle montre une version idéalisée de fantasmes normés et non pas ce qui arrive dans la vraie vie quand on baisse nos culottes en compagnie d'autrui. La pornographie, c’est de la fiction! Les acteurs/actrices sont réel-les mais leurs performances sont jouées, montées, arrangées. Il est rare de voir un dialogue autour du  consentement ou du sécurisexe dans un film porno (en fait, il y a même rarement de dialogue!). Pourtant, les acteurs et actrices aussi négocient leurs limites et leurs scènes avant le tournage. Si on se compare aux modèles de corps et de pratiques sexuelles présentés dans la pornographie, on peut se sentir inadéquat-e ou anormal-e:  parce que ne peut pas avoir 6 orgasmes de suite ou parce que notre corps n’est pas musclé, bronzé, non-handicapé, etc. Mais il faut se rappeller que la porno est une fiction. La grande majorité des personnes qui ont un pénis éjaculent au cours des trois ou quatre premières minutes de pénétration... Et c'est correct aussi! Parce ce que peu de personnes aiment se faire pénétrer pendant 45 minutes! En réalité, il n’y a pas de normalité, la sexualité est propre à chacun-e en fonction de ses gouts, de ses désirs, de ses envies, de ses possibilités. Mais elle devrait toujours exister dans le respect des personnes concernées!

Les circonstances, la personnalité, les attitudes, la situation et les corps peuvent donner une couleur différente au désir, mais une chose est certaine, le désir peut être ressenti par tout le monde! Ce qui ne veut pas dire que tout le monde éprouve du désir et/ou qu’on l’éprouve à tout moment.

Le désir est le moteur de notre sexualité, c’est lui qui nous pousse à rechercher le plaisir- émotionnel, sensuel, sexuel. Selon les périodes de notre vie cependant, le désir  fluctue, et c’est normal. On peut ne pas avoir le même désir dans les premières semaines d’une rencontre qu’après 30 ans de vie commune. Une grossesse, une peine de cœur, un deuil, la prise de certains médicaments peuvent affecter notre désir. Mais aussi une mauvaise communication avec notre-nos partenaires, des expériences traumatisantes, la précarité sociale et économique…Le désir est complexe et intimement lié à notre bien-être et à nos conditions de vie. S’écouter, se respecter, prendre soin de soi, de son corps, de sa ou de ses relations est le meilleur remède aux pannes du désir.

Et il ne faut pas confondre panne de désir et asexualité, qui est une orientation sexuelle à part entière, bien que méconnue. Les personnes asexuelles n’éprouvent pas de désir sexuel et sont très à l’aise avec ça. Et cela ne les empêche pas de lier des relations romantiques avec un-e ou des partenaires.

Pour en savoir plus sur l’asexualité, cliquez iciCe lien ouvre une nouvelle fenêtre..

Bien qu’on ne puisse pas contrôler nos désirs, on peut très bien contrôler si et comment on agira en fonction de ceux-ci. Quoi qu’il en soit, les désirs sont des sentiments, parfois intenses et envahissants, mais tout de même des sentiments. On peut penser qu’ils sont insurmontables et qu’on ne peut pas les contrôler, mais c’est faux… Avoir une sexualité positive c’est  savoir reconnaître ses désirs, fantasmes, envies, craintes et sentiments et pouvoir bien les communiquer et les ré-évaluer. Et ce n’est en aucun cas associé avec la « performance » sexuelle ou avec le fait que ces désirs soient bons ou mauvais. 

Date de dernière modification : 7 juillet 2016

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