REPONSE A LA CONSULTATION DU CONSEIL
DU STATUT DE LA FEMME SUR LA PROCREATION MEDICALEMENT ASSISTEE (PMA)
Préambule
Position de la FQPN
Bloc 1 - Encadrement de la PMA
Bloc 2 - Le défraiement des coûts
Bloc 3 - Accessibilité à la PMA
Bloc 4 -Changements législatifs
Conclusion
Références
Notes
Par la Fédération du Québec pour le planning des
naissances
Mai 1995
Préambule
C'est avec beaucoup d'hésitation et de réserve que la Fédération
du Québec pour le planning des naissances (FQPN) a décidé
de participer à la consultation. «L'état de situation»dressé
par le Conseil du statut de la femme (CSF) se situe en dehors du contexte
social, commercial, éthique et politique, en dehors également
des conséquences actuelles et futures de la PMA sur les notions
de maternité, de paternité et d'être humain. Cet «état
de situation»est faible et partiel, à tel point qu'il en
devient partial, ce qui a pour effet d'alimenter le caractère tendancieux
de plusieurs questions auxquelles le CSF nous demande de répondre.
La première question fondamentale que soulève
le document remis par le CSF est la suivante: pourquoi prendre pour acquis
la nécessité et le bien-fondé de la PMA alors qu'aucune
évaluation scientifique ni sociale n'en a été faite
et qu'aucun débat social n'a eu lieu là-dessus?
Plusieurs autres questions, tout aussi fondamentales, restent sans réponse
après lecture du document. Le CSF a choisi 4 thèmes pour
sa consultation, mais rien ne nous indique le pourquoi de ces choix: pourquoi
aborder ces 4 éléments? Pourquoi mettre de côté
les autres techniques impliquées dans la PMA? Pourquoi ne pas toucher
au domaine des causes d'infertilité et de stérilité
et de la prévention? Pourquoi traiter la PMA hors du contexte social,
politique, éthique et commercial? Pourquoi adopter une approche
technicienne et gestionnaire? Pourquoi laisser de côté les
difficultés psychologiques et physiques inhérentes aux démarches
en PMA? Pourquoi mettre sur le même pied l'insémination artificielle
et la fécondation in vitro (FIV)?
Le document de consultation du CSF évacue les enjeux sociaux,
la santé des femmes ainsi que leur intégrité physique
et mentale, la situation mondiale, la santé des générations
futures, les tests de diagnostic prénatal, les manipulations génétiques,
la médecine pré-conceptuelle. Prendre des décisions
éclairées dans le domaine de la PMA exige:
- d'évaluer la valeur scientifique des technologies de la PMA;
- d'évaluer les impacts sociaux des technologies de la PMA;
- de situer la procréation artificielle dans le contexte mondial;
- de tenir compte des aspects psycho-sociaux du désir d'enfant,
du contexte culturel et social, des conditions socio-économiques
de la famille, de la médicalisation de plus en plus poussée
de la maternité, des intérêts commerciaux des compagnies
pharmaceutiques et bio-médicales qui sont en train de déterminer
l'avenir de la maternité et de la place des femmes dans la société.
Pour couvrir l'ensemble du domaine de la PMA, le document du CSF aurait
dû se pencher aussi sur les questions suivantes:
- les tests de diagnostic prénatal et de diagnostic pré-implantatoire:
bien-fondé, fiabilité, sécurité, risques
pour la femme et pour le foetus, indications, nécessité;
impact eugénique de l'utilisation des tests; les aspects psycho-sociaux
sont aussi importants que les aspects physiques ou physiologiques; les
liens entre l'utilisation du diagnostic prénatal et du diagnostic
pré-implantatoire et l'eugénisme, tant dans le cadre de
la FIV que dans le cadre d'une décision d'arrêter on non
une grossesse;
- les manipulations génétiques: les impacts
à long terme sur la personne ne sont pas suffisamment connus;
les dangers d'abus et les aspects psycho-sociaux doivent être
pris en considération dans l'encadrement et la réglementation;
- la médecine préconceptuelle: état
de la situation, aspects psycho-sociaux, dangers d'eugénisme,
etc.;
- la thérapie foetale: protéger les droits
des femmes enceintes à leur sécurité et à
leur intégrité physique; ceci veut dire que c'est à
la femme enceinte de décider si elle accepte ou non une thérapie
foetale; il n'y a aucun conflit d'intérêts entre la femme
enceinte et le foetus qu'elle porte;
- la dimension mondiale: pendant qu'ici nous dépensons
des millions pour quelques enfants de plus par année, les pays
en voie de développement souffrent de grande pauvreté,
avec toutes les conséquences qui en découlent; les peuples
de ces pays doivent souvent, pour ne donner qu'un exemple, marcher des
kilomètres pour avoir accès à de l'eau ou à
un simple dispensaire. Il faut adopter des réglementations et
des orientations sanitaires qui tiennent compte de la situation mondiale.
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Position de la
FQPN
Dans ses commentaires, réflexions, questionnements et recommandations,
la FQPN est motivée par un souci éthique par rapport à
la place des femmes dans la société et par rapport au devenir
de l'être humain. L'éthique doit intervenir avant la pratique
ou l'application d'une nouvelle technique, non après. Le développement
de la procréation médicalement assistée et des technologies
et médicaments qui y sont associés, directement ou indirectement,
devrait donc être discuté et encadré avant qu'on se
retrouve devant le fait accompli, comme il nous arrive maintenant avec
la PMA elle-même. Cela dit, il n'est jamais trop tard pour décider
d'arrêter l'application et le développement de technologies
inappropriées.
Pour être en mesure d'encadrer la recherche et la pratique dans
le domaine de la PMA, il faut d'abord répondre à des questions
sociales, éthiques et politiques fondamentales: quel genre de société
veut-on? Quelle place veut-on donner aux femmes dans cette société?
Qui profite de la PMA? Qui en souffre? Que signifie le libre-choix? Qui
dresse le menu des choix?
La FQPN réitère au CSF les recommandations qu'elle adressait
à la Commission royale d'enquête sur les nouvelles technologies
de reproduction (NTR) en 1990:
- de déclarer un moratoire complet sur toutes
les pratiques et toutes les recherches en nouvelles technologies de
reproduction humaine (NTRH);
- d'investir dans la prévention de l'infertilité;
- de rendre publique et accessible l'information véritable
sur les pratiques en cliniques de fertilité
ainsi que sur leurs taux d'échec;
- de provoquer un véritable débat social
sur les questions fondamentales soulevées par le développement
des NTRH;
- d'allonger le temps d'essai de procréation
sans contraception avant de pouvoir rechercher les causes d'infertilité.
Compte tenu de sa position, compte tenu que le CSF ne semble pas favorable
à un moratoire, la FQPN a décidé de répondre
à la présente consultation par blocs et non question par
question.
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Bloc
1 - Encadrement de la PMA
Pour la FQPN, les techniques de la PMA n'ayant pas été
rigoureusement et scientifiquement évaluées (évaluation
au hasard, avec groupe contrôle), elles font partie de la recherche
et de l'expérimentation sur les sujets humains. Les pratiques témoignent
de l'incertitude qui règne: divers aspects des processus et de
leurs effets ne sont pas connus, en particulier la stimulation hormonale
et le transfert d'embryons; les protocoles diffèrent d'un pays
à l'autre et même d'une clinique à l'autre; le taux
réel d'efficacité est très faible.
L'encadrement actuel, qu'il soit légal ou institutionnel, de
la recherche sur les sujets humains, sur les embryons et sur les tissus
foetaux n'est pas adéquat, tant en ce qui concerne la recherche
dans les hôpitaux et autres établissements publics, dans
les centres universitaires, dans les compagnies privées, dans les
cliniques privées, que dans les cabinets privés.
La recherche et la pratique en PMA devraient faire l'objet d'un encadrement
plus sévère que celui de la recherche en général,
car il s'agit ici d'intervention sur des êtres humains en santé
et vulnérables.
De nos jours, avoir un enfant constitue encore l'assurance de la survie
de l'espèce, mais c'est aussi la reconnaissance de l'identité
sexuelle: quand on a un enfant, on devient un homme ou une femme, on devient
adulte, quel que soit notre âge. Avoir un enfant, c'est aussi le
signe de l'intégrité physique et le symbole de l'intégration
sociale de l'individu et du couple.
Cependant, la venue de l'enfant s'inscrit dans une programmation très
serrée, après les études, les voyages, la vie de
couple, l'auto, la maison, l'insertion professionnelle. Ayant alors souvent
dépassé l'âge de 30 ans, le couple panique si l'enfant
ne vient pas ou tarde à venir.
De plus, cette panique est nourrie par le fait que nous vivons dans
une société où science et progrès se confondent.
Les applications de la science nous ont habitués à une satisfaction
immédiate de nos désirs; les innovations de la technologie
sont vues comme des solutions aux problèmes les plus divers. Dans
ce contexte, l'infertilité est un sujet tabou; les pressions de
la famille, de l'entourage et de l'État ajoutent à la pression
de la science: les gens n'ont même plus le droit de se résigner
à l'infertilité, à moins qu'ils soient allés
jusqu'au bout des tentatives offertes, quel qu'en soit le prix. Les couples
infertiles se retrouvent ainsi isolés devant une réalité
qu'ils considèrent souvent injuste.
Il faut faire en sorte que les couples éprouvés ne subissent
pas, en plus, l'exploitation de chercheur-se-s en mal de réussite
ou de commerçant-e-s en mal d'argent.
La réalité psycho-sociale du désir d'enfant et
de la demande en cliniques de fertilité exige que le caractère
volontaire et éclairé du consentement soit mieux évalué,
de façon à éviter certaines formes de rétention
d'informations ou certaines formes de manipulation. Nous ne pouvons nier
l'existence du rapport de pouvoir qui existe entre un médecin et
ses patient-e-s et, qui plus est, entre un médecin et un couple
qui souffre de ne pas avoir d'enfant. Nous ne remettons pas en cause la
compétence des médecins et chercheur-se-s, mais bien la
pertinence et la qualité des actes eux-mêmes. Les médecins
et chercheur-se-s se trouvent en conflit d'intérêts entre
la protection de la santé d'une femme, par exemple, et la découverte
possible par l'expérimentation. Dans une telle situation, l'autorégulation
est difficile pour un professionnel. Nous recommandons en conséquence
un accroissement des responsabilités médicales et scientifiques
sur le plan du code des professions lors d'interventions en dehors d'une
situation de maladie ou dans un nouveau champ d'investigation. Ceci permettrait
peut-être d'éviter des catastrophes semblables à celles
reliées à l'emploi du Diéthylstilbestrol (DES) pendant
plusieurs décennies.
L'encadrement des recherches et des pratiques devrait aller jusqu'à
exiger une meilleure considération envers les femmes et les couples
qui consultent en clinique de fertilité; ils rencontrent presque
toujours des personnes différentes lors des consultations et interventions;
de plus, on ne leur explique que les processus des interventions à
venir, jamais le pourquoi, ni le comment, ni les conséquences.
Ces femmes et ces couples se retrouvent ainsi démunis devant l'appareil
médical; il leur est très difficile de poser des questions
pour lesquelles ils obtiennent peu de réponses; ils ne peuvent
donc donner un consentement volontaire et éclairé en ce
qui concerne les interventions qu'ils vont subir. En outre, très
peu de suivi est offert aux couples dans le cas d'échec de la procréation
artificielle.
Trop de questions sont encore sans réponses: comment prévenir
les abus possibles qu'on peut déjà imaginer? D'une part
les connaissances scientifiques sont insuffisantes par rapport, entre
autres, au temps de conservation possible d'un embryon congelé,
ainsi qu'aux conséquences éventuelles pour l'intégrité
physique et psychique d'un enfant issu d'un embryon congelé. D'autre
part, les aspects juridiques et éthiques ont été
peu débattus et ne sont pas réglés: statut, propriété,
possibilité d'adoption et de commercialisation d'embryons, etc.
Les mêmes remarques s'appliquent aux banques de sperme et d'ovules.
De plus, il ne faut pas oublier que le prélèvement d'ovules
exige une technique invasive et lourde; les conséquences en sont
totalement différentes pour la donneuse d'ovules comparée
au donneur de sperme.
L'encadrement devrait être assuré par une structure indépendante
des chercheurs et chercheuses et redevable au ministère de la Santé
et des Services sociaux (MSSS), avec rapports publics. Cette structure
devrait être composée de scientifiques non impliqués
dans la PMA, de spécialistes en éthique, de sociologues,
de psychologues, de représentantes et représentants de la
société civile, le tout comprenant 51% de femmes. Lors de
la formation de cette structure, le gouvernement devrait décréter
un moratoire de tous développements, recherches et pratiques en
PMA afin de permettre la réalisation de son premier mandat: faire
une véritable enquête afin de dresser le portrait de la recherche
et des pratiques à travers le Québec; procéder à
l'évaluation scientifique rigoureuse à long terme de la
PMA concernant son efficacité [note 1] et
son innocuité [note 2]; évaluer le
développement émotif et psycho-social des enfants nés
de la PMA.
Si l'évaluation scientifique des technologies de la PMA donnent
des résultats satisfaisants, il faudrait ensuite procéder
à une évaluation sociale des technologies (EST) [note
3] de la PMA. Ceci permettrait la tenue d'un véritable débat
social et d'une véritable participation de la population au choix
du développement technologique et au choix des solutions d'intérêt
public et collectif face aux problèmes de stérilité
et d'infertilité.
Si l'évaluation sociale des technologies de la PMA favorise leur
application et leur développement, une nouvelle loi assortie de
sanctions serait nécessaire pour obliger les chercheurs et chercheuses,
ainsi que les praticiens et praticiennes à respecter les normes
scientifiques en vigueur, à respecter les droits des personnes
qui s'engagent dans une démarche de PMA ou dans un programme de
recherche, à fournir des rapports publics annuels et à assurer
un consentement réellement éclairé.
La loi devrait couvrir et limiter l'accréditation des lieux d'expérimentation
et de pratique; elle devrait couvrir également la tenue des dossiers,
les protocoles de recherche, d'expérimentation et d'application,
ainsi que le mode de calcul des taux d'efficacité.
De façon à empêcher l'utilisation industrielle, commerciale
et eugénique de cellules vivantes, tous les dons, qu'il s'agisse
de sperme, d'ovules, d'embryons devraient être réglementés
de la même façon: réellement gratuits, donnés
sans pression, sans incitation ni coercition, à la demande du donneur
ou de la donneuse; il faudrait lever l'anonymat, de sorte qu'à
l'âge de 18 ans l'enfant aura le droit de faire la recherche de
ses parents biologiques; il faudrait interdiction de profiter d'une autre
intervention chirurgicale pour prélèvement des cellules;
les dons devraient être destinés à une personne qui
en a besoin pour réaliser son projet de parentalité; que
les personnes qui ont besoin d'un don puissent choisir leur donneur.
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Bloc 2 - Le défraiement
des coûts
Pour la FQPN, il est logique que le système public de santé
ne rembourse pas une FIV, quelle que soit la cause de l'infertilité
ou de la stérilité. Précisons d'abord que nous refusons
de mettre sur le même pied la stérilisation, l'avortement,
l'insémination artificielle et la fécondation in vitro;
les impacts sur la santé de ces différentes interventions
ne sont pas du tout comparables. Pourquoi rembourser des technologies
qui n'ont pas subi d'évaluation scientifique rigoureuse, où
on prescrit des hormones dont les effets à moyen et long terme
ne sont pas connus, qui comportent beaucoup de risques pour la santé
et pour la grossesse qui peut en résulter?
D'un point de vue de santé publique, rembourser les PMA constitue
un mauvais choix. Là où l'État devrait plutôt
contribuer, financièrement et autrement, c'est dans la prévention
des causes d'infertilité. L'augmentation des troubles de fertilité
secondaire chez l'homme et chez la femme provient de situations connues:
ils sont associés aux produits chimiques répandus dans l'environnement
ou utilisés sur les lieux de travail; ils peuvent être reliés
aux conditions de travail; ils peuvent aussi résulter de chirurgies
de l'appareil reproducteur, de l'utilisation de contraceptifs (stérilets,
contraceptifs oraux), de l'utilisation d'hormones comme contraceptifs
(Depo-Provera); de l'utilisation de médicaments; ces troubles de
fertilité secondaire peuvent également être les conséquences
de maladies sexuellement transmissibles, de tests d'infertilité,
de traitements hormonaux pour problèmes ovulatoires ou menstruels,
etc. Ainsi, ces nouveaux problèmes de fertilité sont provoqués
par les industries bio-médicales et chimiques. Pour solutionner
ces problèmes, les mêmes industries offrent maintenant la
PMA. Nous pensons qu'il est grand temps de renverser la vapeur au profit
de la prévention.
Si on pense à rembourser les coûts de la PMA, on devrait
penser à rembourser également les coûts de l'adoption
locale et internationale. En effet, pour la FQPN, il n'est pas prouvé
que la FIV constitue la meilleure solution à la stérilité
et à l'infertilité.
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Bloc
3 - Accessibilité à la PMA
Devant le caractère expérimental de la PMA, l'absence
d'évaluation des impacts sociaux de la PMA, l'absence de débat
social face au bien-fondé de la PMA, l'absence totale de contrôle
des pratiques et recherches actuelles, l'absence de connaissances des
effets à moyen et long terme de la PMA sur la santé et sur
la société, la FQPN ne peut se prononcer sur des critères
d'accessibilité et réitère sa demande de moratoire.
Dans les conditions actuelles de la PMA, y donner accès ouvre la
porte à la création de banques de sperme, d'ovules, d'embryons,
favorisant ainsi l'industrialisation et la commercialisation du vivant,
la pratique du clônage, l'eugénisme et les modifications
génétiques.
Actuellement, dans les cliniques on recourt à des interventions
lourdes et risquées dans le but de pallier au peu d'efficacité
et au coût élevé de la PMA. C'est le seul moyen qu'on
ait trouvé pour rentabiliser ces pratiques. Malheureusement, ce
sont les femmes qui paient, en risques pour leur santé, pour cette
rentabilisation.
Ceci nous permet de douter de la sollicitude de la science concernant
la douleur des couples. Les intérêts autres qu'humanitaires
sont nombreux: d'une part, les intérêts commerciaux des compagnies
qui fournissent l'équipement de recherche et de laboratoire et
ceux des compagnies pharmaceutiques qui développent et vendent
des médicaments. Plusieurs compagnies américaines offrent
déjà comme produit la prédétermination du
sexe, la location de mères porteuses, le transfert d'embryon d'un
utérus à un autre; il existe aussi des cliniques de FIV
qui offrent des franchises, le tout coté en Bourse. Notre entente
de libre-échange avec les États-Unis peut favoriser le développement
rapide de cette industrie chez nous. D'autre part, la science est avide
de victoires sur les frontières de l'inconnu. Ainsi, les chercheurs
et chercheuses ont eux aussi des intérêts dans l'augmentation
de popularité de la PMA: intérêts de prestige et de
reconnaissance favorisant l'obtention de fonds pour poursuivre leurs recherches.
Plus la PMA sera popularisée, plus il y aura d'expérimentations,
plus il y aura de chances d'améliorer la technique et plus la PMA
deviendra populaire. Ainsi, la recherche sera forcément favorisée.
Dans ce contexte d'intérêts reliés au prestige et
au commerce, la prévention de l'infertilité n'est pas rentable.
L'infertilité sert plutôt de prétexte et les couples
désespérés sont la matière première
la plus extraordinaire pour les chercheur-se-s. Cette idée a d'ailleurs
été fort bien énoncée par Françoise
Laborie lors du Forum sur les technologies de reproduction organisé
par le Conseil du statut de la femme en 1987: «... les femmes sont
les meilleurs objets de recherche possible pour les scientifiques. A la
différence des singes, ..., les femmes sont intelligentes. Elles
savent parler, repérer leur ovulation et la signaler au médecin;
nul besoin de les nourrir, de les garder en cage et de les nettoyer; elles
viennent à l'heure à l'hôpital et elles paient pour
ça»(Laborie, 1988, p. 366).
Certes, la PMA peut constituer un dernier recours pour beaucoup de couples
infertiles. Cependant, à la lumière des faits, nous sommes
forcées de conclure que le monde médical est en train de
bâtir une nouvelle industrie basée sur un abus de confiance
et sur l'espoir de couples qui désirent un enfant.
Les femmes comme groupe ont toujours subi une contrainte à la
maternité. La PMA ajoute aux pressions sociales déjà
très fortes. Désormais, la quête de grossesse ne peut
être complète pour une femme tant qu'elle n'a pas épuisé
toutes les possibilités de la science. Elle ne peut plus se donner
le droit d'adopter un enfant ou d'opter pour un autre projet de vie.
Ainsi, par la médicalisation de la procréation, les médecins
assument au-delà de leur rôle technique, une fonction de
normalisation des comportements féminins. Est-ce le rôle
de la médecine d'ajuster les gens aux modèles sociaux?
En outre, la surmédicalisation de la grossesse nous amène
à penser ou imaginer qu'il est dangereux d'être enceinte
et que l'utérus est un milieu dangereux pour le foetus. Si ça
continue dans le même sens, les femmes vivront leurs grossesses
sous une surveillance médicale et juridique telle, que ça
enlèvera le goût d'être enceinte: si l'utérus
devient un endroit dangereux pour le foetus, on devra recourir aux diagnostics
prénatals, aux thérapies foetales, au contrôle juridique
des comportements des femmes enceintes; s'il le faut, on portera atteinte
aux libertés individuelles des femmes enceintes dans le but de
protéger le foetus de celle qui le porte, le nourrit, le fait vivre.
Et si les femmes ne veulent pas de ces grossesses surveillées,
qu'à cela ne tienne, la science prendra la relève pour la
survie de la race humaine: l'utérus artificiel est en voie de réalisation.
Est-ce que c'est ça notre vision de l'avenir?
Avec le développement du diagnostic prénatal, du diagnostic
pré-implantatoire et de la génétique, il est possible
de savoir très tôt après la conception si l'enfant
qui naîtra sera normal. Selon certains spécialistes en éthique,
«... une société qui valoriserait à outrance
la naissance d'enfants normaux et dont les standards de normalité
seraient bien définis, pourrait exiger d'une femme enceinte de
suivre un régime de vie approprié, sans alcool ni tabac,
infantilisant ainsi la femme et la réduisant au rôle de réceptacle
de quelque chose qui la dépasse»(André Jean, 1988,
p. 52). La femme enceinte deviendrait ainsi porteuse d'un produit dont
la qualité est contrôlée par la société.
Une telle situation veut dire qu'on ne fait plus confiance aux femmes
concernant leur responsabilité par rapport à l'enfant qu'elles
désirent et qu'elles portent.
L'insémination post-mortem devrait être interdite; à
la mort d'une personne qui a fait don de ses cellules, celles-ci devraient
être détruites.
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Bloc 4 -Changements
législatifs
Tel que stipulé au bloc 1, une nouvelle loi assortie de sanctions
est nécessaire pour obliger les chercheurs et chercheuses, ainsi
que les praticiens et praticiennes à respecter les normes scientifiques
en vigueur, à respecter les droits des personnes qui s'engagent
dans une démarche de PMA ou dans un programme de recherche, à
assurer un consentement réellement éclairé.
Tous les dons, qu'il s'agisse de sperme, d'ovules, d'embryons devraient
être nommément identifiés et réellement gratuits.
La création de banques de sperme, d'ovules et d'embryons devrait
être interdite.
La loi devrait couvrir et limiter l'accréditation des lieux d'expérimentation
et de pratique; elle devrait couvrir également la tenue des dossiers,
les protocoles de recherche, d'expérimentation et d'application,
ainsi que le mode de calcul des taux d'efficacité, tel que défini
à la note 1.
Concernant le droit pour les enfants de connaître leurs origines,
il devrait être le même qu'on parle d'adoption ou de PMA.
De plus, les renseignements devraient être transmis à la
personne elle-même et non par l'intermédiaire de l'autorité
médicale.
Dans cette nouvelle loi et les lois concernant les contrats de grossesse
et l'interdiction de commercialisation des produits de la PMA, ainsi que
toutes lois connexes, les industries, les biologistes, les chercheures
et chercheuses, ainsi que les médecins devraient être considérés
comme des intermédiaires et encadrés au même titre
que les agences commerciales, les avocats et avocates, ainsi que toute
personne faisant don ou vente de sperme, d'ovules, de zygotes, d'embryons
ou faisant prêt ou location d'utérus. Selon la FQPN, ce sont
aussi des intermédiaires de la procréation.
Enfin, les évaluations scientifiques et sociales prévues
au bloc 1, ainsi que ces lois devraient faire l'objet de mises à
jour constantes afin de couvrir tout nouvelle technologie.
Les lois sur l'adoption, nationales et internationales, devraient être
assouplies afin d'offrir une autre solution pour pallier à la stérilité
et à l'infertilité.
Les lois sur l'utilisation des produits toxiques et nuisibles à
la fertilité, à la santé et à l'environnement,
les lois sur la santé et la sécurité au travail devraient
être améliorées dans le but de préserver la
fertilité.
L'expérimentation de nouveaux produits, médicaments, technologies,
ainsi que la décision de leur mise en marché devraient être
l'objet d'une réglementation plus sévère. L'information
accessible et indépendante sur les médicaments, produits
et technologies devrait être encadrée de façon plus
rigoureuse afin de la distinguer de la publicité, de la propagande
et de la vente.
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Conclusion
La science est capable de congeler des embryons, des ovules, du sperme,
mais à qui appartiennent-ils? Qu'en fait-on? Est-ce qu'ils servent
à la recherche, au commerce?
L'avènement de la PMA est en train de changer le fait d'être
humain sur cette planète. La PMA est devenue une solution médicale
et technologique à un problème de nature individuelle et
sociale. Le message sous-jacent: la technologie nous rend plus heureux.
Est-ce vrai? Au plan individuel, la PMA comporte des dangers graves pour
la santé des femmes qui s'y engagent. Les effets à long
terme sont encore peu connus ou inconnus. Ce n'est pas la première
fois que le monde médical ferme les yeux sur les risques associés
à des médicaments ou à des pratiques peu expérimentées
(rappelons-nous seulement la thalidomide, le DES, le Dalkon Shield).
Au plan collectif, les impacts sociaux des manipulations génétiques
et de la commercialisation de la procréation sont inquiétants.
Tout ce qui est possible est-il souhaitable? Tout ce qui est possible
est-il accessible à l'ensemble de la population, tant du point
de vue de l'information que du point de vue des coûts?
La PMA nous renvoie à des questions fondamentales: quel genre
de société veut-on? Quel pouvoir et quelle place veut-on
donner aux femmes dans cette société? Quelle maternité
voulons-nous pour l'avenir? Il faut d'abord répondre à ces
questions avant d'être en mesure de réglementer ou d'encadrer
la recherche et la pratique dans le domaine de la procréation artificielle.
Les choix de société effectués actuellement
par les gouvernements fédéral et provincial nous empêchent
d'être en faveur du développement de la PMA: ils coupent
dans les services en planning des naissances, périnatalité,
avortement et soutien aux familles [note 4].
Alors avant d'imaginer d'autres possibles avec la PMA, il faut rétablir
les services de base autour de la maternité. Tout ce qui est possible
n'est pas toujours souhaitable.
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SALOMON, Jean-Jacques. «Une évaluation de l'évaluation
sociale des technologies», dans Les pratiques de l'évaluation
sociale des technologies. Actes du colloque tenu à Québec
les 15 et 16 octobre 1990. Conseil de la science et de la technologie,
mai 1991, p. 17-32.
TARDIF, France. «Les nouvelles techniques de procréation:
un progrès pour les femmes?», dans L'Ardoise, printemps
1989, #37, vol. 7, no 2, p. 13-14.
VANDELAC, Louise. «La face cachée de la procréation
artificielle», dans La recherche, no 213, septembre 1989, p. 1112-1124.
Drug Evaluation, 6e édition, American Medical Association, 1986.
Du chou à l'éprouvette, nos 1 à 8, Fédération
du Québec pour le planning des naissances, 1989-1990.
Mémoire sur l'étude de l'avant-projet de loi «Loi
sur les services de santé et les services sociaux», Fédération
du Québec pour le planning des naissances, janvier 1990.
Mémoire sur le projet de loi C-43 sur l'avortement, Fédération
du Québec pour le planning des naissances et Regroupement des centres
de santé des femmes du Québec, janvier 1990.
Rapport du comité ad hoc sur les NTRH, FEM (Femmes en mouvement),
Bonaventure, 1989, document inédit.
Enjeux, Conseil du statut de la femme et Publications du Québec,
1987, 38 p.
Rapport du comité de travail sur les NTRH, ministère de
la Santé et des Services sociaux, Gouvernement du Québec,
1988, 120 p.
«Vouloir un enfant aujourd'hui», dans La filiation: ruptures
et continuité. Institut de l'enfance et de la famille. Actes du
colloque de Vaucresson. Rapporteur: Bruno Ribes, 1985.
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Notes:
- Définition
de l'efficacité d'une PMA: dont le rapport du nombre de naissances
vivantes et en santé sur le nombre de femmes ayant débuté
le processus de PMA est égal ou supérieur au rapport du
nombre de naissances vivantes et en santé sur le nombre de femmes
ayant tenté de procréer de façon naturelle.
- Définition d'innocuité:
sans danger pour la santé et la vie des personnes qui recourent
à la PMA et pour les enfants qui peuvent en naître.
- «... si l'on parle
aujourd'hui d'évaluation sociale de la technologie, c'est bien
pour insister sur le fait que le processus n'est pas l'affaire des seuls
spécialistes, qu'il suppose d'entrée de jeu l'intervention,
sinon la participation de tous ceux qui sont appelés à
affronter les conséquences du changement technique» (p.
20). «En somme, la régulation de la technologie ne peut
se réduire à un débat technique sur des questions
techniques; elle engage un choix de valeurs où il importe de
contrôler la compatibilité (ou de corriger l'asymétrie)
entre les directions données au changement technique et les aspirations
du corps social» (p. 26). Jean-Jacques Salomon. «Une évaluation
de l'évaluation sociale des technologies», dans Les pratiques
de l'évaluation sociale des technologies. Actes du colloque tenu
à Québec les 15 et 16 octobre 1990. Conseil de la science
et de la technologie, mai 1991, p. 20 et 26. «Le champ de l'évaluation
technologique est essentiellement environnemental, social et économique,
mais il présente aussi des aspects politiques, moraux et culturels
qui sont de première importance et pourtant presqu'universellement
négligés. La validité de l'EST n'est donc pas seulement
d'ordre technique, elle dépend également de la qualité
du processus d'évaluation lui-même, et en particulier de
son respect avoué et manifeste d'un certain nombre de critères
parfois subtils et souvent inquantifiables par les individus non concernés
... l'EST doit donc s'intéresser individuellement à chacun
de ces impacts [les impacts des technologies] et globalement à
l'effet de leur synergie (en particulier aux effets cumulatifs) et enfin
à leurs répercussions sur la société tout
entière». Hélène Connor-Lajambe. «Bilan
et perspectives dans le domaine de l'énergie», dans Les
pratiques de l'évaluation sociale des technologies. Actes du
colloque tenu à Québec les 15 et 16 octobre 1990. Conseil
de la science et de la technologie, mai 1991, p. 61
- Mémoire sur l'étude
de l'avant-proiet de loi "Loi sur les services de santé
et les services sociaux, Fédération du Québec pour
le planning des naissances, janvier 1990.
Mémoire sur le projet de loi C-43 sur l'avortement, Fédération
du Québec pour le planning des naissances et Regroupement des
centres de santé des femmes du Québec, janvier 1990.
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