NTRH: ET C'EST PAS FINI...
Le 28 octobre dernier, les députés de la Chambre des communes
à Ottawa votaient en faveur du projet de loi C-13 sur la procréation
assistée. C'était, de toute évidence, une étape
cruciale pour que le Canada se dote enfin d'un minimum d'encadrement en
matière de nouvelles technologies de la reproduction humaine (NTRH).
Après plus de 15 ans de commission, moratoire et de projets de
loi avortés, plus de 35 millions$ de dépenses en consultations
diverses, plus de 20 ans de pratique non contrôlée, et plus
de deux ans de tergiversations sur ce dernier projet de loi, il était
grand temps qu'on arrive à l'aboutissement d'un processus déjà
très en retard. Mais la saga n'allait pas s'arrêter là.
Le projet de loi n'est toujours pas adopté puisque l'étape
suivante d'approbation au Sénat a été suspendue par
la prorogation des travaux du parlement causé par le départ
de Jean Chrétien.
Théoriquement, le projet de loi C-13 est donc mort au feuilleton
puisqu'une prorogation fait table rase de tous les travaux du parlement.
La seule façon de le sauver serait que le Premier ministre Paul
Martin le compte parmi les projets de loi qu'il souhaite rétablir
par voie de motion lors de l'ouverture de la prochaine session parlementaire
prévue pour le 2 février prochain. Ainsi, le processus d'approbation
du projet de loi reprendrait là où il était rendu,
c'est-à-dire à l'étape quasi finale de la deuxième
lecture au Sénat.
La FQPN, qui a fait de multiples démarches en faveur de l'approbation
de ce projet de loi, a récemment écrit au nouveau ministre
de la Santé Pierre Pettigrew pour connaître ses intentions
et a lancé une ultime campagne d'appui courriel à l'intention
du Premier ministre Martin pour le rétablissement du projet de
loi. Bien que ce projet de loi comporte certaines lacunes, il permettrait
enfin d'interdire des activités inadmissibles telles que le clonage,
la sélection du sexe, la vente du matériel reproductif humain
et la rémunération des mères porteuses. II propose
aussi la mise sur pied de l'Agence canadienne de contrôle de la
procréation assistée qui aurait pour mandat de réglementer
la pratique et d'autoriser ou non les recherches connexes, telles que
les recherches sur les cellules souches. Cette agence aurait aussi la
responsabilité d'entretenir un registre de données sur toutes
les cliniques de fertilité et sur les personnes ayant recours aux
NTRH ou qui en sont nées, ce qui permettrait, par exemple, d'avoir
les données nécessaires à la réalisation d'évaluations
rigoureuses des impacts à long terme des NTRH sur la santé.
Une telle loi est loin de faire l'unanimité. Les intérêts
en jeu sont énormes et les enjeux éthiques et moraux que
comportent les NTRH soulèvent la controverse. Le vote en Chambre
des communes était une étape gagnée à l'arraché
puisque tous les partis de l'opposition officielle étaient contre
ce projet de loi. Les alliancistes et conservateurs s'y opposaient principalement
pour des raisons d'ordre morale. Le NPD était contre parce qu'il
trouvait que le projet de loi n'allait pas assez loin en matière
de protection de la santé et de la reconnaissance du rôle
des femmes dans l'Agence de contrôle fédérale proposée
dans le projet de loi. Le Bloc québécois, quant à
lui, n'était pas en faveur puisque cette même agence et autres
dispositions du projet de loi empiétaient dans les champs de compétences
provinciales en matière de santé.
Parallèlement, la puissante industrie de la biotechnologie n'était
pas très chaude à l'idée d'une loi qui allait restreindre
et réglementer son domaine d'activité et le mouvement anti-choix
s'opposait, globalement, à la manipulation de la vie mais surtout
à la destruction d'embryons humains permise, dans le projet de
loi, pour des fins de recherche. Les députés libéraux
étaient certes en majorité en Chambre mais la campagne farouche
du député Paul Szabo, ardent défenseur du droit à
la vie, a réussi à convaincre près d'une trentaine
de ses confrères à s'opposer au projet de loi. Si le projet
de loi a finalement été approuvé par un vote de 149
voix contre 109, c'est en grande partie grâce au revirement de cap
du NPD qui s'est positionné en faveur du projet après avoir
obtenu l'assurance qu'une majorité de femmes composeraient le conseil
d'administration de l'Agence.
Au cours de l'automne dernier, la FQPN a rencontré à deux
reprises le député du Bloc québécois M. Réal
Ménard, porte-parole du Bloc en matière de santé.
Le Bloc était, en fait, en accord avec les dispositions du projet
de loi, sauf pour ce qui était de la création de l'Agence
fédérale de réglementation qui serait intervenue
dans la prestation des services de santé qui est clairement sous
juridiction provinciale. Le Bloc souhaitait obtenir du fédéral
une entente lui donnant l'assurance que le Québec pourrait mettre
sur pied ses propres mécanismes de contrôle ou sa propre
Agence de réglementation, ce qu'il n'a pas réussi à
obtenir malgré certains facteurs d'équivalences prévus
dans le projet de loi.
Et si les NTRH sont de compétences provinciales, alors que fait
donc le Québec en la matière? Rien, mis à part une
dizaine de dispositions du code civil interdisant, par exemple, tout contrat
impliquant une mère porteuse, protégeant l'anonymat des
donneurs de sperme ou d'ovule et dégageant toute responsabilité
des donneurs face à l'enfant issu de son matériel reproductif.
Pour en savoir davantage sur les intentions du nouveau gouvernement provincial
sur la question, la FQPN a rencontré Stéphanie Elger, attachée
politique du ministre de la Santé et des Services sociaux qui nous
a dit que le ministère était en consultation mais qu'il
n'avait pas encore dégagé de position gouvernementale. La
FQPN a donc interpellé le ministre Philippe Couillard par voie
de communiqué, ce qui nous a permis d'apprendre, par des articles
de La Presse et du Devoir, que le ministre québécois était
contre le projet de loi fédéral vu l’empiètement
du fédéral sur un champ de compétence provinciale,
qu'il attendait de voir si le projet de loi sera adopté ou non
et, dans la négative, qu'il verrait à combler le vide législatif
en la matière au Québec.
Et en attendant, de nouvelles cliniques de fertilité se mettent
sur pied, de nouveaux sites d'agences de rencontre entre des couples infertiles
et des mères porteuses voient le jour, l'augmentation du nombre
de grossesses multiples et de naissances d'enfants prématurés
liée à la procréation assistée est décriée
dans les journaux, les cliniques continuent d'expérimenter de nouvelles
technologies sur les femmes avant même de les avoir testées
sur les animaux ou qu'elles aient fait l'objet d'évaluations scientifiques
et rigoureuses et les recherches visant la manipulation du vivant se poursuivent.
C'est donc une histoire à suivre le 2 février prochain. |