LA LOI SUR LA PROCRÉATION ASSISTÉE
REÇOIT, ENFIN, LA SANCTION ROYALE
Les principaux aspects de la Loi
Enjeux de la Loi
Un projet de formation sur les NTRH
Tel que promis dans notre dernier numéro, nous vous présentons
les dernières nouvelles concernant la Loi sur la procréation
assistée et la recherche connexe (C-6).
Le 25 février dernier, la FQPN était invitée à
présenter au Comité sénatorial permanent des affaires
sociales, des sciences et de la technologie son point de vue sur le projet
de loi C-6. Ce comité avait pour mandat de proposer des amendements
au projet de loi ou de recommander son approbation tel quel, ce qui constituait
la dernière étape du processus d’approbation.
Le Comité, qui a entendu 54 témoignages au sujet du projet
de loi C-6 a considéré les diverses opinions exprimées.
Le 29 mars dernier, la Loi sur la procréation assistée recevait
la sanction royale et acquérait force de loi. Depuis ce jour, l’entrée
en vigueur de la Loi se fait de façon graduelle. L’élaboration
du cadre réglementaire se fera au cours des prochaines années
et la révision est prévue pour 2007-2008. Dorénavant
donc, le Canada dispose d’un des cadres législatifs les plus
complets au monde en matière de procréation assistée.
Les principaux aspects
de la Loi
La Loi comprend trois parties dont les activités interdites,
la réglementation et l’Agence canadienne de contrôle
de la procréation assistée (ACCPA).
Parmi les activités interdites par la Loi: le clonage humain,
la sélection du sexe (sauf en cas de maladies liées au sexe),
la création de chimère ou d’hybride (combinaison humain/non-humain)
à des fins reproductives, l’achat ou la vente de matériel
reproductif humain (gamètes, embryons) et la rémunération
des mères porteuses. La réglementation comprend des activités
interdites, sauf s’il y a autorisation et selon le règlement.
La réglementation vise notamment à encadrer les activités
et les pratiques qui ont lieu en cliniques de fertilité. Quant
à l’Agence, cette dernière aura pour mandat de voir
à l’application de la Loi et de son règlement, d’autoriser
certains types de recherches, de surveiller les activités et la
pratique et d’entretenir un registre sur les cliniques et les personnes
qui ont eu recours aux services de procréation assistée
ou qui en sont nées (ce qui permettra d’étudier les
impacts à long terme des nouvelles technologies de la reproduction
humaine (NTRH) sur la santé).
Bien que le comité ait proposé l’adoption du projet
de loi tel quel, il fait état dans son rapport de plusieurs questions
qui devront être examinées lors de la révision de
la Loi. Ce qui, par conséquent, nous donne un aperçu des
enjeux qui risquent d’être soulevés à nouveau
d’ici quelques années.
La FQPN a déjà identifié, parmi les aspects de
la Loi qui seront soigneusement examinés, ceux qui la préoccupent
et sur lesquels elle souhaite demeurer à l’affût. En
voici d’ailleurs un bref aperçu.
Enjeux de la
Loi
La maternité de substitution
La Loi sur la procréation assistée cautionne le phénomène
des mères porteuses. C’est la maternité de substitution
à des fins commerciales, ou compensation pour services de substitutions,
qui est interdite. Ainsi, les femmes désirant être mères
porteuses peuvent le faire à des fins altruistes et se faire rembourser
pour les frais qui feront l’objet d’un reçu.
Les membres du comité soutiennent que l’intérêt
de l’enfant ne devrait pas être éclipsé par
le désir d’avoir un enfant et certains témoins estiment
que la maternité de substitution pourrait ne pas être dans
l’intérêt de l’enfant. Soucieux que des décisions
judicieuses fondées sur les faits soient prises concernant les
mères porteuses, le Comité suggère que des données
soient recueillies sur le sujet. Il suggère donc de documenter:
les effets (physiques et émotionnels) sur les enfants et leur famille
ainsi que les mères porteuses et leur famille; le profil (socio-économique,
démographique, etc.) des femmes qui offrent des services de substitution;
le type de counselling approprié et nécessaire et le degré
de compensation approprié (dépenses prouvées par
un reçu ou plus).
La Loi cautionne la pratique de la maternité de substitution
ce qui préoccupe la FQPN qui s’oppose à cette pratique
et ce, peu importe les circonstances. En effet, il nous apparaît
inconcevable que le corps des femmes soit transformé en usine à
fabriquer des bébés sur commande et nous souhaiterions qu’aucune
mesure n’encourage cette pratique. En fait, nous trouvons bien mince
la ligne entre l’interdiction de la rémunération et
la compensation des dépenses et craignons qu’il puisse être
difficile pour une femme pauvre de ne pas être tentée d’offrir
ses services. Le potentiel d’abus, les incitatifs financiers et
les enjeux liés à la commercialisation du corps des femmes
sont des questions qui ont toujours préoccupé la FQPN.
La compensation des donneurs
La Loi interdit de compenser les donneurs, ce qui fait craindre à
plusieurs intervenants des réductions importantes des dons de gamètes.
Afin de contrer une pénurie éventuelle de dons de gamètes,
le comité suggère notamment que l’Agence ait la responsabilité
d’informer le public concernant les facteurs de risque associés
à l’infertilité, qu’elle puisse recenser les
stratégies mises en place dans divers pays pour garantir aux couples
infertiles l’accès à des dons de gamètes, qu’elle
planifie des
campagnes de sensibilisation qui inviterait le public à faire des
dons altruistes de gamètes et enfin, qu’elle puisse mettre
en place un système de stockage semblable à ceux qui existent
déjà pour les dons de sang.
La FQPN est d’avis que les êtres humains ne peuvent être
réduits à une transaction commerciale. La FQPN, tout comme
la population canadienne, n’accepte pas la commercialisation du
matériel reproductif humain au même titre que nous n’acceptons
pas tout échange monétaire pour des dons d’autres
tissus ou organes humains comme le sang, les reins ou la moëlle épinière.
La possibilité d’identifier les donneurs
Plusieurs témoignages, tant de la part des tenants de la possibilité
de lever l’anonymat des donneurs que de ces opposants, ont été
entendus lors des audiences. Certains estimaient que les enfants ont le
droit d’obtenir des renseignements sur leur origine biologique alors
que pour d’autres, l’obligation d’identifier les donneurs
aurait pour effet d’éliminer les dons de gamètes,
surtout si les donneurs n’obtenaient pas de compensations raisonnables.
Actuellement, d’un point de vue juridique, la levée de l’anonymat
des donneurs pose un problème. En effet, selon la Loi canadienne
sur la famille, un donneur de sperme non anonyme est considéré
le père des enfants nés grâce à son sperme,
sauf dans deux provinces (dont le Québec) et un territoire. Le
comité comprend la difficulté d’exiger l’identification
des donneurs pour l’instant et propose que cette question soit examinée
à nouveau au moment de la révision de la Loi.
La FQPN est également préoccupée par le maintien
de l’anonymat des donneurs et soutient que le droit des enfants
de connaître leur origine, s’ils le désirent, devrait
primer sur le droit du donneur de préserver son anonymat. Autrement,
qui considère-t-on en premier lieu? L’enfant, que l’on
prive de ses origines ou l’adulte qui souhaite garder secret cet
aspect de sa vie?
Un projet de formation
sur les NTRH
En collaboration avec le Service aux collectivités de l’UQÀM
(Protocole UQÀM/Relais-femmes), la FQPN a reçu avec beaucoup
d’enthousiasme une subvention du ministère de l’Éducation
du Québec (MÉQ) pour un projet de formation sur les NTRH
qui se déroulera au cours des deux prochaines années.
L’objectif de ce projet est de sensibiliser et d’encourager
la réflexion critique afin d'accroître les actions collectives
visant à encadrer, à partir de considérations éthiques,
le développement des NTRH et à développer des alternatives
aux problèmes d’infertilité. Ce projet arrive donc
à point puisqu’il permettra à la FQPN d’enrichir
sa réflexion sur le sujet en vue de sa participation aux consultations
publiques relatives au processus d’élaboration du régime
réglementaire de la Loi et de sa révision. Ce projet comprend
notamment une tournée de formation dans les différentes
régions du Québec, le développement de matériel
éducatif et la conception d’une formation sur le Web.
Vous êtes donc toutes et tous invités à participer
à cette formation et nous vous tiendrons informés des dates
des formations dans les différentes régions du Québec.
En espérant vous y voir en grand nombre!
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