À SURVEILLER: L'APPROBATION
IMMINENTE DE LA LOI SUR LA PROCRÉATION MÉDICALEMENT ASSISTÉE
Après plus de 10 ans de tentatives diverses, le Canada se dotera
bientôt d'une loi pour encadrer les activités liées
à la procréation médicalement assistée. En
fait, le projet de loi C-13 serait à l'étape de la troisième
lecture en Chambre des communes.
La FQPN se réjouit du fait que le gouvernement comble enfin le
vide législatif entourant la pratique, la recherche et le développement
des nouvelles technologies de la reproduction humaine (NTRH). Encore aujourd’hui,
le clonage au Canada n'est assujetti qu'à un moratoire volontaire
de la part des chercheurs et professionnels de la santé! Ce projet
de loi est donc très attendu et grandement nécessaire. Mais
que dit-il? Répond-il à nos préoccupations? Protège-t-il
suffisamment la santé et l'intégrité physique des
femmes et des couples qui font appel à ces technologies? Permettra-t-il
de prévenir des glissements tels que la commercialisation du corps
des femmes et du matériel reproductif humain ou les manipulations
génétiques menant tout droit vers l'eugénisme? Bien
que la FQPN préfère qu'il y ait un encadrement, elle demeure
sceptique sur certains aspects du projet de loi.
Par exemple, il est permis de douter que le développement des
technologies de reproduction humaine et les besoins de recherche répondent
véritablement aux besoins des femmes infertiles. Ces techniques
ne sont pas un traitement contre l’infertilité, elles ne
visent pas le retour à la fertilité, elles ne font que permettre
de contourner le problème. Or, le projet de loi ne fait aucune
mention du principe de précaution ni du besoin d'investir dans
la prévention de l'infertilité. De plus, le projet de loi
ne fait aucune mention du besoin d'évaluer l'impact de ces technologies,
encore en expérimentation et nécessitant de fortes médications,
sur la santé des femmes ni des enfants qui en sont nés.
Le projet de loi prévoit interdire certaines activités.
Le clonage humain, peu importe la raison, serait enfin interdit. On interdira
aussi la création d'embryon in vitro pour des fins autres que la
création d'un être humain, mais on le permettrait pour l'apprentissage
ou l'amélioration des techniques de procréation assistée.
Les chercheurs pourraient donc créer des embryons dans le seul
but d'acquérir des connaissances ou de perfectionner les techniques.
Cette disposition du projet de loi nous inquiète car elle semble
ouvrir la porte à de nombreux glissements.
La rétribution des mères porteuses fait aussi partie des
activités interdites par le projet de loi. Par contre, les femmes
désirant être mère porteuse pour des fins altruistes
peuvent le faire et le remboursement de leur frais est prévu dans
le projet de loi. Cette mesure ne satisfait pas la FQPN qui s'oppose à
la pratique des mères porteuses en tout temps. Le potentiel d'abus,
les incitatifs financiers et les enjeux liés à la commercialisation
du corps des femmes sont trop importants pour ouvrir la porte à
cette pratique sous certaines conditions.
Le projet de loi prévoit garder confidentielle l’identité
des personnes qui font un don de sperme, d'ovules ou d'embryons. Seuls
les renseignements médicaux seraient obligatoirement accessibles
aux personnes concernées. La FQPN réclame la levée
de l'anonymat du donneur afin que les origines et les liens biologiques
puissent être retracés par les enfants qui le souhaiteront.
Le projet de loi devrait donc insister sur la divulgation obligatoire
des renseignements de la part des donneurs.
Le projet de loi énumère les activités qui sont
permises et qui devront être réglementées mais ne
définit pas la nature des règlements en tant que tel. En
fait, la réglementation sera élaborée par Santé
Canada en consultation avec les gouvernements provinciaux et territoriaux.
Les activités réglementées, contrairement aux activités
interdites, peuvent être modifiées sans l'autorisation du
Parlement et sans consultation publique. Le projet de loi prévoit
également l'établissement d'un organisme de réglementation
chargé d'appliquer la loi et son règlement. L'Agence canadienne
de contrôle de la procréation assistée (ACCPA) sera
un organisme indépendant de Santé Canada qui relèvera
du ministre de la Santé. L'Agence délivrera des autorisations
aux cliniques de fertilité et aux chercheurs, surveillera les activités
et verra à l'application de la Loi et de son règlement.
Même avec une loi, il restera encore beaucoup de travail à
faire avant que les pratiques et la recherche rie soient vraiment encadrées.
D'ici là, la FQPN demande:
- que des sommes importantes soient investies dans la prévention
et la recherche des causes de l'infertilité, soit autant d'argent
qu'il y en a d’investi pour le développement et les recherches
reliées aux NTRH.
- que la loi C-13 soit inscrite dans un programme de santé reproductive
et sexuelle.
- que les cliniques de fertilité soient obligées de rendre
leur pratique publique: les protocoles, le nombre de couples qui donnent
naissance à un enfant, les méthodes de calcul des taux
de succès, les techniques et les hormones utilisées, le
nombre d'ovules prélevés, fertilisés, le nombre
d'embryons implantés, congelés, etc.
- que les femmes soient informées qu'il s'agit d'expérimentation
et qu'elles signent un formulaire de consentement éclairé
selon le principe de Nuremberg.
- que des normes concernant les pratiques en matière de procréation
assistée soient implantées au niveau canadien.
- qu'une véritable enquête soit réalisée
afin de brosser un portrait de la recherche et des pratiques à
travers le Québec.
- que l'organisme de réglementation prévu dans le projet
de loi soit composé de personnes ne pouvant pas être en
conflit d'intérêt avec la prestation des services ou la
recherche dans le domaine des NTRH.
- qu'une évaluation scientifique rigoureuse à long terme
des nouvelles technologies soit effectuée quant à leur
efficacité et leur innocuité.
- que le gouvernement effectue une évaluation du développement
émotif et psychosocial des enfants nés des technologies
de reproduction ainsi qu'une évaluation des impacts sociaux de
ces technologies.
- que la recherche sur le génie génétique et la
manipulation des gènes soit interdite de façon permanente
et qu'une enquête sur l'évolution des recherches effectuées
pendant l'absence de législation, au cours des dix dernières
années, ait lieu et que la population en soit informée.
- que les brevets sur les cellules et les organismes vivants soient
interdits ainsi que la commercialisation de toute forme de matériel
génétique.
- qu'un débat public ait lieu couvrant toutes les dimensions
des NTRH telles que les enjeux éthiques et sociaux, les droits
et les impacts reliés aux NTRH afin de déterminer les
priorités en matière de procréation assistée
et sur les recherches connexes.
La FQPN tentera de faire connaître du public ses positions lors
de l'approbation du projet de loi. Entre temps, nous vous invitons à
les diffuser dans vos milieux et à encourager la discussion et
les débats sur ce sujet qui devrait bientôt défrayer
les manchettes. |