TOURNÉE RÉGIONALE SUR L'ACCÈS
AUX SERVICES DE PLANNING DES NAISSANCES: LE TEMPS DU BILAN
Des services qui s'effritent
L'éducation sexuelle: en voie de disparition
La contraception: les hormones, encore et toujours
La contraception d'urgence: un service à faire connaître
La stérilisation: un service à deux vitesses
La consolidation des services d'avortement: une histoire
à suivre...
La tournée: quelles sont les suites?
Et la FQPN dans tout ça?
Suite à la publication de notre recherche-action: Le planning
des naissances au Québec: portrait des services et paroles de femmes,
la FQPN a réalisé une tournée de formation dans cinq
régions du Québec de novembre à janvier dernier.
Cette tournée avait pour but de sensibiliser les groupes de femmes
et les intervenantes et intervenants en santé aux constats découlant
de la recherche-action, d'examiner les enjeux et les besoins spécifiques
à la région et d'identifier des pistes d'action possibles
afin d'améliorer l'accès à des services de planning
des naissances qui répondent aux besoins des femmes.
Grâce à l'étroite collaboration de ses groupes membres
actifs, la FQPN a ainsi tenu des journées de formation dans les
régions de Québec, de l'Abitibi-Témiscamingue (Rouyn-Noranda),
de I’Estrie (Sherbrooke), de Montréal et de la Côte-Nord
(Sept-Îles). Chaque journée comportait un remue-méninge
sur ce que devraient comprendre des services de planning de qualité.
La revue des principaux résultats de la recherche-action était
ensuite présentée et comparée avec un portrait des
services de planning offerts dans la région. Enfin, des ateliers
en sous-groupes permettaient aux participantes d’identifier des
actions possibles au niveau régional et provincial afin de contrer
les obstacles au manque d'accès à des services universels,
gratuits et respectueux du choix des femmes.
La FQPN a ainsi rencontré 85 personnes, principalement des représentantes
de groupes de femmes et des intervenantes en planning provenant de divers
centres hospitaliers ou de CLSC offrant des services de planning. Des
représentantes des régies régionales de la santé
et des services sociaux étaient présentes à Rouyn-Noranda
et à Sept-Îles. Le Conseil du statut de la femme était
représenté à Québec et à Sherbrooke.
Enfin, quelques groupes communautaires jeunesse et de lutte contre le
SIDA ont aussi participé à la journée de formation
à Montréal et à Sept-Îles respectivement.
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Des services qui s'effritent
La tournée nous a permis de constater à quel point une
telle journée d'échange était nécessaire.
Partout, on constate que les services de planning s'effritent, qu'ils
sont principalement réservés à la clientèle
jeunesse et que le temps et le personnel alloués aux services sont
en diminution. Dans les établissements, il n'y a plus de personnes
attitrées aux services de planning. Ce sont principalement les
infirmières qui dispensent ces derniers avec, nous disent-elles,
moins de ressources et moins de temps à passer avec chaque femme.
«Aujourd’hui, on éteint les feux, avant on participait
à des comités de réflexion» remarquait une
intervenante de la région de Montréal. Pour plusieurs d'entre
elles, assister à notre journée de formation signifiait
l'interruption du service de planning pour la journée.
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L'éducation sexuelle:
en voie de disparition
Le manque d'éducation sexuelle ressort aussi de la tournée
comme étant un enjeu fort préoccupant. D'un côté,
on s'inquiète du taux de grossesse à l'adolescence, du nombre
d'avortements, de la recrudescence des infections transmises sexuellement
(ITS). De l'autre, on retire les infirmières du milieu scolaire
et on abolit le programme d'éducation sexuelle donné dans
les écoles pour l'offrir de façon transversale, soit lors
des cours d'éducation physique ou de biologie, par des enseignantes
et enseignants qui ne sont pas formés pour ce faire. Les participantes
à la tournée sont inquiètes du courant social actuel
qui banalise la sexualité et qui en fait un objet de consommation
et de performance. Malgré l'omniprésence de la sexualité
dans les médias, toutes les participantes constatent de façon
unanime que les femmes, jeunes et moins jeunes, ne connaissent pas leur
corps ni le fonctionnement de leur cycle menstruel. Bref, les besoins
de programmes de promotion d'une saine sexualité qui parlent aux
jeunes et d'information fiable et critique demeurent toujours de mise.
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La contraception: les
hormones, encore et toujours
En matière de contraception, on constate que l'information sur
les différentes méthodes contraceptives est donnée
de façon très inégale et que la préférence
est largement en faveur des méthodes hormonales. L'accès
à certaines méthodes est problématique en région.
Le diaphragme, par exemple, n'est pas disponible à Sept-Îles
faute de médecin s'occupant de son installation. Mis à part
le Centre de santé des femmes de Montréal, très peu
d'établissements promeuvent ou savent même comment se procurer
la cape cervicale. Pendant la tournée, les débats ont été
nombreux sur les avantages et inconvénients de la contraception
hormonale et sur le manque de méthodes alternatives véritablement
intéressantes pour les femmes.
Toutes, par contre, s'entendaient sur la grande influence des compagnies
pharmaceutiques en matière de contraception et de santé
reproductive. Faute de budget dans les établissements du réseau
de la santé, les compagnies pharmaceutiques sont devenues la principale
source d'information et de formation continue des professionnels de la
santé, une source d'information qui n'est pourtant pas dépourvue
d'intérêts. Les compagnies influent aussi sur la gratuité
des contraceptifs offerts. Les intervenantes ont constaté que le
nombre d'échantillons gratuits avait diminué depuis la mise
en place de l'assurance-médicaments et nous avons été
surprises d'apprendre qu'il était même difficile pour les
établissements d'obtenir des condoms gratuitement. La gratuité
des contraceptifs est donc réservée ici aussi à la
clientèle jeunesse et se limite principalement aux contraceptifs
oraux et à quelques condoms.
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La contraception d'urgence:
un service à faire connaître
L'accès à la pilule du lendemain en pharmacie a soulevé
beaucoup de mécontentement lors de la tournée. À
ce moment, les frais de la consultation obligatoire auprès du pharmacien,
qui variaient entre 20$ et 30$, devaient être déboursés
par les femmes. En février, l'Ordre des pharmaciens et le ministère
de la Santé et des Services sociaux se sont finalement entendus,
après plusieurs mois de négociations. La consultation est
maintenant couverte par le gouvernement plutôt que par les femmes.
Cependant, la confidentialité en pharmacie demeure problématique
de même que le manque de promotion de cette mesure qui reste encore
trop peu connue des femmes.
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La stérilisation:
un service à deux vitesses
Les services de stérilisation sont difficilement accessibles
pour les jeunes femmes ou pour les femmes près de la ménopause.
Des entrevues psychosociales sont alors exigées et la décision
se prend avec le médecin. À Montréal, une intervenante
nous confiait que le médecin de son établissement préfère
installer le stérilet Mirena plutôt que procéder à
une intervention nécessitant une anesthésie. L'accès
à la vasectomie est, elle aussi, particulièrement limitée
puisque seulement 7% des CLSC et 54% des centres hospitaliers offrent
cette intervention. Les délais d'attente sont longs, ce qui encourage
les hommes à payer entre 70$ et 75$ pour obtenir le service plus
facilement et plus rapidement en clinique privée.
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La consolidation des
services d'avortement: une histoire à suivre...
Les retombées des injections de nouveaux fonds pour la consolidation
des services d'avortement varient d'un établissement à l'autre.
Un nouveau point de service au centre hospitalier de Lévis pour
les avortements de premier trimestre a finalement été ouvert
pour desservir la région Chaudière-Appalaches, une des seules
régions au Québec qui n'offrait aucun service. Les nouveaux
argents ont aussi permis d'augmenter les services jusqu'à 20 semaines
de grossesse à Québec. Les services devraient passer de
3 à 5 jours par semaine à Val d'Or grâce à l'apport
d'une infirmière additionnelle. Pour d'autres, les argents reçus
ont servi au remplacement d'équipement désuet mais n'ont
pas permis de combler le besoin de personnel nécessaire afin de
réduire les délais d'attente ou d'augmenter le nombre de
places disponibles. Ainsi, dans certaines régions, les services
continuent de dépendre sur la disponibilité d'une seule
personne et, dans des villes comme Montréal, ce sont les mêmes
médecins qui se déplacent d'un établissement à
l'autre pour pratiquer les avortements.
La distance est aussi un obstacle majeur pour les femmes des régions.
Certaines doivent faire plus de deux heures de route avant d'avoir accès
à leur point de service régional et les frais de déplacement
pour une distance de moins de 250km ne sont pas remboursés. II
n'existe aucun service d’hébergement pour les femmes qui
doivent se rendre à un des quatre points de services d'avortement
de deuxième trimestre.
Malgré des ententes de services, les services pré et post
avortement offerts par les CLSC et les centres hospitaliers manquent parfois
de coordination. Les femmes doivent alors répéter leur histoire
et rencontrer de multiples intervenantes. Lors de la journée de
formation à Rouyn-Noranda, le Centre de santé Ville-Marie
et le CLSC de Rouyn-Noranda se sont entendus pour étudier la possibilité
de collaborer afin que le Centre soit formé pour offrir le pré
et le post et ainsi éviter de multiples déplacements pour
les femmes de Ville-Marie. Enfin, la sédation consciente et l'utilisation
de prostaglandines pour dilater le col semblent être pratiqués
de plus en plus. Selon les intervenantes, ces mesures diminuent la douleur
et rendent l'expérience moins désagréable physiquement
pour les femmes. Chez les groupes de femmes, on s’inquiète
de cette tendance vers une plus grande médicalisation de l'intervention
et du respect du choix des femmes qui ne souhaitent pas utiliser de fortes
médications.
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La tournée: quelles
sont les suites?
La tournée nous a permis de constater que tous travaillent de
façon isolée et que cette occasion d'échanger, de
partager pratiques et connaissances et de créer des liens entre
les groupes de femmes et les intervenantes en planning a été
grandement appréciée et fort utile. Plusieurs régions
ont d'ailleurs décidé de répéter l'expérience.
Sous le leadership de S.O.S. Grossesse, les participantes de la région
de Québec ont décidé d'organiser des rencontres annuelles
en planning. À Sherbrooke, on parle de la mise sur pied d'une Table
de concertation dans le domaine. Le comité Conditions de vie des
femmes de l'Abitibi-Témiscamingue continuera de rencontrer les
intervenantes et de faire du planning une de ses priorités. Des
collaborations entre organismes participants à Sept-Îles
se sont mises en place suite à la journée de formation.
À Montréal, on souhaite ardemment que la FQPN offrent davantage
de journées de formation pour les intervenantes en planning provenant
de divers milieux..
Les pistes d'action identifiées ont été nombreuses.
Par exemple, on souhaite revendiquer des programmes gouvernementaux pour
assurer la gratuité des contraceptifs oraux, des condoms et de
la pilule du lendemain ou encore interpeller les ministères de
la Santé et de I’Éducation pour le financement d'une
campagne d'éducation sexuelle initiée par différents
intervenants du milieu. On souhaite élaborer des outils éducatifs
pour sensibiliser les femmes à l ’influence des compagnies
pharmaceutiques et promouvoir l'auto-santé ou encore concevoir
un site Internet avec une information critique sur la sexualité,
la contraception et les ITS. La formation sur l'intervention en planning
adaptée à différentes réalités culturelles
a aussi été une des pistes d'action soulevées.
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Et la FQPN dans tout
ça?
Le conseil d'administration de la FQPN étudie présentement
ces suggestions afin d'en dégager des priorités pour l'année
qui vient. Mais déjà, trois grandes revendications s'imposent:
l'universalité et la gratuité des services de planning comprenant
la gratuité des moyens contraceptifs pour les femmes de 18 ans
et moins. Pour ce faire, la FQPN revendique le retour des cliniques de
planning des naissances dans les CLSC, cliniques qui devraient offrir la
gamme complète des services de planning (y compris l'information
et l'accès à toutes les méthodes de contraception,
les services pré et post avortement, la vasectomie, la prévention
et le traitement des ITS, la promotion et le counselling en matière
de sexualité, la promotion de la fertilité et le diagnostic
d'infertilité). Les services devront être offerts par des
équipes multidisciplinaires formées d'infirmières,
de sexologues, de travailleuses sociales et de médecins. Enfin,
la FQPN fera pression pour que les CLSC maintiennent leur capacité
d'exécuter leur mandat de promotion, d'éducation et de prévention
dans tous les volets du planning, et ce, pour toutes les femmes sans discrimination. |