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Petite
histoire des lois et des politiques
concernant le planning des naissances au Québec
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| 1803
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Pour la première fois, on trouve une loi canadienne contre l'avortement:
celui-ci constitue une offense mineure avant le cinquième mois de la grossesse;
après ce délai, la peine capitale s'applique pour la femme et pour l'avorteuse. |
| 1869
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La sanction contre l'avortement est rendue plus sévère: pour un avortement
avant le cinquième mois, c'est l'emprisonnement à perpétuité pour la femme
et pour l'avorteuse; si la femme a tenté de s'avorter seule, c'est sept
ans de prison. |
| 1892 |
Le gouvernement canadien adopte une loi interdisant la distribution et
la vente d'information et de matériel contraceptif ou abortif. |
| 1936 |
Un des procès les plus controversés au Canada: Dorothea Palmer, infirmière
de 28 ans, est accusée d'avoir diffusé des renseignements sur la contraception
dans des rencontres de cuisine à Eastview en Ontario. Elle est acquittée. |
| 1955 |
G.G. Pincus, un chercheur, découvre les premières hormones synthétiques
qui vont permettre la fabrication de la pilule anticonceptionnelle qui inhibe
l'ovulation. Cette découverte va changer profondément les comportements
et attitudes envers la fertilité des femmes. Rapidement, le Québec sera
atteint par cette révolution. |
| 1967 |
Il y a deux points de services francophones en planning à Montréal: la
Clinique de planning familial de l'hôpital Notre-Dame, qui s'adresse à toute
la population, et le Centre de planning familial du Québec. Le Centre constitue
la première clinique de consultation psychosociale et médicale hors de l'hôpital
subventionnée par le gouvernement du Québec. Le Centre assure aussi la formation
des travailleuses et travailleurs de la santé. De 1967 à 1972, année de
sa fermeture, il formera 2 000 personnes. |
| 1968 |
Publication de l'encyclique Humanae Vitae qui déclare que l'objectif
du mariage est la reproduction, qu'on ne doit pas empêcher la famille,
mais la méthode Ogino (calendrier) est permise par l'Église. Cependant,
le mouvement de libération des femmes est bien amorcé; le Montreal Women's
Liberation Mouvement publie le Birth Control Handbook, qui sera
traduit en français en 1970 par le Front de libération des femmes du Québec
sous le titre: Pour un contrôle des naissances. |
| 1969 |
Le gouvernement canadien adopte le Bill Omnibus,
qui, en plus de permettre, entre adultes consentants, les rapports sexuels
hétérosexuels à partir de 16 ans et homosexuels à partir de 18 ans, retire
du Code criminel la loi interdisant la diffusion et la vente
de contraceptifs et modifie les articles sur l'avortement. Les nouveaux
articles 251 et 252 stipulent que l'avortement est un acte criminel sauf
s'il est pratiqué dans un hôpital accrédité sous l'autorité d'un comité
d'avortement thérapeutique composé de trois médecins. Pour accorder l'avortement,
le comité doit pouvoir démontrer que la poursuite de la grossesse met
en danger la vie et la santé de la mère.
Au Canada, le gouvernement du Québec a été le premier
à financer et encourager les organismes en planning familial. Dès 1967,
le ministère de la Famille et du Bien-être du Québec finançait le Centre
de planning familial du Québec, l'Association pour le planning des naissances
de Montréal et la clinique de planification familiale de l'hôpital Notre-Dame.
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| 1970 |
Le docteur Morgentaler est accusé, en vertu des articles 251 et 252 du
Code criminel, d'avoir procuré un avortement illégal. Son premier
procès aura lieu en 1973. |
De la Politique en planification
familiale (1972) aux
Orientations ministérielles en planification des naissances (1996) |
| 1972 |
Suite à des pressions de divers organismes et à une opinion
publique largement favorable, le gouvernement du Québec adopte
une Politique en planification familiale. Cette politique est accompagnée
d'un financement permettant d'engager des personnes-ressources pour s'occuper
du Programme d'information préventive en milieu scolaire (PIPMS),
programme d'éducation sexuelle pour les niveaux secondaire, collégial
et universitaire, dans les différentes régions du Québec.
De plus, «L'implantation de services d'information et de consultation
au sein des CLSC permettra de rendre accessible à tous l'information
nécessaire à l'exercice d'une paternité responsable.
(...) l'implantation de services spécialisés de consultation
médicale et psychosociale au sein des centres hospitaliers ou des
Centres de services sociaux permettra par ailleurs de répondre
aux besoins des personnes qui font face à des difficultés
plus sérieuses» (Garcia, 1977).
Plusieurs points dans la mise en oeuvre de la Politique en planning
familial sont éclaircis entre 1972 et 1976:
les services de planning sont déclarés essentiels et
prioritaires (mais ce n'est pas la seule priorité, précise-t-on
en mars 1974); les Centres régionaux de la santé
et des services sociaux ont à définir la problématique
au niveau régional et faire des recommandations au ministère
des Affaires sociales (anciennement ministère de la Famille et
du Bien-être). Les établissements doivent donner des services
directs. |
| 1976 |
En juillet 1976, le ministère des Affaires sociales (MAS) du
Québec décide que pour les services de planning des naissances:
«Le CLSC est l'établissement responsable de la distribution
des services dans ce domaine à la population de son district, et,
en conséquence, les sommes disponibles pour le développement
des services seront octroyées aux CLSC. Pour les besoins qui ne
peuvent obtenir une réponse sur une base externe ou pour tout autre
besoin particulier, le CLSC pourra compter sur les services des ressources
humaines compétentes qui oeuvrent à l'intérieur des
cliniques spécialisées de certains centres hospitaliers
(CH). Les centres de services sociaux et les départements de santé
communautaire continueront leur rôle au niveau de la population
en milieu scolaire par l'intermédiaire des services sociaux et
de santé en milieu scolaire» (Garcia, 1977).
La même année, le gouvernement québécois décide
de cesser toute poursuite contre les médecins pratiquant des avortements
en dehors des centres hospitaliers accrédités et libère
le docteur Morgentaler des charges retenues contre lui. |
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DE 1972
À 1977 LE QUÉBEC INVESTIT PRÈS DE
DEUX MILLIONS $...
... dans le domaine du planning des naissances. Le Canada produit et
distribue massivement de la documentation. Plusieurs fonds sont attribués,
aux deux paliers de gouvernement, pour subventionner les services, la
formation, les projets pilotes et la recherche.
QUELQUES STATISTIQUES:
- De 1967 à 1974, le volume
des ventes de pilule anticonceptionnelle augmente régulièrement,
la vente de condoms et de spermicides a doublé et la vente de
diaphragmes, qui est au sommet de sa popularité en 1969,
diminue énormément.
- En 1972, on a vendu 7 266 stérilets, alors
qu'en 1976, on en a vendu 41 422.
- En 1972, on a fait 15 329 vasectomies et 12 233 ligatures,
alors qu'en 1976, il y a eu 7 771 vasectomies et 24
237 ligatures.
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| 1977 |
Le ministère des Affaires
sociales annonce la mise sur pied des cliniques spécialisées
(clinique Lazure) dans les centres hospitaliers pour l’infertilité,
l'avortement, les consultations en sexualité. Il prévoit
21 cliniques spécialisées réparties dans toutes les
régions.
Claude Garcia, sous-ministre à la Direction générale
de la planification au ministère des Affaires sociales, déclare:
«La possibilité pour le couple ou l’individu de fixer
et de réaliser en toute autonomie l'usage qu'il décide de
faire de ses capacités de reproduction compte parmi les conditions
de vie et les droits élémentaires dont doit bénéficier
tout citoyen du Québec. Une telle vision de la planification des
naissances en fait donc d'abord une question de libre choix personnel
à favoriser pour tous.
«Ainsi à l’égard de la période qui précède
la décision du couple ou de l'individu, les pouvoirs publics ont
la responsabilité de créer des conditions telles que ce
choix puisse être fait avec un maximum de liberté, de lucidité
et d'épanouissement» (Garcia, 1977). |
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DE 1976 À
1978 PETIT BILAN DES SERVICES
- En 1976, 27 CH sur 95 ont un Comité d'avortement
thérapeutique (CAT); 14 de ces CAT sont fonctionnels : six francophones
et huit anglophones.
- En 1976, 97,6 % des avortements se font à
Montréal et 93 % de ceux-ci en milieu anglophone.
- En 1978, 11 CLSC sur 74 ont des cliniques de planning
des naissances, répartis dans quatre régions : Outaouais,
Montréal, Québec, Saguenay-Lac-Saint-Jean.
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| 1980 |
Malgré ces percées
et ces investissements, une recherche réalisée par la Coalition
nationale pour l'avortement libre et gratuit, L'avortement: résistance
tranquille des pouvoirs hospitaliers, fait ressortir les constats suivants
sur les services de planning offerts dans le réseau public: la médicalisation
de la contraception, le contrôle de l'information par les médecins
et les spécialistes selon leur morale, la difficulté d'avoir
accès aux services, le coût élevé des méthodes
de contraception (l'exemple du stérilet est notoire), les disparités
régionales dans la disponibilité des services, etc. Cette
recherche révèle aussi que le financement donné aux
centres hospitaliers pour l'avortement et les comités d'avortement
thérapeutique n'est pas utilisé à ces fins. |
| 1985 |
Début de la Commission d'enquête
sur les services de santé et les services sociaux au Québec,
La Commission Rochon (présidée par Jean Rochon). Cette commission
présente plusieurs recommandations au gouvernement du Québec
pour améliorer les services de santé et les services sociaux. |
| 1987 |
Le gouvernement du Québec
décide de revoir l'organisation des services en planification des
naissances et d'identifier des priorités à la lumière
des besoins de la population. |
| 1988 |
La Cour suprême du Canada
déclare que les articles 251 et 252 du Code criminel vont
à l'encontre des droits et libertés garantis à la
femme par la Charte constitutionnelle. L'avortement n'est plus un acte
criminel au Canada.
Suite à ce jugement, la ministre de la Santé du Canada,
Diane Marlow, interroge les provinces sur les services d'avortement offerts.
Selon elle, depuis le jugement de la Cour suprême du Canada, l'avortement
est un service médicalement requis. |
| 1989 |
Le gouvernement du Québec
met de côté la révision de L'organisation des services
de planning pour entreprendre sa vaste réforme des services de santé
et des services sociaux. |
| 1990 |
Le Chambre des communes adopte le projet de
loi C-43 qui vise à recriminaliser l'avortement. En janvier 1991,
le Sénat canadien rejette ce projet avec un vote de 43 pour et
43 contre. L'avortement n'est toujours pas un acte criminel au Canada. |
| 1992 |
La Loi 120, qui transforme les structures
de gestion du réseau de la santé et des services sociaux,
est adoptée par l'Assemblée nationale. Le processus de régionalisation
est mis en place par le ministère de la Santé et des Services
sociaux (MSSS, anciennement ministère des Affaires sociales). Il
se traduit par la transformation de la mission de la structure régionale.
Les 16 régies régionales de la santé et des services
sociaux ont pour mandat de planifier, organiser, mettre en oeuvre et évaluer
les programmes de santé et des services sociaux élaborés
par le ministère. Les régies voient à fixer les priorités
en fonction des particularités de leur région, elles élaborent
les plans d'organisation des services, y allouent les budgets nécessaires
et assurent la coordination des activités entre les établissements
et les organismes du milieu.
Parmi les concepts-clés du nouveau modèle de gestion du
réseau se trouvent la gestion par résultats, l'approche
populationnelle ou épidémiologique, les programmes-clientèles,
la réduction des coûts et la lutte au déficit. Cette
transformation du ministère orientera les politiques et actions
gouvernementales en santé qui seront adoptées à partir
de 1992. |
| 1992 |
Première consultation sur les orientations
en planification des naissances, à partir du document Éléments
d'orientation en planification des naissances: priorités d'action
et organisation des services.
Les principaux constats que révèle
ce document sont:
le gouvernement québécois a investi 17,5 millions
de dollars pour les services en planning en 1988-1989;
en 1980, le
taux de grossesse à l'adolescence était de 12,5/1000 et en
1990 il est passé à 19,1/1 000, ce taux est plus élevé
en milieu défavorisé;
le taux élevé de stérilisation
est considéré inquiétant, 52% des hommes et des femmes
qui ont plus de trente ans sont stérilisés;
on note une augmentation
des maladies transmises sexuellement;
depuis 1980 les ressources affectées
au planning des naissances stagnent ou régressent;
il y a plusieurs
difficultés liées à la concertation régionale
et à l'absence de lignes directrices concernant la répartition
des rôles entre les établissements;
il y a inégalité
des services offerts entre les régions. |
| 1995 |
Le gouvernement adopte des Orientations ministérielles
en matière de planification des naissances, avec trois priorités
d'action: réduire le taux de grossesses à l'adolescence dans
les milieux défavorisés, particulièrement dans les
régions Montréal-Centre et Montérégie, améliorer
l'accessibilité des services d'avortement pour les grossesses tardives
(on prévoit un point de service suprarégional dans la région
de Québec pour les avortements de deuxième trimestre), rendre
accessible des services d'avortement dans la région Chaudière-Appalaches.
Aucun budget additionnel n'accompagnait la sortie des Orientations, sauf
pour la réalisation des trois priorités d'action. Le ministre
de la Santé et des Services sociaux, Jean Rochon, donne une année
aux régies régionales pour déposer au MSSS leur plan
d'action en matière de planification des naissances. |
| 1999 |
Seulement sept régies régionales
sur seize ont fait parvenir leur plan d'action au MSSS. La régie
régionale de Chaudière-Appalaches n'a toujours pas formé
le comité prévu pour la mise sur pied de services d'avortement
dans sa région. |
| 2001 |
Les ministres Rémy Trudel et Agnès
Maltais annoncent un investissement de 3,2 millions $ pour consolider les
services d’avortement dans toutes les régions du Québec.
De cette somme, 2,7 millions $ constituent des budgets récurrents.
Cette injection de fonds, longuement attendue, permet l’ajout d’un
point de service d’avortement dans la région de Chaudière-Appalaches
qui en était dépourvue et la consolidation des services de
2e trimestre à Montréal, à Québec
et en Estrie. Dans la même lancée, le gouvernement accentue
ses efforts en matière de prévention des grossesses non planifiées
et annonce son intention de développer des orientations et un plan
d’action en matière de prévention des grossesses précoces
et de soutien aux mères adolescentes. Enfin, le gouvernement annonce
une mesure facilitant l’accès à la contraception orale
d’urgence (COU) en la rendant disponible en pharmacie sans ordonnance
d’un médecin. |
| 2003 |
Association québécoise des
pharmaciens propriétaires (AQPP) conclut une entente particulière
avec le ministère de la Santé et des Services sociaux pour
le programme de gratuité de la prestation des services reliés
à la COU. Grâce à cette entente, les frais de consultation
pour la COU sont couverts par la Régie de l’assurance maladie
du Québec (RAMQ) et gratuits pour toutes les femmes détentrices
d’une carte d’assurance maladie.
La clinique de planning des naissances de l’hôpital Notre-Dame,
première clinique de planning au Québec, ferme ses portes.
La Régie régionale de Montréal transfert les 500
avortements qui y étaient pratiqués chaque année
et le service de référence téléphonique vers
l’hôpital LaSalle. Le transfert des autres services de planning,
tels que les consultations en contraception, n’a pas été
assuré.
Le gouvernement fédéral adopte la première Loi
concernant la procréation assistée et la recherche connexe
qui prévoit l’interdiction de certaines pratiques (clonage,
vente de matériel reproductif humain, rémunération
des mères porteuses), la réglementation des activités
permises ainsi que la création de l’Agence canadienne de
contrôle de la procréation assistée. |
| 2004 |
Le gouvernement québécois dépose
un projet de loi (89) sur les activités cliniques et de recherche
en matière de procréation assistée et modifiant d’autres
dispositions législatives. |
| 2005 |
Le Collège des médecins permet aux infirmières travaillant dans les milieux scolaires de prescrire la contraception orale aux adolescentes. |
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