Accessibilité des services
de planification des naissances: état de la situation
Par Madame Nathalie Parent, coordonnatrice,
la Fédération du Québec pour le planning des naissances
Le rôle des services de planning des naissances
Pourquoi avoir mené cette recherche-action?
Méthodologie de la recherche
Organisation des services de planning des naissances –
principaux constats
La contraception – principaux constats
La contraception d’urgence – principaux constats
L’avortement – principaux constats
La stérilisation – principaux constats
La présentation porte sur les résultats d'une recherche-action,
intitulée Le planning des naissances au Québec: Portrait
des services et paroles de femmes effectuée par la Fédération
du Québec pour le planning des naissances (FQPN) entre 1999 et
2001.
Les services de planning des naissances sont au coeur de la santé
reproductive et de la vie de toutes les femmes. Les femmes auront à
prendre des décisions face à leur capacité de reproduction
et face à leur désir d'avoir un enfant, à quel moment,
à quelle fréquence. Ces décisions vont changer en
fonction de notre âge, de notre condition socio-économique,
en fonction de notre sexualité, de notre relation de couple, de
la stabilité de notre couple, du nombre de partenaires sexuels,
etc. Pour nous aider dans ces décisions, nous aurons recours aux
services de planning des naissances et aux services des professionnels
de la santé.
Le rôle des services de planning des
naissances
Ces services doivent nous soutenir dans notre capacité de prendre
des décisions éclairées face à notre corps
et notre sexualité et aider à protéger notre fertilité,
notre santé et notre bien-être. Idéalement, les services
de planning des naissances incluraient l'éducation à la
sexualité, des interventions psychosociales et médicales
humanisées, des informations critiques sur la contraception, sur
l'avortement, sur la fertilité, sur la façon de protéger
les femmes contre l'infertilité et de prévenir les maladies
transmissibles sexuellement. Ils devraient aussi fournir l'accès
universel à toutes les méthodes contraceptives qui existent,
aux méthodes d'urgence, à l'avortement et à la stérilisation.
Les services de planning des naissances doivent aussi soutenir les femmes
dans tout le processus entourant la grossesse, l'accouchement et la période
postnatale et devraient comprendre des services de soutien suite au deuil
provoqué par une fausse-couche, par exemple.
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Pourquoi avoir mené cette recherche-action?
La recherche découle du constat à l'effet que les services
de planning des naissances étaient en diminution. La recherche
visait donc à dresser un portrait concret de la situation, notamment
en cernant comment les services de planning survivaient aux réformes
qu'a subies le réseau des services de santé et des services
sociaux dans les années 1990 et en analysant si les femmes étaient
satisfaites des services qu'elles reçoivent. La recherche permettait
aussi de mieux connaître les besoins actuels des femmes face aux
services de planning des naissances, ainsi que de voir dans quelle mesure
les orientations ministérielles en matière de planification
des naissances, adoptées par le gouvernement du Québec en
1996, étaient appliquées.
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Méthodologie de la recherche
Les données proviennent d'un questionnaire envoyé dans
les CLSC et les centres hospitaliers (qui ont répondu dans une
proportion de 78%), d'un questionnaire rempli par 42 femmes, de 4 groupes
cibles et divers ateliers de discussion réalisés à
travers la province. Dans le cadre de la recherche-action, les aspects
suivants ont été analysés: l'organisation des services
de planning des naissances, la contraception, la contraception d'urgence,
l'avortement et la stérilisation.
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Organisation des services de planning des naissances
– principaux constats
Le premier grand constat est le manque d'accès aux services et
l'effritement des services. 91% des CLSC et 25% des centres hospitaliers
(CH) réservent leurs services de planning des naissances à
des clientèles ciblées et sont maintenant principalement
offerts aux jeunes, âgées entre 14 et 25 ans. Donc une femme
âgée de 25 ans et plus n'aura pas le service, elle ne sera
pas reçue à son CLSC pour avoir, par exemple, accès
à la contraception d'urgence. Elle sera dirigée ailleurs.
Cette situation s'applique dans près de 30% des CLSC. Les CH sont
plus accessibles, mais les femmes y recourent moins si elles veulent une
consultation en matière de planning. Elles vont plutôt dans
les CH pour avoir accès à l'avortement ou subir une intervention.
Nous remarquons que dans les CLSC, les services de planning des naissances
ont été dilués au sein des services courants et le
temps alloué aux services de planning a diminué. Au sein
des CLSC, il n'y a plus de département de planning ou de cliniques
en tant que tel. Nous constatons également une réduction
du temps accordé pour les rencontres entre la femme et le personnel
de la santé. Ce faisant, les interventions sont axées sur
des aspects curatifs plutôt que sur des aspects préventifs
et éducatifs. Certaines femmes se disent chanceuses de pouvoir
rencontrer un intervenant en santé qui prend le temps de les écouter,
de répondre à leurs questions et de les soutenir dans leurs
prises de décision.
Malgré leur mandat de prévention et d'éducation,
les CLSC n'ont plus de budget pour produire leur propre documentation.
Ainsi, le matériel utilisé provient principalement des compagnies
pharmaceutiques. Nous savons très bien que les compagnies pharmaceutiques
ont leurs propres intérêts. La formation continue des professionnels
de la santé est également problématique. Ils ne disposent
que de peu de ressources et de temps pour le faire et ce sont donc les
compagnies pharmaceutiques qui sont en mesure et qui ont les moyens d'offrir
la formation continue de façon soutenue. Notre étude révèle
que très peu de CLSC et de CH ont des équipes d'intervention
multidisciplinaire permettant d'offrir une intervention avec une représentation
égale aux aspects psychosociaux du planning et aux aspects médicaux.
Enfin, nous avons constaté un retrait des infirmières en
milieu scolaire, ce qui constitue un obstacle additionnel à l'accès
aux services de planning des naissances.
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La contraception – principaux constats
L'information sur les différentes méthodes contraceptives
est donnée de façon très inégale. Nous remarquons
une large préférence donnée aux méthodes hormonales
dont les taux d'efficacité sont plus élevés. Les
méthodes telles que la pilule et le Depo-Provera, sont offertes
partout, alors que la cape cervicale et les méthodes de barrière
sont offertes dans beaucoup moins de cas. Le condom est aussi une méthode
contraceptive parmi les plus populaires, mais nous remarquons la promotion
du condom davantage pour la protection contre les ITS que pour sa valeur
contraceptive. Les jeunes femmes se font souvent recommander de recourir
au condom pour se protéger contre les ITS, mais également
de recourir à une méthode hormonale pour se prémunir
contre les grossesses. L'accès à certaines méthodes
contraceptives est problématique en région. Le diaphragme,
par exemple, n'est pas disponible dans la région de Sept-Îles
tout simplement parce qu'il n'y a pas de médecin qui a les qualifications
nécessaires pour prendre les mesures nécessaires à
son installation. En ce qui concerne la cape cervicale, certains établissements
ne savent pas vraiment où se la procurer, hormis le Centre de santé
des femmes de Montréal qui en fait la promotion. II faut comprendre
que même si nous faisons la promotion de ces méthodes, les
femmes n'y ont pas nécessairement accès.
Nous constatons que les femmes rencontrent certaines difficultés
lorsqu'elles désirent recourir à une méthode autre
que la pilule, ou lorsqu'elles souhaitent avoir des informations sur toutes
les méthodes existantes. Les témoignages des femmes font
clairement ressortir le manque d'information, le parti pris des professionnels
de la santé en faveur des méthodes hormonales de même
qu'une certaine banalisation de leurs effets secondaires tels que les
maux de tête, la prise de poids, etc.
En matière de santé reproductive, les femmes se font suggérer
une panoplie de produits pharmaceutiques à partir de leur puberté
jusqu'à la fin de leur vie, et nous savons que les compagnies pharmaceutiques
n'offrent pas ces produits avec un intérêt, en premier lieu,
pour la santé des femmes. Par exemple, les femmes se voient maintenant
offrir le timbre de testostérone (pour augmenter la libido chez
les femmes ménopausées), le Seasonale (qui permet de réduire
le nombre de menstruations à quatre par année), le Prozac
(maintenant recommercialisé sous le nom de Serafem, pour traiter
le syndrome prémenstruel très sévère). L'influence
des compagnies pharmaceutiques en matière de santé reproductive
est donc très grande. Ce sont elles aussi qui vont diriger les
recherches sur les nouvelles méthodes contraceptives et nous remarquons
que ces recherches sont basées sur des méthodes hormonales,
de longue durée et qui sont hors du contrôle des femmes.
Enfin, le choix des méthodes de contraception comporte toujours
un compromis. Le contraceptif idéal n'existe pas. Soit nous faisons
un compromis au niveau de son efficacité, soit nous faisons un
compromis au niveau de son impact sur la santé et des risques pour
la santé des femmes. Nous attendons toujours le contraceptif idéal,
c'est-à-dire celui qui est facile d'utilisation, sous le contrôle
des femmes et sans effets ni impacts nuisibles sur notre santé.
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La contraception d’urgence – principaux
constats
En matière de contraception orale d'urgence, nous constatons
la difficulté d'accès à cette forme de contraception
dans les CLSC, notamment parce qu'ils sont fermés les fins de semaine
et les jours fériés et nous n'avons pas nécessairement
envie d'attendre longtemps dans les salles d'urgence des hôpitaux.
Nous remarquons également que le stérilet post-coïtal,
aussi une méthode d'urgence, est très peu connu et très
peu accessible. Nous pouvons accéder à cette méthode
dans 21% des CLSC et 43% des CH. Cette méthode est peu connue mais
elle peut être utilisée jusqu'à cinq jours suivant
la relation sexuelle non protégée. Enfin, une nouvelle mesure
a récemment été mise en place au Québec en
matière de contraception orale d'urgence. Pour en faciliter son
accès, la pilule du lendemain est maintenant disponible en pharmacie
et peut être prescrite par le pharmacien. Cette nouvelle mesure
devrait être davantage promue car très peu de femmes en connaissent
l'existence.
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L’avortement – principaux constats
Le délai d'attente, pouvant être de trois, quatre et même
cinq semaines, est le principal obstacle rencontré au niveau de
l'accès aux services d'avortement. Les femmes préféraient
aller dans des cliniques privées où le délai d'attente
est seulement d'une semaine. Près du tiers des avortements au Québec
est pratiqué en cliniques privées, où les femmes
doivent débourser en moyenne entre 200$ et 300$ pour y avoir accès.
Nous remarquons également que les services d'avortement sont de
plus en plus intégrés aux services courants. Les femmes
peuvent alors rencontrer plusieurs professionnels qui ne sont pas nécessairement
à l'aise avec la notion du libre choix. Nous avons aussi constaté
que la majorité des femmes souhaitent être accompagnées
dans la salle d'intervention mais seulement 43% des CLSC et 61% des CH
acceptent que la femme soit accompagnée. Au Québec, il n'y
a qu'une quarantaine de médecins qui pratiquent l'avortement. Dans
certaines régions, l'accès à ce service dépend
de la disponibilité d'un ou deux médecins et lorsqu'ils
ne sont pas disponibles, le service est interrompu. Il y a un point de
service pour les avortements de premier trimestre dans chacune des régions
du Québec et quatre points de services pour les avortements de
deuxième trimestre. Par contre, dans certaines régions du
Québec, les distances sont très grandes et les frais de
déplacement dépassant 250$ ne sont pas remboursés.
Pour les points de services d'avortement de deuxième trimestre,
il n'y a pas de services d'hébergement prévus, bien que
nous sachions que ce type d'intervention demande une présence minimale
de deux jours.
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La stérilisation – principaux
constats
Nous constatons d'énormes lacunes quant à l'accès
aux services de stérilisation. La ligature des trompes, par exemple,
n'est pas très accessible dans les CLSC puisque qu'il s'agit d'une
intervention qui se pratique davantage en centre hospitalier. Seulement
7% des CLSC et un peu plus de 50% des centres hospitaliers offrent des
services de stérilisation.
Enfin, il faut se préoccuper du démantèlement des
cours d'éducation sexuelle donnés dans les cours de formation
professionnelle et sociale dans les écoles. Nous sommes sur le
point de perdre des acquis à ce niveau.
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