Les politiques gouvernementales en
matière de santé reproductive [note]
1. Les engagements internationaux en matière de planning
des naissances
2. Les politiques québécoises et le planning
des naissances
3. Les Orientations ministérielles en matière
de planification des naissances
Les services de planning des naissances qui sont offerts dans le réseau
public de la santé découlent directement des politiques
gouvernementales sur le sujet. Au Québec, ce sont les Orientations
ministérielles en matière de planification des naissances
rendues publiques en février 1996 qui décrivent les stratégies
gouvernementales les plus récentes en la matière. Le Québec
a aussi pris des engagements en adoptant d'autres politiques qui touchent
de près ou de loin certains éléments de la santé
reproductive. Cet ensemble de documents constitue donc les principaux
engagements et objectifs de l'action gouvernementale reliée au
planning des naissances.
1. Les engagements internationaux en matière
de planning des naissances
La Canada et le Québec sont signataires du programme d'action adopté
lors de la Conférence internationale sur la population et le développement
des Nations unies qui s'est tenue au Caire en 1994. Le chapitre VII de
ce plan d'action porte sur les droits et la santé reproductive.
Les droits en cette matière y sont reconnus dans les termes qui
suivent:
«Les droits en matière de procréation correspondent
à certains droits de l'homme déjà reconnus dans
des législations nationales, des instruments internationaux relatifs
aux droits de l'homme (...). Ces droits reposent sur la reconnaissance
du droit fondamental de tous les couples et des individus de décider
librement et avec discernement du nombre de leurs enfants et de l'espacement
de leurs naissances et de disposer des informations nécessaires
pour ce faire, et du droit de tous d'accéder à la meilleure
santé en matière de sexualité et de reproduction.
Ce droit repose aussi sur le droit de tous de prendre des décisions
en matière de procréation sans être en butte à
la discrimination, à la coercition ou à la violence, tel
qu'exprimé dans des documents relatifs aux droits de l'homme.
»
Pour respecter ces droits, les gouvernements signataires sont encouragés
à faire en sorte que des informations complètes et factuelles
de même que toute la gamme des services de santé en matière
de reproduction, y compris la planification des naissances, soient accessibles,
abordables et acceptables pour tous les usagers. Les gouvernements doivent
s'efforcer de permettre l'accès aux services de santé en
matière de reproduction à toutes les personnes par l'entremise
de leur réseau de soins de santé.
Le programme d'action reconnaît aussi que «le principe du
choix libre et éclairé est une condition essentielle du
succès à long terme de ces programmes de planification familiale.
Aucune forme de coercition ne doit y jouer le moindre rôle (...).
Plus précisément, les gouvernements devraient faciliter
la prise en charge par les couples et les individus de leur santé
en matière de reproduction, en abolissant toutes les restrictions
injustifiées d'ordre juridique, médical, clinique et réglementaire
à l'information sur les services et méthodes de planification
familiale et à l'accès à ces services et méthodes.»
Dans le rapport de la Quatrième conférence mondiale sur
les femmes qui s'est tenue en 1995 à Beijing, le droit des femmes
de contrôler leur propre sexualité, sans aucune coercition,
discrimination ou violence, est reconnu. Cependant, le rapport parle peu
de la planification des naissances. Les paragraphes les plus signifiants
à ce propos recommandent d'assurer l'accessibilité des services
et de financer la recherche visant à mettre au point des méthodes
et techniques sûres, efficaces et peu coûteuses.
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2. Les politiques québécoises et
le planning des naissances
La Politique de la santé et du bien-être de 1992,
dans le cadre de sa stratégie visant à renforcer le potentiel
des personnes, préconise des actions visant à favoriser
l'exercice d'une sexualité saine et responsable par l'éducation,
l'information, l'adaptation des services aux besoins des jeunes et la
consolidation des services dans les milieux défavorisés
et à l'extérieur du milieu scolaire.
À cela, la Politique en matière de condition féminine
de 1993 ajoute le besoin d'assurer l'accès à des services
intégrés et complets de planification des naissances, de
mieux répartir ces services entre les régions et d'assurer
l'accès à des services d'interruption de grossesse. De plus,
dans la mise à jour 2000-2003 du programme d'action lié
à la politique, on fait mention des objectifs de prévention
des grossesses précoces, de soutien à la prise de décision
et de soutien aux mères adolescentes.
Les Prorités nationales de santé publique 1997-2002
restent quasi silencieuses sur le planning des naissances. En effet, seules
les conséquences des grossesses chez les adolescentes pour elles,
pour les enfants et pour la société y sont mentionnées.
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3. Les Orientations ministérielles en
matière de planification des naissances
En 1992, le ministère de la Santé et des Services sociaux
entreprend une consultation afin d'actualiser la Politique québécoise
en matière de planification des naissances énoncée
en 1972. Le gouvernement jugeait que les changements sociaux et scientifiques
survenus depuis les années 1970 imposaient la redéfinition
des besoins prioritaires. Pour le mouvement pour la santé des femmes,
le manque d'accessibilité et la nécessité d'implanter
et de développer un réseau stable de cliniques de planning
des naissances rendait inacceptable d'attendre encore la nouvelle politique
promise depuis la fin des années 1980.
Dans son document de consultation intitulé Éléments
d'orientations en planification des naissances: priorités d'action
et organisation des services, le ministère propose des lignes
directrices à appliquer dans la planification et l'offre des services
de planning. Cette proposition s'appuie sur divers constats faits par
le ministère:
- le gouvernement québécois a investi près de 6
millions $ en 1988-1989 alors qu'il estimait les coûts rattachés
à la planification des naissances (actes médicaux, hospitalisations,
soins de courte durée) à 17,5 millions $ pour la même
année financière;
- de 1980 à 1990, le taux de grossesse à l'adolescence
était passé de 12,5/1000 à 19,1/1000;
- la proportion des grossesses à l'adolescence était plus
élevée dans les milieux défavorisés;
- le taux élevé de stérilisation était considéré
inquiétant: en 1982, 65 % des femmes de plus de 35 ans était
stérilisées;
- il y avait augmentation des maladies transmises sexuellement;
- depuis 1980, il y avait stagnation ou régression des ressources
affectées à ce domaine d'intervention, des difficultés
liées à la concertation régionale et à l'absence
de lignes directrices concernant la répartition des rôles
entre les établissements. Il y avait inégalité
entre les régions.
Après plusieurs années de mobilisation des groupes de
femmes pour que la nouvelle politique soit enfin énoncée,
les Orientations ministérielles en matière de planification
des naissances sont finalement rendues publiques le 26 février
1996. Ces orientations s'appuient sur trois grands principes directeurs:
- la liberté et la responsabilité des femmes et des hommes
dans l'exercice des choix qui ont trait à leur capacité
de procréer;
- le droit fondamental des femmes et des hommes à l'intégrité
physique;
- l'accessibilité universelle et la gratuité des services.
Le but de ces orientations est «de promouvoir, dans la population,
l'exercice de choix éclairés et responsables en matière
de planification des naissances, tout en favorisant un état optimal
de santé sexuelle.» (p. 23) Pour ce faire, sept approches
privilégiées d'intervention sont présentées.
«Ces interventions doivent d'abord être conçues dans
une approche de prévention et de promotion de la santé et
du bien-être. Elles doivent aussi témoigner d'ouverture à
l'égard des divers choix de fécondité exprimés
et encourager une participation accrue de la part des hommes. Elles doivent
enfin être caractérisées par une approche intégrée,
multidisciplinaire et adaptée aux clientèles, et favoriser
la protection de la santé et de la fertilité.» (p.
18)
Les objectifs généraux mettent l'accent sur les jeunes
et portent sur les volets suivants: contraception, sexualité, interruption
volontaire de grossesse, infertilité, stérilisation. Le
ministère de la Santé et des Services sociaux assume la
mise en œuvre et l'évaluation des orientations. Les différents
partenaires (régies régionales, CLSC, CH, organismes communautaires
et cliniques médicales), quant à eux, reçoivent des
responsabilités relatives à leur mandat.
Aucun budget additionnel n'accompagne la sortie des Orientations,
sauf pour la réalisation des trois priorités d'action suivantes:
- réduire le taux de grossesses à l'adolescence dans les
milieux défavorisés, dans Montréal-Centre et en
Montérégie (200 000 $ par année);
- améliorer l'accessibilité des services d'avortement
pour les grossesses tardives, dont un point de service suprarégional
dans la région de Québec pour les avortements de deuxième
trimestre (70 000 $ par année);
- rendre accessible des services d'avortement dans la région
Chaudière-Appalaches (120 000 $ par année).
Après avoir souligné leur accord sur les grands buts et
principes directeurs, la FQPN et d'autres groupes de femmes relèvent
plusieurs failles dans ces orientations ministérielles. Aucune
analyse n'y est faite de l'impact des déterminants sociaux de la
santé ni de la différence de besoins selon les sexes. Les
moyens à mettre en place pour assurer l'accessibilité et
l'organisation des services ne sont pas présentés. L'élaboration
et la réalisation de priorités en matière d'information
et d'éducation sexuelle, la formation du personnel, les stratégies
de concertation entre les partenaires ne sont pas mentionnées non
plus. La recherche en santé reproductive est à peine abordée.
La FQPN n'est pas non plus rassurée quant à la gratuité,
à l'accessibilité et à l'universalité des
services puisqu'il n'y a pas de budget prévu en planification des
naissances. Il y a déjà, au moment de la sortie des Orientations,
des coupures budgétaires dans l'ensemble des services de santé
et des services sociaux. De plus, des orientations, à la différence
d'une politique, n'ont pas d'effet normatif. Bref, des approches et des
principes intéressants, mais aucune indication sur les moyens à
mettre en place pour atteindre les objectifs, ni d'argent pour les réaliser.
Note: Texte composé d’extraits
tirés librement du document: Le
planning des naissances au Québec: portrait des services et paroles
de femmes (pdf) 2001
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