La FQPN : 30 ans de luttes
pour la santé reproductive et sexuelle des femmes
La Fédération du Québec pour le planning des naissances
(FQPN) a plus de 30 ans. Fondée officiellement en 1972, la FQPN
a mené avec force et conviction maintes luttes afin de promouvoir
les droits des femmes en matière de santé reproductive et
sexuelle. Diverses stratégies d'intervention ont été
élaborées pendant ces trois décennies afin de faire
progresser les dossiers touchant le planning des naissances, tels que
la contraception, l'avortement, les nouvelles technologies de la reproduction
humaine (NTRH), l'éducation sexuelle et plusieurs autres. Tantôt
forte de ses gains, tantôt confrontée à des stagnations
ou à des reculs, la FQPN continue de se battre pour la cause des
femmes en matière de santé reproductive. Voici donc un petit
historique du fabuleux et courageux cheminement de la FQPN!
La création de la FQPN s'inscrit dans un contexte particulier
dont il importe ici de faire mention. Ainsi, en 1969, l'adoption du Bill
Omnibus par le gouvernement fédéral vient modifier la législation
par rapport à la contraception et à l'avortement. En fait,
il abolit la loi interdisant la diffusion et la vente de contraceptifs
et modifie les articles sur l'avortement. Les nouveaux articles 251 et
252 stipulent que l'avortement est un acte criminel sauf s'il est pratiqué
dans un hôpital accrédité sous l'autorité d'un
comité d'avortement thérapeutique composé de trois
médecins. Pour accorder l'avortement, le comité doit pouvoir
démontrer que la poursuite de la grossesse met en danger la vie
et la santé de la mère. Insatisfaits de la nouvelle législation
sur l'avortement, des groupes et des femmes se mobilisent pour le droit
à l'avortement et pour l'obtention de services de planning des
naissances. Des organismes sont mis sur pied afin de diffuser de l'information
sur la contraception et la sexualité. C'est donc dans ce contexte
effervescent que s'est formée la FQPN en 1972.
Lors de sa fondation, la FQPN était un regroupement d'associations
réunissant principalement des professionnels des milieux de la
santé et de l'éducation. Le mandat de la Fédération
se situait alors à deux niveaux : mettre en place des associations
régionales offrant des services de planning à travers le
Québec et offrir aux intervenants en région de l'information
et des formations par le biais de conférences, d'ateliers et de
publications afin de soutenir leur travail de consultations, de références,
etc.
Suite à de nombreuses actions politiques organisées par
la FQPN et à de fortes pressions exercées dans le secteur
public, des services de planning sont finalement mis sur pied dans les
CLSC en 1976, le gouvernement s'engageant même à octroyer
des budgets protégés pour le développement de ces
services. Dans la même veine, on assiste, l'année suivante,
à la création des cliniques Lazure où seront offerts
des services de planning et d'avortement. L'implantation des services
de planning constituera une première grande victoire pour la Fédération,
un gain qui ne sera pas sans conséquences pour l'organisation.
L'établissement de services de planning dans les CLSC vient ironiquement
diviser la FQPN. En effet, plusieurs associations ne voient plus l'utilité
de leur fonction et décident donc de fermer pour se réorienter
vers les CLSC. Les associations restantes adoptent plutôt une attitude
vigilante et critique face aux services de planning nouvellement implantés.
La FQPN traverse alors une crise organisationnelle importante qui la mène,
en 1978, à un démantèlement. Ce n'est qu'un an plus
tard qu'elle se reconstruit avec un fonctionnement et des objectifs redéfinis
qui préconisent de nouvelles stratégies de lutte.
Au début des années 1980, la FQPN se trouve bouleversée
par des coupures draconiennes de ses subventions venant du gouvernement
fédéral : une baisse de 65 % en 1979 et de 100 % en 1981.
Le gouvernement provincial diminue aussi son apport budgétaire
pour les services de planning. Face à ces difficultés, la
FQPN remanie encore son organisation et devient, en 1983, un regroupement
féministe axé sur le militantisme et la défense des
droits des femmes. Ce virage important provoque la fermeture de plusieurs
associations pour des raisons monétaires et idéologiques,
mais renforce les liens entre la FQPN et les associations qui souhaitent
se développer davantage dans le cadre de cette nouvelle approche.
Les associations solidaires se transforment dès lors en collectifs
de femmes. Durant cette période de réorientation, la FQPN
décide aussi de se désaffilier de la Fédération
du Canada pour le planning des naissances pour des différences
idéologiques, spécifiquement en ce qui a trait au contrôle
des populations.
Au début des années 1980, la FQPN s'engage fortement dans
le dossier de l'éducation sexuelle et prend position à ce
sujet : un document intitulé "Le droit à l'éducation
sexuelle, une responsabilité collective" (1982) est publié,
et des pétitions sont envoyées au ministère de l'Éducation
du Québec, pressions qui aboutiront à l'implantation d'un
cours de formation personnelle et sociale au secondaire. Ce cours demeure
un compromis plutôt insatisfaisant aux yeux de la FQPN, et la lutte
se poursuit.
Toujours dans l'optique de préciser la nature de son mandat, la
FQPN décide en 1983 de se concentrer spécifiquement sur
le dossier de la contraception, avec la santé des femmes comme
trame de fond. Les années 1980 seront donc marquées par
une grande lutte gravitant autour de l'avortement et de la contraception.
À travers diverses actions, la FQPN revendique le droit à
l'avortement, l'accessibilité à la contraception et sa gratuité,
bref le droit et le respect du libre choix des femmes face à leur
maternité. Parmi les actions posées, on compte entre autres
l'achat collectif de pages de journaux par des centaines de personnes
qui y revendiquent publiquement le droit à l'avortement libre et
gratuit, la dénonciation des démarches de la compagnie pharmaceutique
UpJohn afin de faire reconnaître le Depo-Provera comme un contraceptif
malgré ses impacts sur la fertilité et la santé des
femmes, et l'action stérilet afin d'informer les femmes sur leur
droit de payer un stérilet au plus bas prix possible et d'être
informées des coûts avant la pose, une lutte qui s'est soldée
par un autre gain.
À la fin de cette décennie, la FQPN commence à s'intéresser
à la problématique des nouvelles technologies de la reproduction
humaine (NTRH). Une tournée est effectuée par les militantes
de la Fédération partout à travers le Québec
afin d'informer la population sur les enjeux individuels, collectifs et
éthiques que soulèvent les NTRH. Une brochure de vulgarisation
sur les NTRH, "Du chou à l'éprouvette", est aussi publiée
par la Fédération.
En 1987, la FQPN est encore amputée de 25% de sa subvention, et
dans la même période, le gouvernement du Québec cesse
d'allouer des budgets protégés pour les services de planning
des naissances. Depuis, la FQPN doit justifier annuellement sa demande
de subvention et investir beaucoup de temps dans la recherche de nouvelles
sources de financement, énergies qui seraient pourtant bien utiles
à l'avancement des dossiers que défend la Fédération
pour le bien-être et la santé des femmes en matière
de reproduction et de sexualité.
Le 28 juillet 1988, la Cour suprême du Canada décriminalise
l'avortement dans le cadre du dernier procès entrepris contre le
docteur Morgentaler. Ce décret représente une énorme
victoire pour la FQPN ainsi que pour tous les groupes de femmes et les
organisations progressistes qui ont lutté pendant 20 ans pour obtenir
ce gain.
Cependant, dès 1989, des tentatives de recriminaliser l'avortement
(loi C-43) seront entamées par le gouvernement conservateur, mais
ces efforts échoueront grâce au Sénat canadien qui
rejettera ce projet de loi. La FQPN axe donc de plus en plus sa lutte
pour l'avortement vers l'accès à des services d'avortement
gratuits et de qualité et commence à produire le Bottin
des ressources en avortement. Le Bottin demeure, encore aujourd'hui, le
seul document de référence en matière de services
d'avortement au Québec.
Les NTRH seront au coeur des préoccupations de la FQPN dans les
années 1990. La Fédération entame donc la décennie
avec le dépôt d'un mémoire aux audiences de la Commission
royale d'enquête sur les nouvelles technologies de la reproduction
du Canada. La FQPN demande alors un moratoire complet sur toutes les recherches
et les pratiques nouvelles afin d'en faire une évaluation plus
rigoureuse. Elle demande de provoquer un véritable débat
social sur les questions que soulève le développement des
NTRH et d'investir dans la prévention de l'infertilité.
Quant à la contraception, la FQPN poursuit ses luttes et continue
de s'opposer au contrôle coercitif des populations. Elle participe
entre autres au Forum des organismes non gouvernementaux Planeta Femea
lors du Sommet de la terre à Rio de Janeiro (1992), où elle
dénonce le contrôle des populations. Après le Brésil,
la Fédération s'envole au Caire en 1994 pour participer,
en tant que membre de la délégation canadienne, à
l'importante Conférence onusienne sur la population et le développement
(CIPD), conférence qui a donné lieu à rien de moins
que la reconnaissance internationale des droits des femmes en matière
de santé reproductive et sexuelle.
Toujours au niveau de la contraception, la FQPN organise un atelier de
réflexion sur la campagne internationale contre le vaccin anti-fertilité
et sur la recherche et l'expérimentation de la quinacrine, et monte
un dossier critique d'information et de réflexion sur le Norplant
et son impact sur la santé des femmes. La Fédération
commence aussi à se questionner sur les intérêts des
principaux acteurs impliqués dans la santé reproductive
des femmes et, pour ce faire, organise le colloque « Sexe, hormones
et rock'n roll ». Cette rencontre permet à la Fédération
de constater qu'il n'y a que très peu de liens entre les besoins
des femmes et les intérêts des autres acteurs intervenant
dans la santé reproductive des femmes.
Vers la fin des années 1990, le gouvernement du Québec
entreprend une révision de l'organisation des services de planning
dans la province pour finalement adopter, en 1995, les Orientations ministérielles
en matière de planification des naissances en n'accordant qu'un
maigre budget additionnel pour la réalisation de trois priorités
d'action. Ce passage d'une politique à de simples orientations
ministérielles démontre à quel point le dossier n'est
plus prioritaire aux yeux du gouvernement.
Après plusieurs années de travail au niveau international,
la FQPN se recentre sur les dossiers au Québec à l'aube
de l'an 2000. En mai 2000, la Fédération organise une campagne
d'envergure pour la consolidation et le développement des services
d'avortement afin de souligner le 30e anniversaire de la Caravane pour
l'avortement, geste collectif important qui a favorisé l'avancement
de ce dossier. Dans le cadre de cette campagne, la FQPN a diffusé
10 000 cartes postales adressées à la ministre de la Santé
de l'époque, madame Pauline Marois, pour demander l'injection de
nouveaux fonds dans les services d'avortement, fonds qui n'avaient pas
augmenté depuis les années 1980. La FQPN a donc applaudi,
en mai 2001, la décision du gouvernement de débloquer enfin
le dossier et d'injecter de nouveaux fonds pour la consolidation des services
d'avortement au Québec.
De 1999 à 2002, la Fédération entreprend une recherche
d'envergure sur l'état des services de planning dans les CLSC et
dans les centres hospitaliers en prenant la peine de consulter les femmes
pour être en mesure d'identifier leurs besoins et d'évaluer
leur degré de satisfaction face aux services de planning. Suite
à la publication de la recherche-action "Le planning des naissances
au Québec : portrait des services et paroles de femmes", la Fédération
réalise une tournée de formation à travers le Québec
afin de sensibiliser les groupes de femmes et les intervenantes en santé
à la situation des services de planning et afin d'identifier les
enjeux et les besoins de chaque région pour trouver des solutions
adéquates.
Mais qu'a révélé cette recherche-action sur l'état
des services de planning? Elle a démontré que l'actualisation
des Orientations ministérielles en matière de planification
des naissances n'est toujours pas complétée, que les services
de planning souffrent de plusieurs lacunes et que l'action collective
est toujours nécessaire afin que les services de planning soient
réellement accessibles, gratuits, de qualité, respectueux
du libre choix et offerts à toutes les femmes sans discrimination.
C'est pourquoi la FQPN continuera de mettre en place différentes
stratégies d'action afin d'améliorer ces services, d'accroître
l'autonomie, la santé et le bien-être des femmes et de défendre
les droits des femmes en matière de santé reproductive.
24 avril 2003
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