COUCOU LES PHARMACIES!
Une entente mal connue
Résultat de l’enquête sur la COU
La COU en vente libre
Libre mais plus coûteuse?
En décembre 2001, la contraception orale d’urgence (COU)
est devenue accessible en pharmacie. Cette mesure a été
prise par le ministère de la Santé et des Services sociaux
(MSSS) afin d’accroître l’accès à cette
méthode d’urgence dans l’optique de prévenir
les grossesses non désirées. Ainsi, la COU est devenue un
médicament disponible sans ordonnance avec consultation obligatoire
auprès d’une pharmacienne ou d’un pharmacien.
De déléguer ainsi l’acte de prescription au pharmacien
était une toute première. Les pharmaciens ont alors vite
entrepris des négociations avec le gouvernement afin que ce dernier
reconnaisse ce nouvel acte et pour qu’il soit assorti d’honoraires
pour couvrir le service de consultation auprès des femmes. Pendant
les pourparlers qui ont duré près de deux ans, les pharmaciens
ont forcé les négociations en commençant à
facturer directement aux femmes les frais pour la consultation, et ce,
en plus des coûts liés à la pilule du lendemain elle-même.
Rappelons tout de même ici que la COU est couverte par les régimes
publics et privés d’assurances médicaments et qu’elle
est entièrement gratuite pour les jeunes femmes de 18 ans et moins
et pour les étudiantes à temps plein de 25 ans et moins.
En décembre 2003, le MSSS a conclut une entente avec l’Association
québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP) pour
assurer la gratuité de la prestation des services reliés
à la COU. Cette entente permet aux pharmaciens de recevoir des
honoraires de 15.70$ directement de la Régie de l’assurance
maladie du Québec (RAMQ) pour la consultation liée à
la COU. Dès ce moment, toute femme détentrice d’une
carte d’assurance maladie n’avait donc plus à payer
de frais de consultation.
Une entente mal
connue
Au printemps dernier, soit trois mois après que l’entente
de gratuité soit survenue, nous avons constaté que plusieurs
pharmaciens à travers le Québec ne connaissaient pas ou
ne respectaient pas cette nouvelle entente et chargeaient toujours des
frais de consultation variant de 10 à 30$ directement aux femmes.
En fait, quelques appels auprès de pharmacies de la région
de Montréal et Sherbrooke nous ont rapidement permis de constater
qu’il régnait une grande confusion et que seulement une minorité
de pharmaciens appliquait l’entente à la lettre.
La FQPN a donc alerté la RAMQ et l’AQPP de cet état
de fait. Suite à cette information, l’AQPP a envoyé
un rappel à tous ses membres les informant à nouveau du
fait que les frais de consultation pour la COU étaient couverts
par la RAMQ depuis décembre 2003, et ce, pour toutes les patientes
détentrices d’une carte d’assurance maladie, qu’elles
soient assurées ou non par le régime général
d’assurance médicaments.
Or, depuis ce rappel, certaines de nos membres ont encore constaté
que des pharmaciens ne respectaient toujours pas l’entente de gratuité
de la consultation. C’est pourquoi la FQPN a interpellé ses
membres afin de faire une nouvelle enquête. Nous profitons de cette
occasion pour remercier chaleureusement toutes celles qui ont participé
à cette vérification.
Résultat
de l’enquête sur la COU
Grâce à la participation de nos membres, notre enquête
nous a permis de joindre par téléphone 54 pharmacies situées
dans 27 villes réparties dans 11 régions du Québec.
Les participantes au sondage ont vérifié par téléphone
les cinq questions suivantes: le prix de la COU; si la pharmacie charge
des frais de consultation et si oui, de combien; si la consultation s’effectue
dans un endroit confidentiel; et quel est le but de la consultation. Les
participantes ont aussi noté des commentaires quant à l’accueil
et la qualité des informations reçues.
Parmi les 54 pharmacies rejointes pendant les mois de septembre et octobre
2004, 10 pharmacies, soit 19%, facturent toujours des frais de consultation
aux femmes. C’est donc près d’un pharmacien sur 5 qui
ne respecte pas le droit des femmes d’avoir accès à
ce service gratuitement. Les frais chargés varient entre 10$ à
25$. Encore une fois, certains pharmaciens chargent ces frais en pensant
que les compagnies d’assurances les rembourseront par la suite,
d’autres pensent que la gratuité dépend du régime
d’assurances médicaments de la femme, certains croient que
la gratuité n’est assurée qu’avec une prescription
du médecin, d’autres n’étaient toujours pas
au courant de cette entente. Pendant les appels, certains pharmaciens
ont vérifié les informations, un a même appelé
sa régie régionale pour ensuite s’excuser et confirmer
la gratuité de la consultation.
La pharmacienne ou le pharmacien en service a constitué la majorité
des répondants (74%). Cinq (9%) étaient techniciennes ou
techniciens et le répondant n’a pas été identifié
dans 9 cas (17%).
Le Plan B est le principal contraceptif d’urgence offert. En fait,
ce nouveau médicament a été approuvé pour
utilisation comme contraceptif d’urgence en février 2000.
Composé de lévonorgestrel, un progestatif, le Plan B provoque
beaucoup moins d’effets secondaires que l’Ovral. Le prix du
Plan B varie entre 20$ et 29.99$. Le prix le plus souvent mentionné
étant de 24.59$. L’Ovral, quant à elle, qui consiste
en quatre comprimés composés de fortes doses d’œstrogène
et de progestérone, est vendue entre 5 et 25$, le prix le plus
souvent mentionné étant entre 9 et 10$. Tel que précisé
plus haut, tous les régimes d’assurances remboursent la COU
et son coût final pour les femmes varient donc en fonction de leur
régime d’assurance.
La grande majorité des répondants nous assure que la consultation
s’effectue dans un endroit confidentiel. La plupart rapporte que
le bureau du pharmacien est disponible pour ce genre de consultation.
Un répondant de la région de l’Estrie essaie de rencontrer
les femmes lorsqu’il n’y a pas beaucoup de personnes qui attendent
au comptoir pour plus de discrétion. Une pharmacienne de Charlesbourg
mentionne faire la consultation dans un endroit à part si la cliente
ne semble pas à l’aise. Un autre mentionne que les cas habituels
se font dans un isoloir mais que la consultation se fait dans un bureau
s’il s’agit d’un cas d’agression sexuelle. Enfin,
deux répondants (4%) déclarent qu’il n’y a pas
d’endroit confidentiel pour ce faire.
Les réponses sur le but de la consultation sont très variées.
Certains vérifient l’indication et la date des dernières
menstruations afin de confirmer s’il y a bien risque de grossesse.
Certains décident quelle méthode convient la mieux et expliquent
ses effets secondaires. D’autres souhaitent vérifier s’il
y a contre-indications et l’état de santé général
de la femme. Un répondant parle même de vérification
des signes vitaux, ce qui nous questionne beaucoup puisque la prise du
Plan B est médicalement sans danger.
Plusieurs ont répondu également que la consultation leur
permet de vérifier s’il y a risques d’infections transmises
sexuellement (ITS). Certains discutent des circonstances entourant la
demande afin de vérifier s’il y a eu agression sexuelle et
référer au besoin. Quelques-uns profitent de la consultation
pour parler de contraception. Enfin, une pharmacie d’Asbestos fait
remplir un questionnaire qui peut prendre entre 10 à 15 minutes,
ce qui nous semble un peu excessif.
Enfin, l’accueil en pharmacie ne semble pas être toujours
des plus chaleureux. Alors que six des participantes au sondage ont fait
état du professionnalisme et de la courtoisie de leur répondant,
sept ont vécu une expérience moins sympathique. Par exemple,
une participante de la région de Sherbrooke a noté le commentaire
suivant: «À part une seule pharmacie, la totalité
d'entre elles ne me réservait pas un accueil très chaleureux.
J'ai été surprise mais surtout très déçue
de constater le peu de considération qu'ils portaient à
l'appel. Je sentais que je ne téléphonais pas au bon moment,
j'avais l'impression qu'ils avaient d'autres chats à fouetter.
Je trouve cette situation déplorable… Cette attitude n'encourage
pas les femmes à s'informer davantage, à être pro-active
face à leur santé…».
Ces résultats sont clairs et inquiétants. Trop de pharmacies
ne respectent toujours pas la gratuité du service lié à
la COU. La FQPN fera à nouveau des démarches auprès
de la RAMQ et l’AQPP pour les alerter à cet état de
fait et, tout dépendant des nouvelles mesures discutées
pour remédier à cette situation, une action publique avec
l’appui de la Coalition pour la santé sexuelle et reproductive
sera aussi envisagée. Mais nous souhaitons aussi aller encore plus
loin et revendiquer que la COU devienne un médicament vendu en
vente libre.
La COU en vente
libre
En fait, la FQPN appuie les démarches entreprises par le Réseau
canadien pour la santé des femmes (RCSF) afin de promouvoir la
vente libre de la COU en pharmacie. Nous croyons que la rencontre avec
le pharmacien peut représenter un obstacle additionnel pour certaines
femmes et peut aussi porté atteinte à leur vie privée.
Pensons, entre autres, aux pharmacies de petites localités où
tout le monde se connaît.
De plus, toujours selon le RCSF, aucun argument médical ne semble
justifier l’obligation de consulter un professionnel de la santé
pour obtenir un contraceptif d’urgence. L’Organisation mondiale
de la santé reconnaît le Plan B comme étant médicalement
sans danger et ne nécessitant aucun examen physique. Le dosage
est également le même pour toutes les femmes. Le Royaume-Uni,
la Norvège, la Suède, la Finlande, Israël, la France,
la Belgique, le Danemark, le Maroc et le Portugal offrent déjà
le Plan B en vente libre.
Dans son manuel d’autoformation sur la COU pour les pharmaciens
[note 1], l’Ordre
des pharmaciens du Québec mentionne «qu’il n’y
a aucune contre-indication médicale absolue à l’utilisation
de la COU (p. 23). Les risques de son utilisation sont presque nuls et
ses effets indésirables sont réversibles et sans conséquence
grave» (p. 24). Il y est également mentionné que les
avantages de l’utilisation de la COU sont nombreux, que c’est
une méthode rapide, de courte durée et non envahissante,
dont le pourcentage de réussite est élevé. Enfin,
on y indique que les questions que le pharmacien posera à la femme
«devront se limiter essentiellement à lui permettre d’évaluer
tant la pertinence de l’utilisation de la COU que l’élimination
du risque de grossesse.» (p. 27).
Bref, nous croyons, tout comme le RCSF, que les femmes sont en mesure,
avec des dépliants d’informations appropriés, de voir
si la COU est indiquée pour elles et dans quelles circonstances
elles doivent ou non l’utiliser. Ainsi, l’accès à
la COU, indispensable à la prévention des grossesse non
planifiées, serait de beaucoup amélioré.
Libre mais plus
coûteuse?
Le seul désavantage de la COU en vente libre demeure qu’elle
ne pourrait plus être couverte par les régimes d’assurances
médicaments et que les femmes auraient à payer son plein
prix. La FQPN souhaite donc entreprendre des démarches afin de
voir les possibilités de maintenir la gratuité de ce médicament,
même en vente libre, pour certains groupes de femmes, telles que
les jeunes de moins de 25 ans. Autre voie à explorer, la possibilité
de trouver des centres de distribution où la COU pourrait être
distribuée au prix du gros ou encore gratuitement. C’est
donc un dossier à suivre…
Note 1: Gouvernement du Québec
et Ordre des pharmaciens du Québec, La contraception orale d’urgence:
Manuel d’autoformation à l’intention des pharmaciennes
et pharmaciens. Janvier 2002. 81 pages.
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