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LA CONTRACEPTION AU SERVICE DE NOTRE SEXUALITÉ [note]
Par Anne St-Cerny et Annick Bréniel

Plus de choix pour les femmes?
Pour une information plus complète

«Ma première relation sexuelle avec pénétration a eu lieu avec un condom, grâce aux conseils du grand frère de mon chum. Cependant, il avait oublié de lui dire de se retirer en tenant le condom après son éjaculation. Résultat: le condom est resté dans mon vagin. Plusieurs jours d'insomnie et d'inquiétudes avant qu'arrivent mes menstruations. Je ne connaissais ni mon cycle menstruel – suis-je dans ma période d'ovulation? - ni la pilule du lendemain.» Vingt-cinq ans plus tard, les adolescentes et les femmes vivent encore cette situation.

Plusieurs méthodes de contraception ont été développées au cours des deux derniers siècles. Les percées scientifiques de diverses natures ont perfectionné les moyens traditionnels créés par les femmes. La compréhension des phases du cycle menstruel a permis le développement de la méthode du calendrier (Ogino-Knauss), de la méthode sympto-thermique et de l'observation de la glaire. Le condom, le diaphragme et la cape cervicale sont devenus plus efficaces grâce à la découverte du caoutchouc. Finalement, durant les années 1950, l'exploration des hormones a permis la mise en marché du contraceptif hormonal appelé la pilule.

En 1960 au Québec, en pleine révolution «tranquille», l'arrivée de la pilule a symbolisé pour les femmes la libération sexuelle. À cette époque, seule une minorité de femmes francophones utilisaient une méthode de contraception, malgré le travail d'éducation sur l'observation du cycle menstruel réalisé par diverses associations (SERÉNA). L'influence de la religion catholique explique en grande partie cet état de fait.

L'efficacité de la pilule a permis aux femmes de cette génération de dissocier sexualité et reproduction, favorisant ainsi la réappropriation d'un plaisir jusque-là nié aux femmes. La contraception devenait synonyme d'autonomie face à leur corps et à leur sexualité. Quarante ans plus tard, les femmes ont-elles plus d'autonomie face à ces aspects de leur santé?

Plus de choix pour les femmes?

Plusieurs recherches féministes démontrent que le choix d'un contraceptif est conditionné par divers facteurs sociaux et économiques sur lesquels les femmes ont peu ou pas de contrôle: les rapports de pouvoir hommes-femmes, les conditions de vie, la culture, l'âge, l'état de santé, la recrudescence des maladies transmises sexuellement et le sida, les coûts, l'accessibilité des services et des moyens selon les régions, l'information disponible, les valeurs des professionnel-le-s de la santé, l'industrie pharmaceutique, etc.

Depuis les dernières décennies, le développement pharmaceutique dans le domaine du planning des naissances est axé sur les méthodes hormonales avec une action de longue durée où les femmes ont peu de contrôle; l'injection Depo-Provera, efficace durant trois mois, et les implants Norplant, pendant cinq ans, en sont des exemples. Ces méthodes hormonales, tout comme le stérilet, à cause de leurs effets secondaires et de leurs impacts sur la santé et la fertilité font de la contraception une réalité de plus en plus médicale.

Dans ce contexte, plusieurs femmes développent un sentiment d'incompétence et une perte de pouvoir sur leur corps et leur santé. De plus, depuis la fin des années 1990, la promotion des hormones comme solution à tous les problèmes féminins influence fortement les interventions en planning des naissances du réseau de la santé. Pourtant, la sexualité n'est pas un problème féminin, la grossesse n'est pas une maladie et la contraception est un moyen pour exercer un meilleur contrôle sur la fertilité sans sacrifier son bien-être et sa santé.

Pour une information plus complète

Afin de sortir la contraception du domaine médical et de la remettre au service de nos amours et de notre sexualité, plusieurs groupes de femmes continuent à diffuser une information diversifiée et à offrir des formations sur la contraception et la santé sexuelle. Les Presses de la santé produisent une brochure, régulièrement mise à jour depuis 1969, sur tous les aspects des méthodes de contraception. Les centres de santé des femmes de la Mauricie, de Montréal et de l'Outaouais de même que le groupe Head and Hands de Montréal ont rendu accessible la cape cervicale au Québec. Des femmes du Service d'information sur la sexualité et la contraception de Québec expérimentent des méthodes non hormonales et diffusent leur expérience. Dans plusieurs régions, des groupes locaux offrent un soutien téléphonique et des ateliers d'éducation populaire sur toutes les méthodes.

Ces groupes ainsi que plusieurs autres créent des lieux d'échange pour donner à toute femme la liberté d'expliquer sa situation personnelle et culturelle, et l'encourager à cerner ce qu'elle attend face à sa fertilité, sa maternité et sa sexualité.

Anne St-Cerny et Annick Bréniel sont toutes deux sexologues-éducatrices. La première est coordonnatrice et la deuxième militante de la Fédération du Québec pour le planning des naissances, un regroupement féministe d'éducation populaire et de défense des droits en matière de santé des femmes, particulièrement la santé reproductive et la sexualité.

Note: Tiré de L’agenda des femmes, 2001, les Éditions du remue-ménage.

   
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