SUPPRESSION DES MENSTRUATIONS
Les faits
Les contre arguments
Les enjeux sociaux
Les enjeux économiques
Pistes de réflexion
Questionnements
Références
LES FAITS
Le corps médical remet en question la pertinence d’être
menstruée à tous les mois.
Le discours médical
- la menstruation régulière est une aberration récente:
l’espérance de vie est plus longue, la puberté commence
plus tôt et les femmes ont en moyenne 1,3 enfants).
- on compare les femmes d’aujourd’hui, qui ont environ
450 menstruations dans leur vie avec celles des populations chasseurs-cueilleurs
qui en avaient à peu près 160 parce que les enfants et
l’allaitement se succédaient.
- le système reproducteur féminin est fait pour concevoir
des bébés. Les cycles non fertiles volontaires n’ont
pas lieu d’exister.
- aucune preuve scientifique ne confirme que le cycle menstruel régulier
est nécessaire à la santé des femmes.
- le cycle ovulatoire répétitif est associé à
des troubles fonctionnels tels la dysménorrhée (menstruation
difficile et douloureuse) le syndrome prémenstruel, les ménorragies
(écoulement menstruel anormalement abondant ou prolongé),
une plus grande incidence de l’endométriose (présence
de tissu endométrial en dehors de l'utérus), des crises
d’épilepsie, des myomes utérins (tumeur bénigne
dans l’utérus), de l’anémie, des cancers de
l’ovaire et de l’endomètre.
Le discours économique
- les femmes sont moins productives au travail pendant leurs menstruations.
Selon une étude réalisée par Texas Instrument,
la productivité des femmes diminue de 25% lors de leurs menstruations.
La pilule en continu est donc un moyen d’accroître la productivité
des femmes et de réduire leur taux d’absentéisme.
- il y a plus d’absentéisme des filles à l’école
pendant leurs menstruations.
La solution médicale à ce «nouveau problème»:
la pilule en continu (Seasonal)
- la menstruation provoquée par les pilules contraceptives n’est
pas biologique mais plutôt artificielle. Elle est due à
un retrait hormonal.
- il faut garder au repos les organes génitaux lorsque la grossesse
n’est pas désirée.
- les contraceptifs oraux (CO) sont le moyen artificiel le plus équilibré
qui existe à l’heure actuelle pour éliminer les
cycles ovulatoires répétitifs.
- la fréquence de règles la plus acceptable pour les femmes
qui prennent des CO, notamment les plus jeunes (15 à 19 ans)
serait à tous les trois mois.
- on offre maintenant une nouvelle pilule (Seasonal) qui réduit
le nombre de périodes menstruelles à quatre par année
au lieu de 13. Les femmes prennent donc 84 pilules actives suivi de
7 placebo plutôt que le schéma 21/7.
- les principaux effets secondaires sont les mêmes que pour la
prise de pilule en mode séquentielle (21/7).
- les femmes qui prennent la pilule en continu sont deux fois plus susceptibles
de saigner entre leur période que les femmes sur la pilule contraceptive
traditionnelle.
L’information véhiculée aux femmes
- il n’est pas naturel d’être menstruée tous
les mois.
- médias: les menstruations doivent être cachées,
à la limite, niées (Réseau québécois
d’action pour la santé des femmes).
- les menstruations sont une nuisance qui coûte cher et qui font
en sorte que les femmes se sentent malpropres (Publicité de l’industrie
Barr pour la Seasonal).
- «Êtes-vous prêtes pour moins de périodes
et plus de possibilités» site Web du Seasonal.
- la menstruation mensuelle représente un facteur de risque pour
différents problèmes de santé.
- amélioration de la qualité de vie (voyage, compétition,
mariage, productivité au travail, réduction du syndrome
prémenstruel).
- avec la prise de CO en continu, le risque d’oubli ou de retard
à commencer un nouveau distributeur est divisé par trois
ou quatre.
- la CO en continu constitue un traitement de première ligne
de la dysménorrhée et des ménorragies dues au fibrome
utérin ou à différents troubles de coagulation.
- la CO en continue devrait mieux protéger les femmes contre
les cancers de l’endomètre et de l’ovaire que le
schéma 21/7.
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LES
CONTRE ARGUMENTS
Rôle des menstruations
Les menstruations régulières doivent nécessairement
avoir une fonction puisque, dans le cas contraire, elles n’auraient
pas résisté aux mutations qui ont accompagné notre
évolution (Margie Profet, biologiste).
Les sécrétions cycliques de l’oestrogène,
de la progestérone, de la testostérone jouent des rôles
significatifs pour maintenir la cascade des événements physiologiques
assurant un métabolisme des os en santé, l’intérêt
et la réponse sexuelle, les fonctions cardiovasculaires, le sommeil
et des cycles d’énergie adéquats. Les jeunes femmes
dont les cycles ovulatoires sont dérangés sur une longue
période font face à une densité osseuse décroissante.
Le cycle menstruel naturel joue un rôle dans la protection des
maladies cardiaques des femmes en âge de reproduction parce qu’il
a l’effet de réduire efficacement la pression sanguine. Aussi,
une diminution périodique des réserves de fer (lors des
menstruations) réduisent les risques de crises cardiaques et d’accidents
vasculaires cérébraux. En effet, des niveaux trop élevés
de réserves de fer augmente le risque de maladies du cœur
(Dr. Susan Rako). Les jeunes femmes qui prennent la Seasonal seraient
donc à risque de développer très tôt des maladies
cardiovasculaires.
Le sang menstruel diffère du sang ordinaire dans sa composition.
Il contient des cellules immunitaires capables de lutter contre les pathogènes
présents dans la cavité utérine. Les menstruations
pourraient donc servir à protéger l’utérus
et les trompes de Fallope de la colonisation par les pathogènes
propagés par le sperme (Margie Profet).
Les menstruations ne sont pas la cause d’anémie chez des
femmes. Un bol de céréale à grain entier suffit à
combler l’apport quotidien recommandé de fer. Des carences
en fer seraient plutôt causés par une mauvaise alimentation
(Dr Susan Rako).
Une augmentation de l’oestrogène avec la pilule entraîne
une diminution de la testostérone qui circule librement dans les
tissus humains. Une diminution de la testostérone entraîne
une importante baisse de libido, de sensibilité et de plaisir sexuel.
Certains troubles liés à la santé reproductive
(dont l’endométriose) pourraient être causés
par les quantités résiduelles de dioxines contenues dans
la plupart des tampons et serviettes hygiéniques et non par les
menstruations elles-mêmes.
Pour plusieurs femmes, les menstruations permettent d’avoir l’assurance
de ne pas être enceinte lorsqu’elles sont menstruées,
sont un signe de bonne santé et constituent un aspect de leur féminité.
Non application du principe de précaution
Aucune preuve scientifique ne confirme que le cycle menstruel régulier
n’est pas nécessaire à la santé des femmes.
Les femmes qui prennent la pilule en continu ingèrent des hormones
neuf semaines de plus chaque année que les femmes sur la pilule
conventionnelle. On ne connaît pas les risques pour la santé
de la prise d’hormones en continu à long terme, surtout pendant
la période de croissance des jeunes femmes.
L’industrie Barr aurait exagéré à la hausse
le nombre de femmes participant à l’étude clinique
(pour avoir plus de crédibilité) et les impacts négatifs
qu’ont les menstruations sur la vie des femmes, leur estime personnelle
et leur performance (Newsday, janvier 2004).
Risque de la prise d’hormones
En continu et en alternance, les hormones risquent de créer des
déséquilibres incroyables. Les hormones ont un effet sur
tous les organes du corps (Dr. Susan Rako).
Les femmes sur la pilule contraceptive conventionnelle ont un risque
accru de cancer cervical, de tumeur du foie et de cancer du sein et un
risque moins élevé du cancer des ovaires (National Cancer
Institute). Il existe un risque élevé, bien que plus rare,
de caillots sanguins et d’accidents vasculaires cérébraux.
Les contraceptifs oraux peuvent augmenter les niveaux de cholestérol
(American Heart Association).
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LES
ENJEUX SOCIAUX
On omet le principe de précaution sans connaître les risques
de la prise d’hormones en continu à long terme.
Nous n’avons pas l’évidence que la suppression des
menstruations est sécuritaire et réversible.
La suppression des menstruations était originalement recommandée
aux femmes présentant des problèmes sévères
liés aux menstruations, comme l’endométriose. On recommande
maintenant cette pratique aux filles et aux femmes en santé qui
veulent simplement ne pas être emmerdées par leurs menstruations
et ce, même si elles ne sont pas actives sexuellement.
Pour plusieurs sociétés, les menstruations ont toujours
été un indicateur de leur état de santé: si
les femmes sont menstruées normalement, tout va bien. Maintenant,
c’est l’inverse qui se produit.
Une étude démontre que l’attitude négative
des femmes envers les menstruations, plutôt que les symptômes
menstruels est un facteur plus déterminant lorsqu’elles décident
de supprimer leurs menstruations. Les facteurs psychosociaux jouent donc
un rôle prépondérant dans la décision des femmes
de supprimer leur cycle menstruel.
On élimine tranquillement la spécificité du corps
féminin. Les femmes perdent le contact avec leur cycle. Elles sont
coupées des rythmes de leur corps.
Les femmes sont susceptibles de vivre avec les hormones de la puberté
à la ménopause.
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LES ENJEUX
ÉCONOMIQUES
La Seasonal est composée des mêmes hormones et ingrédients
que la pilule contraceptive conventionnelle mais elle est emballée
et prescrite différemment. Comme le marché de la pilule
contraceptive est saturé, fallait-il inventer autre chose?
L’école médicale de Virginia qui a développé
cette pilule en continu a reçu 19 millions de dollars de l’industrie
pharmaceutique Barr pour les droits de brevet. Gary Hodgen, inventeur
de cette pilule, recevra 3,3 millions de dollars à lui seul.
Depuis novembre 2003, plus de 260 000 prescriptions de Seasonal ont
été faites. Les ventes pour l’année fiscale
2004 pourraient atteindre 16,2 millions. L’industrie Barr projette
des ventes de 100 millions pour cette pilule en 2005.
L’industrie Barr est actuellement le troisième plus grand
fabricant de contraceptifs oraux aux États-Unis mais décrochera
la première place d’ici la fin de 2004.
Barr finance actuellement des organisations de santé qui promeuvent
la non nécessité et les risques pour la santé des
menstruations.
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PISTES
DE RÉFLEXION
Les femmes opteraient-elles pour la suppression des menstruations et
de la pilule en continu si:
- elles connaissaient les bénéfices des menstruations?
- l’image véhiculée des menstruations était
plus positive? (Une étude des médias qui ont abordé
la suppression des menstruations conclue que les menstruations sont
présentées comme ennuyantes et mauvaises pour la santé).
- l’information véhiculée par les compagnies pharmaceutiques
et les médias n’était pas biaisée? (Ceux
qui font la promotion de la suppression ont reçu plus d’attention
que ceux qui s’y opposent).
- elles connaissaient davantage leur corps?
- elles connaissaient les enjeux économiques sous-jacents à
la commercialisation de la pilule en continu?
- elles avaient accès à des études fiables, à
long terme, sur les effets de la prise de la pilule en continu sur leur
santé et sur l’absence de leur menstruation?
Nous avons besoin d’études fiables sur plusieurs
années qui:
- examinent l’expérience des femmes avec la suppression
des menstruations, la santé des os et les risques de caillots
sanguins et des attaques cardiaques.
- examinent le retour à la fertilité après la suppression.
- évaluent l’effet de la pilule en continu sur les adolescentes
qui sont beaucoup plus vulnérables pendant leur développement
.
- étudient les attitudes des femmes, leurs préoccupations,
leurs préférences et besoins d’information sur leur
cycle reproducteur.
Pourquoi les femmes auront-elles que quatre menstruations par année
avec la Seasonal alors qu’il serait possible de n’en avoir
aucune? Nous cacherait-on que les menstruations sont nécessaires?
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QUESTIONNEMENTS
- Est-ce que la pilule en continu accroît l’autonomie des
femmes en matière de santé reproductive?
- Comment répond-t-on quand on nous dit que la pilule en
continu est une question de choix?
- Qu’est-ce qui nous préoccupe le plus par rapport
à la pilule en continu?
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RÉFÉRENCES
- BÉRUBÉ, Jocelyn, «Les pilules en continu: pourquoi
être menstruée tous les 28 jours?» Le Médecin
du Québec, volume 37, numéro 1, janvier 2002.
- THE HENRY J. KAISER FAMILY FOUNDATION. «Long Island Newsday
Examines Barr Laboratories Claims About Menstruation-Suppressing Oral
Contraceptive Seasonale», Kaiser Daily Reproductive Health Report,
26 janvier 2004.
- THE HENRY J. KAISER FAMILY FOUNDATION. «Contraception and Family
Planning», Kaiser Daily Reproductive Health Report, 7 septembre
2004.
- THE HENRY J. KAISER FAMILY FOUNDATION. «FDA Approves Menstruation-Suppressing
Oral Contraceptive Seasonal» Kaiser Daily Reproductive Health
Report, 8 septembre 2003.
LÉVESQUE, Pierre, «Le système reproducteur féminin:
nous serions-nous mépris? Quel était le cycle d’Eve?»
Le Médecin du Québec, février 1996.
- O’GRADY Kathleen, Les menstruations sont-elles dépassées?,
Le Réseau canadien pour la santé des femmes, 2003.
- RABIN, Roni, «The New Pill in Town. Controversial form of birth
control delays monthly cycle», Newday, 25 janvier 2004.
- RAKO, Susan, «No more periods?: the risks of menstrual suppression
and other cutting-edge issues about hormones and women's health»,
Harmony Books, New York, 2003. 191 pages
- SOCIETY FOR MENSTRUAL CYCLE RESEARCH. «Menstrual Suppression
Panel», Press Release, SMCR 15th Biennial Conference, Pittsburgh,
PA, June 5-7, 2003.
- STANTON, Danielle, «La fin des menstruations?», Gazette
des femmes, janvier-février 2002. pp.15-22.
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