HORMONOTHÉRAPIE DE REMPLACEMENT
Les faits
Non application du principe de précaution
Enjeux économiques
Pistes de réflexion
Questionnnements
Références
LES FAITS
Depuis une dizaine d'années, la ménopause fait l'objet
d'une médicalisation croissante. Étape naturelle dans la
vie d'une femme, elle est devenue une source de «malaises»
ou une «maladie» nécessitant un «remède».
Cette évolution a coïncidé avec la période où,
en Amérique du Nord, des millions de femmes de la génération
du baby-boom sont arrivées à la ménopause.
Pour palier aux «malaises» de la ménopause, on a
développé l’hormonothérapie de remplacement
(HTR). L’hormonothérapie est un traitement hormonal qui consiste
à utiliser des hormones de substitution, naturelles ou synthétiques,
afin de remplacer celles que les ovaires cessent de sécréter
à la ménopause.
Maintenant, on offre aussi l’HTR comme un moyen de prévenir
certaines maladies.
Les risques associés à l’HTR de longue durée
Au fil des ans, de nombreux autres essais à plus petite échelle
ont démontré que le recours prolongé au HTR permettait
de préserver la masse osseuse, tout en établissant cependant
un lien avec une longue liste de risques éventuels pour la santé,
dont le cancer du sein, la cholécystopathie (affection de la vésicule
biliaire), les accidents vasculaires cérébraux, la thromboembolie
veineuse, les maladies de la bile et d'autres encore.
En 2003, les études Million Women Study et le Women’s Health
Initiative (WHI) ont révélé que l’hormonothérapie
de remplacement combinée (avec estrogène et progestatif)
prise pendant plus de 4 ans accroît le risque de cancer
du sein chez les femmes de plus de 50 ans, de même que le risque
d’autres maladies telles que maladie du coeur, accident vasculaire
cérébral et embolie pulmonaire. L'étude
n'a démontré aucune augmentation significative du risque
de cancer du sein chez les femmes qui avaient suivi une HTR pendant une
période inférieure à quatre ans. Cependant, les chercheurs
ont noté une légère augmentation du nombre de clichés
mammaires anormaux chez les femmes sous HTR depuis plus d’un an.
L’étude s’est concentrée sur les femmes postménopausées,
en santé, et ayant encore leur utérus.
Les risques relatifs associés à la HTR de longue durée
(plus de cinq ans) atteignent le chiffre alarmant de 41% en ce qui concerne
les accidents vasculaires cérébraux. Le taux de risque s'élève
à 29% pour ce qui est des crises cardiaques, 22% pour les maladies
cardiovasculaires, 26% pour le cancer du sein et, dans le cas des caillots,
il est doublé. Il est aussi prouvé depuis vingt ans que
les femmes qui prennent des hormones par voie orale encourent presque
deux fois plus de risques de souffrir d’une affection biliaire que
les autres.
Le 8 janvier 2004, la Société canadienne du cancer rendait
publique sa recommandation à propos de l’hormonothérapie
substitutive combinée: «En raison de l’accroissement
du risque de cancer, les femmes devraient éviter de recourir à
l’hormonothérapie de remplacement combinée sauf pour
traiter les symptômes graves de la ménopause qu’aucun
autre traitement n’a pu soulager».
Les éléments suivants sont donc à prendre en considération
pour chaque patiente:
- les antécédents personnels et familiaux de cancer du
sein et des ovaires, de maladies cardiovasculaires, d’ostéoporose
et de démence;
- la gravité des symptômes de ménopause;
- la durée de l’hormonothérapie substitutive.
L’information véhiculée aux femmes
Les sociétés pharmaceutiques utilisent plusieurs méthodes
dans le but de promouvoir l'hormonothérapie substitutive auprès
des femmes d'âge mûr en bonne santé.
Depuis plus d'une décennie, les praticiens et les agences de
consultation médicale conseillent aux femmes en bonne santé
de recourir au HTR à la ménopause comme moyen de prévention
des maladies du cœur et de l'ostéoporose. (L’étude
WHI a constaté une diminution des fractures de la hanche suite
à un traitement d’oestrogènes associés à
des progestatifs si le traitement est continu pendant plus de sept ans.
L’efficacité réelle des traitements hormonaux contre
les risque de fractures serait de 3% à 5%).
Certains dépliants et annonces publicitaires, au contenu des plus
douteux, accordent même à cette thérapie des bienfaits
sensationnels, amenant les femmes à croire qu'elle réduirait
les signes de la vieillesse, guérirait la dépression et
l'incontinence, et préviendrait la maladie d'Alzheimer, pour ne
nommer que ceux-là. On souhaite la vendre comme mesure de prévention
à long terme (et non simplement comme moyen de soulager temporairement
les effets de la ménopause tels que les bouffées de chaleur).
Dans les médias, certains reportages ont minimisé l'importance
des risques relatifs en citant le nombre exact de femmes exposées
à un risque élevé, chiffre qui semble en effet peu
élevé dans chacun des cas. Selon l'étude de la WHI,
seulement 8 femmes de plus sur 10 000 souffriront de cancer du sein en
raison d'un recours prolongé au HTR; le nombre est de 7 dans le
cas des crises cardiaques, de 8 dans celui des accidents vasculaires cérébraux
et de 18 en ce qui concerne la formation de caillots. Toutefois, lorsqu'on
tient compte des millions de femmes qui suivent actuellement cette thérapie
en Amérique du Nord, ce sont des dizaines de milliers de personnes
qui sont exposées à ces risques.
Depuis cette sortie controversée dans les médias, la réponse
médicale à cette étude a été de réajuster
les dosages de l’HTR plutôt que d’éviter son
utilisation ou de proposer aux femmes des solutions de rechange.
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NON
APPLICATION DU PRINCIPE DE PRÉCAUTION
Malgré les constats troublants découlant de ces essais
à court terme portant sur des femmes souffrant de maladies du cœur,
on a continué à prescrire couramment le HTR et à
en recommander l'usage comme méthode de préservation de
la santé.
L'étude du WHI est le premier essai à vaste échelle
entrepris dans le but d'évaluer les risques et les avantages à
long terme associés à l'hormonothérapie pour les
femmes en bonne santé. Autrement dit, la pratique consistant à
prescrire les HTR a précédé la démonstration
qui aurait permis d'établir des lignes directrices en matière
d'ordonnance.
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ENJEUX
ÉCONOMIQUES
La société Wyeth, qui fabrique le Premarin, la formule
de HTR la plus vendue aux États-Unis, affiche des ventes de 2,07
milliards $US en ordonnances pour l'an dernier seulement, ce qui fait
de ce produit le meilleur vendeur de la société. Aux États-Unis,
le Premarin était le 3e médicaments prescrits le plus vendu
en 2001.
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PISTES
DE RÉFLEXION
Comment se fait-il que l'on ait incité des femmes en bonne santé
à suivre un HTR pendant une période aussi longue?
Pourquoi on prescrit aux femmes en bonne santé des médicaments
qui n'ont pas été testés sous toutes leurs facettes
par le biais d'essais cliniques exhaustifs.
Les femmes choisiraient-elles le HTR si:
- elles connaissaient les solutions de rechange à l’hormonothérapie?
- elles connaissaient les risques qui y sont associés?
- elles savaient qu’elles peuvent les prendre pour une courte
durée (pour celles qui ont des symptômes sévères)?
- la société considérait la ménopause comme
une étape normale de la vie?
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QUESTIONNEMENTS
- Est-ce que l’hormonothérapie de remplacement accroît
l’autonomie des femmes en matière de santé reproductive?
- Comment répond-on quand on nous dit que l’hormonothérapie
de remplacement est une question de choix?
- Qu’est-ce qui nous préoccupe le plus par rapport à
l’hormonothérapie de remplacement?
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RÉFÉRENCES
- LACEY, J.V et al. (2002) «Menopausal hormone replacement therapy
and risk of ovarian cancer». JAMA, Vol 288, no.3.
- O’GRADY, K., BOURRIER-LACROIX, B. (2003). «Reprise de
la ménopause: un nouveau regard sur l’hormonothérapie
et la médicalisation du corps féminin.», Le Réseau
canadien pour la santé des femmes. Vol 5-9. no 4-1, p.3-4.
- RÉSEAU QUÉBÉCOIS D’ACTION POUR LA SANTÉ
DES FEMMES (RQASF) (2004). «L’hormonothérapie, est-ce
pour moi?». Notre soupe aux cailloux, Cahier 3.5.4. RQASF.
- SOCIÉTÉ CANADIENNE DU CANCER (SCC). (2004). «
La Société canadienne du cancer rend publique sa recommandation
à propos de l’hormonothérapie substitutive combinée».
SCC.
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