| 15 septembre 2003
Objet : Motion M-83 visant à recriminaliser
l’avortement
Madame la députée, Monsieur le député,
Par la présente nous désirons exprimer notre désaccord
face à la motion M-83 et vous demander avec instance de vous y
opposer lorsqu’elle sera présentée en Chambre des
communes par Monsieur Garry Breitkreuz de l’Alliance canadienne
cet automne. Le 12 mai dernier, les députés ont débattu
de la M-83. Cette motion sera débattue à nouveau le 30 septembre
et sera suivie d’un vote. L’Alliance canadienne demande à
ce que le Comité permanent de la santé évalue les
risques pour la santé auxquels s’exposent les femmes qui
se font avorter par rapport à celles qui mènent leur grossesse
à terme. Dans un deuxième temps, elle demandera à
ce que soit examinée la nécessité médicale
de la pratique de l’avortement pour protéger la santé,
éviter la maladie ou diagnostiquer ou traiter une blessure, une
maladie ou une incapacité. Il s’agit donc d’une
menace pour le droit et l’accès des femmes à l’avortement.
La majorité des études sur l’interruption volontaire
de grossesse (IVG) démontrent qu’une grossesse non désirée
signifie une situation de crise le plus souvent résolue avec l’IVG.
L’IVG, lorsqu’elle est effectuée dans des conditions
sécuritaires comporte moins de conséquences psychiques négatives
que la naissance d’un enfant non désiré. Il est également
faux de prétendre que l’avortement a des conséquences
graves pour la santé physique des femmes. En effet, les complications
suite à un avortement sont rares, minimes et très rapidement
réglées (ex : antibiotiques suite à une infection,
deuxième curetage lors d’un avortement incomplet) (Lichtenberg
S, Grimes D, Paul M, 1999).
Vouloir comparer les risques d’un IVG pour la santé des
femmes avec ceux liés à une grossesse menée à
terme détourne le débat du véritable enjeux:
celui de pouvoir exercer le libre choix à la maternité.
La décision d’interrompre une grossesse n’est jamais
facile et représente l’aboutissement d’une réflexion
d’une femme ou d’un couple sur sa capacité ou non d’élever
un enfant à un moment précis dans sa vie. Les conséquences
sur la santé mentale et physique des femmes à qui l’on
refuserait l’avortement seraient majeures, sans compter les séquelles
sur les enfants non désirés qui naissent.
Si l’on s’en tient strictement aux statistiques, les études
démontrent que dans les pays où l'avortement est légal,
le taux de mortalité lié à un avortement est bien
inférieure à celui relié aux accouchements, même
pour les stades plus avancés de la grossesse (Jacot FRM, Poulin
C, Bilodeau AP et al, 1993).
Il faut aussi se rappeler que la loi canadienne de 1869 qui rendait
illégal l’avortement n’a pas empêché les
femmes d’avoir recours à des avortements clandestins. D’ailleurs,
en 1962, selon le Bureau fédéral de la statistique, 57617
admissions hospitalières étaient dues aux complications
liées à un avortement clandestin. En 1966, c’était
la principale cause d’hospitalisation des femmes au Canada. Au niveau
mondial, 80 000 femmes meurent, chaque année, des suites d’un
avortement réalisé en dehors de tout système de santé
et ce, sans compter des centaines de milliers d’autres qui sont
mutilées ou deviennent stériles des suites d’un avortement
clandestin. Toujours selon l’OMS, plus l’avortement est restrictif,
plus les femmes meurent des suites d’un avortement (OMS, 1999).
En 1988, la Cour suprême du Canada a annulé la Loi sur
l’avortement alléguant qu’elle était inconstitutionnelle
car elle allait à l’encontre de la Charte des droits et libertés.
La Cour suprême dit dans son jugement que «le fait de forcer
une femme sous la menace d’une sanction pénale à mener
sa grossesse non voulue à terme... est une atteinte grave à
son intégrité corporelle».
Après de nombreuses années de lutte et grâce aux
nouvelles injections de fonds, nous avons enfin réussi à
consolider les services d’avortement au Québec, une décision
qui est grandement applaudie par les groupes de femmes. Les femmes qui
le désirent ont accès gratuitement et plus rapidement à
ce service. Retirer les services d’avortement du réseau public
de la santé équivaudrait à un recul important
et inacceptable en ce qui a trait aux droits et à la santé
des femmes et remettrait en question la décision de la Cour suprême
du Canada. Seules les femmes nanties auraient les moyens de s’offrir
ces services dans les cliniques privées alors que les autres n’auraient
d’autres choix que de se tourner vers les avortements clandestins
qui comportent des risques énormes pour la santé des femmes.
Nous voulons souligner l’urgent besoin d’agir pour contrer
cette motion et démontrer ainsi votre engagement responsable face
aux droits, à la santé et au bien-être des femmes
et des enfants du Canada Il s’agit d’un enjeu critique et
nous comptons sur vous pour voter contre la motion M-83. N’hésitez
pas à contacter la Fédération du Québec pour
le planning des naissances pour avoir plus de détails sur son analyse
et sa position face à cette motion.
Veuillez, Madame, Monsieur, agréer l’expression de nos sentiments
dévoués.
Francine Mailloux
Présidente
Fédération du Québec pour le planning des naissances
|