COMMUNIQUÉ: où s’en
vont nos services de planning des naissances?
Montréal, 3 décembre
2003 – Le 5 décembre prochain, la clinique
de planning des naissances de l’hôpital Notre-Dame, première
clinique de planning au Québec, fermera ses portes sans justification
évidente. Pourtant cette clinique desservait plus de 4 000 femmes
et pratiquait 500 avortements annuellement. Serions-nous encore en train
d’assister à l’effritement des services de planning
jugés non prioritaires ou non désirables par certains directeurs
d’établissements?
Au mois de mai dernier, les professionnel-les de la santé qui
travaillaient à la clinique de planning apprenaient avec stupéfaction
que celle-ci allait fermer ses portes au cours de l’été
2003. Suite à de nombreux pourparlers, M. Levine, directeur général
de la Régie régionale de Montréal, a réussi
à imposer un moratoire sur la fermeture jusqu’à ce
que la Régie trouve le moyen d’assurer le transfert des 500
avortements et des autres services de planning, tels que les consultations
en contraception, à d’autres établissements et ce,
sans coupures de services pour les femmes.
Les deux seuls établissements qui étaient prêts
à absorber ce transfert important étaient l’hôpital
LaSalle et le CLSC des Faubourgs. Mais après évaluation
des besoins financiers additionnels respectifs pour chacun d’entre
eux, c’est l’hôpital LaSalle qui remporta la palme du
plus petit investissement nécessaire. Or, bien que le CLSC des
Faubourgs soit beaucoup plus accessible aux femmes du territoire montréalais,
l’hôpital Notre-Dame a conclu une entente avec l’hôpital
LaSalle qui se retrouve très loin du centre-ville. Les femmes devront
donc parcourir un long trajet en métro et en autobus pour s’y
rendre…et en revenir! Heureusement, des budgets sont prévus
pour défrayer les coûts de transport pour les femmes qui
n’en ont pas les moyens.
Cette fermeture est justifiée par les démarches de redressement
des finances de l’hôpital Notre-Dame. Comme chaque département
se devait de récupérer un peu d’argent, le département
de médecine générale a mis le couteau dans les services
de planning qui, dans les faits, représentaient une part insignifiante
de l’ensemble des dépenses générales du département.
Selon le Dr Guimond du Comité de vigilance (Regroupement québécois
des professionnel-les de la santé qui travaillent dans les services
d’avortement), «la fermeture sera considérée
comme une grande victoire pour tous les bigots qui croient que la raison
morale, religieuse ou éthique doit primer sur la liberté
de choix des femmes en matière de contraception et d’avortement».
Selon Martine David, coordonnatrice à la Fédération
du Québec pour le planning des naissances, «Bien que cette
fermeture soit très choquante, nous ne sommes pas surprises. Depuis
que nous avons perdu les budgets protégés en planning dans
les années 1980 et que les gouvernements sont engagés dans
la lutte au déficit zéro, les cliniques de planning sont
les premières à se voir couper une partie ou la totalité
de leur service. Pourtant, on sait fort bien que l’ensemble des
femmes auront recours aux services de planning tout au long de leur vie
sexuelle et reproductive.» Par ailleurs, même si le gouvernement
a investi 2,7 millions en 2001 pour consolider et augmenter l’accessibilité
aux services d’avortement, certains établissements se désengagent
graduellement de l’offre de ce service.
Pour la population, la fermeture de la clinique de planning de l’hôpital
Notre-Dame constitue une perte énorme au niveau de l’expertise
au sein d’un service qui existait depuis plus de 30 ans et qui demeurait,
pour plusieurs femmes, le lieu premier de référence. Il
s’agissait aussi d’un des seuls centres hospitaliers à
offrir un service téléphonique personnalisé pour
les rendez-vous en avortement, cinq jours par semaine. Pour Martine David,
«Comme la clinique desservait principalement des Montréalaises,
il serait étonnant qu’une majorité des 500 femmes
qui utilisaient ces services se rendent dorénavant jusqu’à
l’hôpital LaSalle, ce qui risque d’encombrer encore
plus les listes d’attente déjà surchargées
à Montréal et d’augmenter l’angoisse des femmes
qui devront peut-être attendre plusieurs semaines avant d’avoir
accès à un service d’avortement».
Cette fermeture s’inscrit également dans un contexte de
fusion des établissements et de mouvance vers des services de troisième
ligne ultra spécialisés. En effet, l’hôpital
Notre-Dame qui fait partie du Centre hospitalier universitaire de Montréal
(CHUM) au même titre que l’hôpital St-Luc et l’Hôtel-Dieu,
a déjà commencé à délaisser ses services
de première ligne avant même que le CHUM ne revoit de manière
globale son mandat. Dans ce contexte, quelle place sera faite aux services
de planning qui sont davantage de l’ordre de la prévention
et qui répondent aux besoins essentiels de base des femmes?
De son côté, la Régie régionale de Montréal
s’est engagée à suivre de près le dossier du
transfert. Pour ce faire, elle a demandé au centre hospitalier
LaSalle de transmettre mensuellement des informations sur le volume d’interruptions
volontaires de grossesse, et sur les rendez-vous annulés ou référés
à d’autres établissements. Elle restera aussi à
l’affût de l’augmentation de la demande dans les services
d’avortement offerts à Montréal, notamment au CLSC
des Faubourgs et au Centre de santé des femmes et demeurera à
l’écoute des besoins des femmes de la région de Montréal
dans ce domaine.
Sources: Martine David
Fédération du Québec pour le planning des naissances
Téléphone: (514) 866-3721 |