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GRANDE RENCONTRE DE LA COALITION POUR LA SANTÉ SEXUELLE ET REPRODUCTIVE: UNE PREMIÈRE RÉUSSIE

La notion du choix
La «défaillance» du corps des femmes
Les actions à venir

Un an presque jour pour jour après sa création, les membres de la Coalition pour la santé sexuelle et reproductive se rencontraient à nouveau les 29 et 30 octobre derniers. Cette rencontre avait pour but de faire le point sur les travaux et les principaux dossiers de la Coalition, de réfléchir sur la notion du choix et d’identifier des pistes d’actions pour la prochaine année.

La Coalition, qui a pour mandat de dénoncer la médicalisation et la commercialisation de la santé reproductive et sexuelle des femmes, a passé sa première année à préciser ses modalités de fonctionnement. Elle regroupe présentement 44 membres associatifs et individuels dont des infirmières en planning des naissances, des professeures et étudiantes, des sages-femmes, des représentantes de groupes communautaires, d’organismes jeunesse, etc. La Coalition est coordonnée et travaille sous les auspices de la FQPN.

Après avoir fait la mise à jour sur chacun de ses dossiers prioritaires (nouvelles technologies de la reproduction humaine, périnatalité, avortement, contraception, éducation sexuelle et industrie pharmaceutique), les 35 participantes et participants ont discuté de la notion du choix. En fait, à chaque grande rencontre, les membres souhaitent se donner un temps de réflexion afin d’approfondir un thème qui nous concerne toutes et tous.

La notion du choix

La possibilité de faire des choix est certes un aspect central de la santé des femmes et de leurs droits en matière de santé reproductive et sexuelle. Mais trop souvent, la notion de choix est galvaudée, mal comprise ou utilisée pour justifier des pratiques telles que la césarienne sur demande ou encore la possibilité de supprimer les menstruations. Ces options additionnelles nous permettent-elles véritablement d’accroître notre autonomie? Les tests prénataux, par exemple, offrent-ils véritablement plus de choix aux femmes ou les confrontent-elles davantage, et parfois sans raison, au dilemme d’accepter ou non de vivre avec un enfant porteur de handicap ou de maladie? Devant le manque d’options réelles suite à un diagnostic prénatal problématique, les femmes ont-elles de véritables choix? Quelles sont donc les conditions nécessaires pour que les femmes puissent exercer un choix éclairé? Comment répondons-nous aux multiples interventions et médicaments qui, au nom du bien-être des femmes, augmentent notre dépendance au milieu médical et mine la confiance envers notre propre capacité de passer au travers des différentes étapes de notre vie, tels que l’accouchement, les menstruations, la ménopause, etc.?

Pour nous aider à réfléchir à ces questions, Abby Lippman nous a présenté ses réflexions sur la notion de choix. Elle nous a rappelé que la notion de choix est intrinsèquement liée aux notions d’autodétermination et d’autonomie et donc au droit des femmes d’avoir le contrôle sur leur propre corps. Le choix et le droit de décider sont donc grandement influencés par le contexte social, économique, politique et médical dans lequel nous vivons. Le choix est aussi souvent confondu avec une liste d’options de consommation et souvent réduit à notre capacité de dire oui ou non à ce qui nous est proposé. En fait, le pouvoir n’appartient-il pas davantage à celui qui crée, qui offre des choix plutôt qu’à la personne qui doit y répondre? Pour que les femmes puissent faire de vrais choix, nous devons enlever les barrières sociales de l’oppression et les inégalités envers les femmes. Le choix n’est pas une chose privée mais bien une question de justice sociale qui devrait être davantage politisée et débattue publiquement.

Isabelle Brabant nous a, quant à elle, préparé une liste de questions pouvant nous aider à réfléchir quand nous sentons que le choix qui est offert aux femmes cache une réalité tout autre. En voici quelques exemples. Est-ce que la forme de la question détermine la réponse? «Voulez-vous courir le risque d’avoir un enfant trisomique?» par exemple. Est-ce qu’une autre formulation pourrait susciter ou provoquer une réponse différente? Y a-t-il de véritables solutions de rechanges à ce choix? Sont-elles accessibles ou réalistes? Qui offre le choix? Est-ce que la personne qui l’offre a un intérêt personnel, professionnel, institutionnel dans l’une ou l’autre des réponses? Offre-t-on systématiquement le moindre effort et le court terme? Est-ce que le choix est écologique? Y a-t-il des «représailles» possibles de la part soit du professionnel de la santé, soit par l’entourage ou socialement quand une femme ne fait pas le «bon» choix?
Souvent, on pense accroître la capacité d’exercer un choix éclairé en donnant de l’information. Mais pour Isabelle, le type d’information donné est souvent extérieur aux questions qui touchent la vie, le couple, les valeurs sur lesquelles nous devons réfléchir pour exercer un véritable choix. Ainsi, nous sommes inondées d’informations qui, en plus d’accroître notre niveau d’anxiété, ne répond pas à nos préoccupations.

Les participantes et participants ont poursuivi cette fascinante réflexion en atelier afin d’explorer la notion du choix face à des situations précises: césarienne élective et épidurale, diagnostic prénatal, suppression des menstruations et hormonothérapie de remplacement. Ces ateliers nous ont permis de faire ressortir des arguments pour contrer la «semblance» du choix face à chacune de ces réalités.

La «défaillance» du corps des femmes

Rapidement, un grand constat est ressorti de chacun des ateliers et des discussions de la Grande rencontre: celui de la supposée «défaillance» du corps des femmes. Ainsi, plus la médecine et la technologie évoluent, plus le message qui en ressort est que les femmes sont incapables de vivre des étapes normales de leur vie reproductive et sexuelle sans intervention ou médication. Pis encore, ces étapes seraient remplies de risques et de problèmes potentiels que nous devons prévenir, circonscrire et traiter. Par exemple, la panoplie de tests de diagnostic prénatal proposés de plus en plus à des femmes de tous les âges nous font croire que la grossesse est une expérience risquée nécessitant des vérifications constantes de l’état de santé du fœtus. L’augmentation des césariennes, du recours à l’épidurale, des interventions médicales lors de l’accouchement nous laissent aussi croire que l’accouchement par voie vaginale est une expérience à risque, trop douloureuse pour être vécue sans anesthésie locale, et qui doit se dérouler dans un contexte «sécuritaire» et hospitalier. Comme l’ont remarqué certaines participantes, nous vivons à l’époque du «terrorisque»!

L’approbation de la «Seasonale» aux États-Unis, un contraceptif oral conçu pour réduire le nombre de menstruations à quatre plutôt que treize par année nous laisse également entendre que les menstruations ne sont pas nécessaires. Certains médecins parlent même des menstruations comme étant nuisibles pour la santé et pouvant occasionner de l’anémie, l’endométriose, le cancer du sein ou de l’endomètre. Même constat pour la ménopause dont les manifestations, telles que les bouffées de chaleur, l’insomnie et les changements d’humeur, sont considérées comme des sources de malaises ou des symptômes que l’on doit traiter à l’aide de médication. Longtemps aussi, avant la sortie des résultats d’études prouvant le contraire, on a proposé l’hormonothérapie de remplacement comme un moyen de prévenir certaines maladies, telles que l’ostéoporose et les maladies cardio-vasculaires, comme si la ménopause était «la» cause de ces problèmes de santé.

Les actions à venir

Les membres de la Coalition ont vite fait consensus sur l’idée d’agir afin de contrer ce discours qui dénigre la capacité du corps des femmes de vivre les étapes de la vie sexuelle et reproductive naturellement. Cette question deviendra donc le thème d’une campagne de sensibilisation sur laquelle la Coalition travaillera pendant l’année. La Coalition pourra aussi appuyer des actions proposées par ses membres sur ses différents dossiers prioritaires. Le comité d’orientation de la Coalition, qui a pour mandat de préparer un plan d’action et de monter la campagne a donc beaucoup de pain sur la planche. Après un an d’existence et de mise en place, la Grande rencontre nous a permis de constater que la Coalition semble bel et bien prête à prendre son envol et à se faire entendre.

   
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