| COMMUNIQUÉ: Une Coalition pour
la santé sexuelle et reproductive est née
Montréal, 12 février
2004 - La Journée canadienne de sensibilisation
sur la santé sexuelle et reproductive est l’occasion de dire
haut et fort que le corps des femmes n’est pas une marchandise à
exploiter par les grands pouvoirs médical, pharmaceutique et biotechnologique.
C’est ce que croit fermement un groupe de 60 femmes et hommes, représentants
des milieux communautaire et universitaire, du réseau de la santé,
des groupes jeunesses et des comités femmes de syndicats, qui se
sont rassemblés à l’automne pour fonder la Coalition
pour la santé sexuelle et reproductive. Cette coalition
veut dénoncer, sur la place publique et la scène politique,
la commercialisation et la médicalisation de la santé sexuelle
et reproductive et susciter des débats autour des grands enjeux
collectifs.
La santé reproductive:
une suite de transitions qui s’inscrit dans une logique de risque
Notre société tolère de moins en moins la douleur,
l’incertitude, l’inconnu et se sent mal à l’aise
devant les transitions de la vie, telles que la puberté, la grossesse,
l’accouchement et la ménopause. À ces étapes
normales de la vie, la médicalisation répond par la commercialisation
de nouveaux médicaments, l’utilisation accrue d’interventions
médicales et le développement de nouvelles technologies.
Sous prétexte de nous offrir des choix pour prévenir d’éventuels
problèmes, cette médicalisation multiplie les offres de
tests et de traitements sans y joindre l’information complète
et objective. Leur prolifération envoie aux femmes le message qu’elles
auraient tort de faire confiance à leur corps. Dans ce contexte,
le mot CHOIX se retrouve complètement dénué de son
sens.
Du début des menstruations jusqu’à la ménopause,
on propose aux femmes de déjouer leur système reproductif
en prenant des hormones. Les menstruations et la ménopause sont
non seulement traitées comme des maladies, mais aussi comme une
«cause» de troubles potentiels. Le «problème»
des menstruations est donc contourné avec la prise en continu de
pilules contraceptives et la ménopause, par l’hormonothérapie
de remplacement. Pourtant, une étude de Women’s Health Initiative
(WHI), parue en juillet dernier, appuyée récemment par la
Société canadienne du cancer, démontre clairement
que les femmes prenant l’hormonothérapie de remplacement
à titre préventif encourent souvent plus de risques que
de bénéfices. Et on ignore encore les effets physiques et
psychiques de la disparition artificielle des menstruations.
La grossesse et l’accouchement sont, pour leur part, soumis à
une logique de risque qu’il faut contrôler par une multitude
de tests, d’interventions et de médicaments qui donnent à
croire que le corps des femmes n’est que le contenant imparfait
d’un bébé en développement qu’il sera
probablement incapable de faire naître sans le concours de la science
médicale. Notons de plus que 57% des femmes qui accouchent au Québec
reçoivent la péridurale et que de plus en plus de femmes
demandent la césarienne sans raison médicale, faute de soutien
qui leur permettrait de croire en leur capacité d’accoucher.
Parallèlement, nous faisons face au développement fulgurant
des nouvelles technologies de la reproduction qui exploitent le désir
de certaines femmes d’avoir des enfants. Comme il est difficile
d’obtenir de l’information juste sur les vrais taux de réussite
et sur les risques encourus pour elles et les enfants qui pourraient en
naître, les femmes qui s’engagent dans les nouvelles technologies
de reproduction sont entraînées dans de longues procédures
très coûteuses et se soumettent à des protocoles impliquant
la prise de doses importantes d’hormones dont nous ne commençons
qu’à entrevoir les effets nocifs pour leur santé.
Ces nouvelles technologies ont aussi pour effet d’augmenter significativement
le nombre de naissances multiples (39% depuis 1974) et, par le fait même,
de prématurés et de bébés de petits poids,
avec les conséquences potentiellement néfastes qui en découlent.
La prévention et la promotion de la santé sont
délaissées
Alors que tout l’arsenal est déployé là où
les grands pouvoirs peuvent accroître leurs profits, la prévention
et la promotion de la santé perdent du terrain. Depuis les années
1990, les multiples transformations dans le système de santé
et les restrictions budgétaires ont mené à une diminution
de services pour l’ensemble des femmes au profit des clientèles
à risque et des situations extrêmes qui nécessitent
le plus de technologies, d’interventions et de médicaments.
Les cliniques de planning qui disposaient d’un budget protégé,
sont dorénavant à court d’argent et certaines vont
jusqu’à fermer leurs portes. C’est le cas de la clinique
de planning de l’hôpital Notre-Dame, qui a annoncé
sa fermeture le 5 décembre dernier, une perte d’expertise
de 35 ans en planning au Québec, sous prétexte de contribuer
au redressement des finances de l’hôpital. Pourtant, le fonctionnement
de cette clinique qui desservait plus de 4000 femmes et pratiquait 500
interruptions volontaires de grossesse annuellement représentait
une part minime de l’ensemble des dépenses du département
de médecine générale.
D’autre part, l’éducation sexuelle des jeunes se
perd dans les dédales de la réforme scolaire qui propose
d’aborder ces questions de façon transversale, c’est-à-dire,
en parsemant ici et là des facettes de la sexualité dans
l’ensemble des matières. Mais le gouvernement n’a pas
prévu de soutenir les enseignant-e-s pour qu’ils soient en
mesure de répondre aux questions soulevées par les jeunes
et de démontrer une attitude d’ouverture face à la
sexualité en général et celle des jeunes en particulier.
Au même moment, les médias et le Web se chargent d’exhiber
aux jeunes une sexualité extrême et pornographique dépourvue
de sentiments amoureux et d’engagement.
Enfin, les femmes qui choisissent d’accoucher dans les maisons
de naissances ou à leur domicile, se heurtent à une pénurie
de ressources et au retard dans l’adoption du règlement sur
l’accouchement à domicile qui, lui, aurait dû naître
en 2003 après une période de gestation de 4 années!
Celles qui désirent les services d’une sage-femme pour accoucher
en centre hospitalier attendent toujours les ententes nécessaires
à leur développement. Après l’accouchement,
les couples se retrouvent le plus souvent sans aide et sans ressources
pour les rassurer et leur donner du répit. Les femmes qui font
des fausses couches (ce qui représente près de 25% des grossesses)
vivent une expérience de perte et de deuil, le plus souvent sans
soutien, ni accompagnement.
La Coalition pour la santé sexuelle et reproductive, initiée
par la Fédération du Québec pour le planning des
naissances (FQPN), lance donc un appel aux femmes, aux hommes et aux organismes
préoccupés par la situation à adhérer à
la Coalition en contactant la FQPN au (514) 866-3721 ou en écrivant
à info@fqpn.qc.ca.
Membres de la Coalition: Fédération du
Québec pour le planning des naissances (FQPN), Regroupement Naissance-Renaissance (RNR),
Regroupement Les sages-femmes du Québec (RSFQ), Regroupement des organismes
communautaires autonomes jeunesses du Québec (ROCAJQ), Réseau des
centres de ressources périnatales du Québec, Conseil cri
de la santé et des services sociaux de la Baie James, Syndicat
de la fonction publique du Québec, Fédération des
infirmières et infirmiers du Québec (FIIQ), Conseil central du
Montréal-Métropolitain (CSN), Action Canada pour la population
et le développement (ACPD), Head and Hands, Centre de santé des
femmes de Montréal, Collectif féministe de Rouyn-Noranda,
Bloodsisters, et 12 membres individuelles issues des milieux universitaire,
communautaire et de la santé.
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