UN COLLOQUE POUR LA SANTÉ REPRODUCTIVE
ET LA MATERNITÉ: AUTONOMIE DES FEMMES OU ILLUSION DU CHOIX
Elles étaient 127 participantes à se réunir autour
d'une même préoccupation: la véritable autonomie des
femmes dans leur vie reproductive. Des infirmières, des travailleuses
sociales, des médecins, des professeures, des étudiantes,
des sages-femmes, des représentantes de comités femmes de
syndicats, des intervenantes de groupes de femmes et quelques hommes ont
fait ensemble le bilan des avancées et des reculs en santé
reproductive. Deux jours de conférences et d'ateliers, de discussions
et de désir d'agir collectivement ont resserré les liens
et ravivé la flamme rebelle de ces femmes qui travaillent au quotidien
sur des questions de périnatalité et de planning des naissances.
Les débats autour des obstacles sociaux au libre choix, de la
médicalisation de la santé reproductive, de l'accès
aux services de planning des naissances et à l'éducation
sexuelle, ont amené les participantes à conclure que les
femmes ont la semblance d'un choix et non pas sa substance quand il s'agit
de leur santé reproductive. II est clair que même si nous
avons des acquis législatifs, les acquis réels sont de plus
en plus fragilisés. Les services de planning s'effritent et les
budgets qui leurs sont affectés aussi. L'éducation sexuelle
se limite à la mécanique et aux risques sans laisser de
place aux sentiments amoureux. La grossesse, l'accouchement et la période
postnatale, représentés dans une logique de risque, sont
dorénavant cloisonnés dans l'univers médical et biotechnologique.
La santé des femmes s'inscrit dans un courant néolibéral
et représente une occasion d'affaire pour l'industrie pharmaceutique
qui ne demande pas mieux que de créer de nouvelles «maladies»
ou u causes de maladies» pour justifier la commercialisation de
nouveaux médicaments. Nous faisons aussi face à une explosion
de la manipulation du vivant qui, par les nouvelles technologies de la
reproduction, nous amène à revoir le sens même de
la maternité. La pression sociale du désir d'enfant, qui
rend difficile le choix de la non maternité, vient d'ailleurs renforcer
la raison d'être de ces nouvelles technologies.
À cette médicalisation qui s'évertue à nous
présenter de multiples options, sous prétexte de nous offrir
des choix pour prévenir et réduire des supposés «risques
ou maladies», nous ne pouvons même plus dire non. Comment
une femme enceinte qui est encouragée par son médecin à
passer une panoplie de tests prénataux visant à déceler
toute anomalie potentielle chez son bébé peut-elle dire
non? Le mot choix se retrouve donc complètement dénué
de sa force, de son sens réel.
Face à tous ces constats, les participantes au colloque sont
emprises d'un profond désir de réagir et de dénoncer
l'influence des grands pouvoirs médicaux, pharmaceutiques et biotechnologiques.
En somme, le Colloque a suscité une telle solidarité et
une telle effervescence que les participantes ont insisté pour
trouver des moyens concrets permettant de maintenir nos liens au-delà
du colloque. C'est pourquoi une nouvelle coalition a vu le jour, quelques
mois après le Colloque, le 17 octobre 2003. C'est donc dans cet
esprit qu'est né ce nouveau lieu de réflexion, d'échange
et d'action qui, nous l'espérons, saura ébranler l'ordre,
ou plutôt le désordre, des choses. Cette coalition qui compte
déjà une cinquantaine de membres, groupes et individu-e-s,
a pour mandat de soulever les grands enjeux collectifs et de dénoncer
la commercialisation et la médicalisation de la sexualité
et de la vie reproductive sur la place publique et la scène politique.
Pour les années à venir, elle s'est entre autres donné
pour priorité de faire la lumière sur les enjeux liés
aux diagnostics prénatals, sur l'influence des compagnies pharmaceutiques,
sur la nécessité d'encadrer les nouvelles technologies de
reproduction au niveau provincial, sur les failles de l'éducation
sexuelle en milieu scolaire et sur les problèmes d'accès
aux services de santé reproductive. Bref, une coalition enthousiasmante
qui a beaucoup de pain sur la planche! Vous aussi pouvez en devenir membre
en contactant la FQPN. |