DIAGNOSTIC PRÉNATAL
Les faits
Risques
Enjeux sociaux et éthiques
Pistes de réflexion
Questionnements
Références
LES FAITS
Depuis 25 ans environ, il existe au Québec des tests de diagnostics
prénataux, sans frais et sur une base volontaire, qui permettent
de dépister certaines anomalies chromosomiques, des maladies héréditaires
et des malformations du fœtus. Parmi ceux-ci, l’échographie
de routine entre 16 et 22 semaines pour l’ensemble des grossesses
et l’amniocentèse pour les femmes de 35 ans et plus et celles
qui présentent des antécédents particuliers dans
la famille.
La trisomie 21 est la plus fréquente des anomalies génétiques
puisqu’elle atteint environ un fœtus sur 700. Le risque grimpe
à 1 sur 350 à 35 ans et à 1 sur 100 à 40 ans.
La détection d’un trouble chromosomique, tel le syndrome
de Down, ne peut pas révéler non plus l’intensité
avec laquelle la maladie se manifestera.
On offre aussi à toutes les femmes enceintes, même celles
de moins de 35 ans, le Prénatest qui consiste en une échographie
permettant de mesurer la clarté nucale du fœtus combinée
à un test sanguin qui analyse deux substances présentes
(marqueurs sériques) dans le sang de la mère. Il évalue
le risque relatif pour une femme, selon son groupe d’âge,
d’avoir un enfant trisomique ou atteint de spina-bifida. Il est
donc un test de probabilité et n’établit pas de diagnostic.
Ce test, au coût de 300$, n’est pas couvert par le gouvernement
et permet de détecter entre 60% et 65% des cas de trisomie 21.
Si le risque est élevé, une femme devra tout de même
procéder à une amniocentèse si elle veut un diagnostic
précis.
Les médecins se disent contraints de proposer le Prénatest
à toutes les femmes enceintes de crainte de se faire blâmer
ou poursuivre si la mère accouche d’un enfant trisomique
ou handicapé.
Une récente découverte a permis de déterminer le
nombre exact de cellules fœtales présentes dans le sang de
la mère au cours du développement du fœtus. Avec cette
découverte, il sera possible, d’ici 2010, de créer
un test qui permettra de déceler la trisomie 21 et d’autres
anomalies avec un seul test sanguin.
Toujours pas de solution...
Les technologies génétiques offrent quelques outils de plus
pour percer le mystère des gènes mais elles n’ont
pas nécessairement engendré les solutions au casse-tête.
Il n’existe pas d’interventions thérapeutiques pour
la plupart des pathologies détectées par les tests prénataux,
et les femmes chez qui le diagnostic est positif doivent se préparer
à vivre une vie avec un enfant handicapé ou mettre un terme
à leur grossesse.
Les technologies prénatales ne feront pas disparaître
les déficiences de la société Quatre-vingt-cinq
pour cent des adultes handicapés ont développé une
déficience après l’âge de 13 ans, et plus de
90% des enfants handicapés vivent avec une déficience causée
par des facteurs sociaux et non génétiques. Une personne
est beaucoup plus à risque de devenir handicapée pour des
raisons circonstancielles, comme le vieillissement, la maladie, les conditions
de travail dangereuses, les environnements toxiques, la violence, la pauvreté,
les choix de vie, la mauvaise alimentation, etc.
Les défenseurs des nouvelles techniques génésiques,
notamment des technologies prénatales, disent qu’elles multiplieront
les choix qui s’offrent aux femmes dans le domaine de la reproduction
et diminuera le taux de déficience au sein de la société.
Toutefois, les perceptions négatives de ce que peut être
la vie avec une déficience, combinées à la difficulté
d’obtenir un soutien social adéquat, peuvent pousser une
femme à croire que la seule véritable option qui s’offre
à elle est une interruption de grossesse. Le fait d’être
porteur d’une maladie ne veut en aucun cas dire que celle-ci se
développera un jour (fibrose kystique).
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RISQUES
L’amniocentèse n’est pas douloureuse mais présente
un risque de fausse couche d’environ 1%, ce qui est très
élevé.
Les tests prénataux ont leur limite. On établit les faux
positifs à 5%. Ceci implique qu’une femme qui a reçu
un faux diagnostic peut décider de se faire avorter alors que son
bébé ne présentait aucune anomalie.
Augmentation de l’anxiété durant la grossesse. Les
tests font que les femmes vivent leur grossesse comme une expérience
à risque.
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ENJEUX
SOCIAUX ET ÉTHIQUES
Pression sur les femmes
La société, en général, et la profession médicale,
en particulier, exercent d’énormes pressions sur les femmes
pour les amener à subir de tels tests et à recourir à
l’avortement si les résultats sont positifs. Les tests prénataux
sont souvent présentés comme une façon d’appuyer
une dimension de la santé publique. Ce processus véhicule
le message selon lequel les femmes doivent assurer le bien-être
de la société en se débarrassant des fœtus jugés
inaptes. Les tests prénataux incitent donc fortement au recours
à l’avortement de fœtus déficients.
La déficience représente une charge financière relativement
élevée pour le système d’aide sociale et le
système médical, et les tests et les avortements sélectifs
sont présentés comme des options très économiques
capables de réduire les conséquences de la déficience
sur la société.
Les femmes qui ne se soumettent pas aux tests ou qui décident
de poursuivre une grossesse après avoir reçu un diagnostic
indiquant que leur fœtus est malade ou déficient sont vues
comme des personnes socialement irresponsables, irrationnelles et égoïstes.
Les professionnels et les scientifiques œuvrant dans le domaine
médical ont, de tout temps, décrit les déficiences
comme des anomalies, des dysfonctionnements, des anormalités, des
lacunes ou des «problèmes» médicaux dont est
atteint un individu plutôt que de les situer dans un contexte social.
L’attention sociétale (et médicale) est donc concentrée
sur une démarche visant à réparer ou à guérir
l’individu ou à l’amener à retrouver un état
«normal». Dans les cas où la «normalité»
demeure inaccessible, les professionnels tentent de rendre la personne
aussi «normale» que possible.
Selon cette idéologie, les obstacles causés par la déficience
proviennent de l’individu plutôt que des institutions sociales
qui excluent les handicapés en maintenant en place des obstacles
qui entravent leur participation.
Eugénisme
L’identification de gènes peut s’inscrire dans une
stratégie de gestion eugénique qui vise à éliminer
les fœtus présentant des imperfections.
De nombreuses personnes handicapées ont été exclues
de la société et forcées à vivre dans des
conditions de dépendance et d’oppression (stérilisations
non thérapeutiques, d’institutionnalisations et, en Allemagne
nazie, d’assassinats collectifs). C’était le résultat
d’un passé où les pratiques eugéniques étaient
de mise.
Les intérêts
La science a concentré ses efforts sur la mise au point des tests
prénataux plutôt que sur les stratégies thérapeutiques.
Principe de précaution
Les tests génétiques se sont développés plus
rapidement que les études sur leur efficacité et leur fiabilité.
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PISTES
DE RÉFLEXION
Les femmes choisiraient-elles de se soumettre aux tests prénataux
ou d’avorter suite à un diagnostic de déficience génétique
si:
- il était perçu aussi normal de vouloir donner naissance
à l’enfant handicapé que de subir un avortement?
- la société mettait en place des structures appropriées
(école, travail, soins de répit) pour personnes handicapées?
- elles étaient assurées de recevoir le soutien émotif,
social et financier qui leur permettraient de prendre soin de leurs
enfants?
- elles étaient certaines que les enfants seraient acceptés
en tant que membres importants de la communauté, peu importe
leur statut génétique?
Les enfants qui naîtront feront-ils partie d’une catégorie
de naissances «coûteuses» ayant pu être évitées?
Ces tests servent-ils à améliorer la santé et la
qualité de vie des femmes et des enfants?
À partir de quel moment décide-t-on que la vie vaut la
peine d’être vécue?
Quelle place la génétique doit-elle prendre alors que
des problèmes de malnutrition, d’abus physiques et de pauvreté
représentent un plus grand danger pour la santé des femmes
et de leurs enfants que les affections chromosomiques et monogénétiques?
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QUESTIONNEMENTS
- Est-ce que les diagnostics prénataux accroissent l’autonomie
des femmes en matière de santé reproductive?
- Comment répond-t-on quand on nous dit que les diagnostics
prénataux sont une question de choix?
- Qu’est-ce qui nous préoccupe le plus par rapport aux
diagnostics prénataux?
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RÉFÉRENCES
- ASSOCIATION POUR LA SANTÉ PUBLIQUE DU QUÉBEC, «Recherches
et enjeux du diagnostic prénatal», notes.
- AUGER, Chantal, «Que faire? Les examens prénatals offrent
de plus en plus d’information mais ne disent pas quoi décider.»,
La Presse, 28 juillet 2002.
- LIPPMAN, Abby, «Doit-on étendre le diagnostic prénatal?»
L’Observatoire de la génétique, No 2, avril 2002.
- Calvé, Julie, «Dépistage génétique:
des avortements inutiles», La Presse, 20 juin 2003.
- RINGUET, Jean-Noël et al. «Les tests génétiques.
Entre l’intérêt général et la protection
de la personne». Le Devoir, décembre 1996.
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