Réaction de Laurence Parent au documentaire Recontres particulières

Laurence Parent nous a autorisé à partager ce statut Facebook qu’elle a publié le 10 avril 2017:

L’an passé, j’ai donné une entrevue dans le cadre d’un documentaire sur l’assistance sexuelle « pour » les personnes handicapées. J’ai accepté en espérant apporter un regard critique sur cet enjeu. En gros, je trouve qu’il y a une tendance à résumer la sexualité des personnes handicapées à l’assistance sexuelle et je trouve que c’est important d’éviter de tomber dans ce piège. De plus, les médias parlent généralement exclusivement de la sexualité des hommes handicapés hétérosexuels.

La sexualité des personnes handicapées est tellement plus complexe. L’assistance sexuelle offerte par des travailleuses et travailleurs du sexe n’en est qu’une dimension qui, du même coup, comporte aussi son lot d’enjeux et de questions. Enfin bref.

Je reconnais toutefois la pertinence d’en parler. Parce que oui, des hommes handicapés ont exprimé le désir d’y avoir recours (note : les gens travaillant sur le documentaire n’ont pas trouvé une femme y ayant recours). Bon.

Le documentaire en question sera présenté demain à TV5. Une bande-annonce est disponible en ligne et deux articles ont été écrits sur le sujet. Un dans La Presse et un dans Le Devoir. Ce n’est pas rien! C’est plutôt rare que les grands médias francophones s’intéressent aux enjeux touchant les personnes handicapées.

J’ai toutefois, une fois de plus, été obligé de constater le recours aux traditionnels clichés capacitistes et j’ai ressenti un profond malaise.

Exemples :

Article de La Presse :
« plusieurs personnes souffrant de handicaps divers »
http://plus.lapresse.ca/…/9d20a680-45e6-47c9-8580-6c1cea8c6…

Article du Devoir :
« Entre libido et tendresse : Mathieu Vachon met en images la misère sexuelle des personnes handicapées »
http://www.ledevoir.com/…/documentaire-travailleuses-du-sex…

Dans la bande-annonce, une voix off dit : « On les imagine asexuées et quand on les touche, c’est pour des raisons médicales ou d’hygiène. »
Eh boy. Par où commencer? *À ceux et celles tenter de me dire « ouin mais c’est court une bande-annonce, on peut pas tout dire ». Je l’sais ben. Mais on peut dire les choses autrement pour éviter de contribuer à la stigmatisation que l’on prétend vouloir remettre en question.

1- Ce ne sont pas toutes les personnes handicapées qui sont touchées que pour des raisons médicales ou d’hygiène. Loin de là…
Plusieurs ont des vies sexuelles actives avec des partenaires handicapés et non-handicapés, toutes orientations sexuelles confondues.
Plusieurs ont été agressé sexuellement (les statistiques démontrent que les femmes handicapées vivent plus de violence sexuelle que les femmes non handicapées).
2- Ce « on » employé par la voix off exclue les personnes handicapées. En 2017, ne serait-il pas temps d’inclure les personnes handicapées dans ce « on » collectif? Ce serait déjà une avancée pour l’inclusion de la diversité sexuelle et des corps. Je dis ça de même.

Le fameux « tabou » relatif à la sexualité dépasse le débat sur l’assistance sexuelle. La bande-annonce et les deux articles cités plus haut en sont la preuve. La télé québécoise notamment regorge de clichés véhiculant l’idée selon laquelle les personnes handicapées n’ont pas de sexualité ou ne sont pas aptes à avoir une sexualité satisfaisante. (Je pense entre autres à l’émission Ruptures où la pauvre femme handicapée de Guillaume Lemay-Thivierge est si tristement confinée à un fauteuil roulant et est, ainsi, inadapte ou inintéressée à avoir une vie sexuelle avec son mari qui, lui, a ainsi toute la légitimité du monde à avoir une sexualité des plus passionnées avec l’héroïne de la série. %?&*(*&!!

Je suis impatiente de voir des représentations diversifiées qui auront, selon moi, des impacts plus grands pour lutter contre les préjugés et les « tabous » stigmatisant les sexualités des personnes handicapées.

Non, ceci n’est pas un documentaire sur la vie sexuelle des personnes handicapées: retour sur le documentaire Rencontres particulières par Kéven Breton

Article de Kéven Breton publié le 13 avril 2017 sur le site Internet de C’est juste de la TV.

Le documentaire Rencontres particulières, diffusé hier sur TV5, braque les projecteurs sur un sujet délicat : l’aide sexuelle. Ce terme réfère à l’obtention de services sexuels par des personnes en situation de handicap qui font le choix d’emprunter cette avenue – pour l’instant illégale – afin d’assouvir leurs besoins. L’enjeu est complexe, mais l’équipe de réalisation réussi à offrir un bon tour d’horizon en soixante minutes.

Toutefois, attention : contrairement à ce qu’on veut vous faire croire, ce documentaire ne parle pas de la sexualité des personnes handicapées. L’erreur est dans le marketing entourant cette émission, qui est présentée sans retenue comme une incursion dans la vie intime des personnes handicapées.

Pas d’homogénéité

(Vidéo : Rencontres particulières) 

Ce n’est probablement pas de la faute au réalisateur Mathieu Vachon, ni celle d’aucun des nombreux intervenants tous pertinents à leur façon. Mais la bande-annonce (ci-haut), et les nombreux articles de presse qui y font référence, présentaient unanimement ce soixante minutes comme une exploration minutieuse de la «vie sexuelle des personnes handicapées».

Malheureusement, ces journalistes devraient savoir que la «sexualité des personnes handicapées» est un concept qui n’existe que dans leur tête. Cette «sexualité» opaque et homogène, associée sans gêne à un groupe d’individus, n’existe pas plus que la «sexualité des homosexuels», la «sexualité des femmes hétérosexuelles noires» ou la «sexualité des informaticiens Gémeaux ascendant Scorpions».

Ainsi une très grande majorité de personnes handicapées ne se reconnaîtront absolument pas dans Rencontres particulières, dont le sujet semble au final fasciner davantage les personnes non-handicapées. D’ailleurs, beaucoup d’autres émissions ont traité de ce même sujet par le passé, dont les Francs-Tireurs ou Médium Large.

Du bon et du moins bon 

(Photo : Rencontres particulières) 

L’assistance sexuelle n’en demeure pas moins un sujet intéressant et le travail de recherche soutenant le documentaire est volumineux. On fait un tour d’horizon… avec même quelques répétitions puisqu’on multiplie tellement les cas de figure d’hommes (et jamais de femmes) ayant eu recours à ces services, qu’on aurait pu explorer d’autres facettes de la vie intime des personnes handicapées.

De plus, certains intervenants expliquent que bien des personnes en situation de handicap ne veulent pas avoir accès à ces services sexuels ou n’en n’ont simplement pas besoin. Malheureusement, non seulement ces extraits sont trop brefs, mais ils n’ont pas retenu l’attention des critiques qui n’avaient d’intérêt que pour les témoignages des hommes ayant clandestinement fait affaires avec des escortes par le passé. Il faut tout de même dire que ces exemples étaient bons et particulièrement frappants : le premier en a retiré une expérience positive, acquérant une dose de confiance nécessaire pour s’épanouir émotionnellement, alors que l’autre en est ressorti troublé et même blessé, après que la travailleuse du sexe lui ait offert un service de mauvaise qualité.

En résumé : le ton est juste, le contenu est étoffé, et en une heure le documentaire parvient à nous faire comprendre certains enjeux reliés à la légalisation de ce service au Canada. Il fallait en parler, c’est chose faite.

On peut donc dire que Rencontres particulières est une exploration journalistique sur la légalisation de la prostitution et des services sexuels, et non pas d’une émission sur la vie sexuelle des personnes handicapées.

D’autres aspects à explorer 

(Photo : Rencontres particulières)

Je souhaite maintenant que les prochains réalisateurs qui aborderont le vaste sujet de la vie intime des personnes handicapées le feront en explorant d’autres facettes peut-être moins provocatrices, mais tout aussi importantes : comment dater dans une ville principalement inaccessible? Comment se passe la réadaptation sexuelle après un accident? Comment sortir pour rencontrer des gens alors qu’on vit sous le seuil de la pauvreté? Comment avoir une vie intime si on se fait refuser l’achat d’un lit double? Comment se rendre au cinéma avec son amoureux, si vous êtes les deux en fauteuils roulants et qu’aucun taxi de Montréal offre un service adapté?

Additionnez tout ceci, et vous commencez à vous rapprocher d’une émission qualifiable «d’exploration de la vie sexuelle des personnes handicapées». Mais ce n’est pas ce dont il est question avec Rencontres particulières. C’est correct aussi, tant qu’on le considère comme tel.

Vous pouvez revoir le documentaire Rencontres particulières  sur le site web de TV5. Attention, vous avez jusqu’au 18 avril pour le faire.

***

Kéven Breton est un militant de l’accessibilité universelle. Pour d’autres articles sur le handicap, vous pouvez le lire sur son blogue URBANIA.

Documentaire Rencontres particulières

Article de Isabelle Paré publié le 10 avril 2017 sur le site Internet du journal Le Devoir.

Vaste tabou que celui de la sexualité des personnes handicapées. Le documentaire Rencontres particulières jette un regard sensible sur l’intimité de ceux qui choisissent de faire appel à des « assistantes sexuelles » pour mettre fin à l’abstinence forcée. Histoires intimes.

On voit d’abord Angelo sur scène devant un micro, assis dans son fauteuil roulant, livrant son numéro, le débit ralenti par la paralysie cérébrale. Devant lui, une foule hilare s’éclate. « Ce que j’aime dans le fait d’être Italien, c’est que nos noms fittent avec notre personnalité. Moi, c’est Angelo : un être spirituel qui n’a pas de sexe. »

Cet être asexué, c’était lui. Avant qu’il ne trouve le cran de monter sur scène pour faire la comédie. Avant qu’il ne recoure à une assistante sexuelle pour apporter un peu de normalité à sa vie d’ascète sensoriel.

Handicapé depuis la naissance, Angelo fait partie de ces personnes pour qui le sexe est longtemps resté un continent inaccessible. Pour qui le quotidien s’écoulait sans érotisme ou orgasme, sans toute autre forme de toucher que la main glaciale d’un préposé ou d’un médecin lors d’un examen médical.

« Est-ce que je vais mourir sans avoir vécu ça ? » se demande Angelo, personnage central de Rencontres particulières, ce documentaire de Mathieu Vachon qui témoigne de la misère sexuelle vécue par de nombreuses personnes handicapées et des moyens choisis pour obtenir un soupçon de sensualité.

C’est en multipliant des entrevues avec des escortes que le réalisateur a découvert cette autre facette de la vie de celles que l’on associe communément à la prostitution. « J’ai réalisé que des escortes consacraient beaucoup de leurs temps à des personnes handicapées. Elles me parlaient de ces clients de façon tendre et attentionnée, ça a brisé tous mes préjugés sur les escortes. J’ai réalisé qu’il y avait là un univers méconnu », raconte Michaud.

Conscient de naviguer aux frontières de nombreux tabous, dont celui de la marchandisation du corps des femmes et de la prostitution, le réalisateur choisit d’aborder de manière frontale la réalité des « assistantes sexuelles » payées pour aider des personnes souffrant d’un handicap à se « reconnecter » avec leurs corps.

C’est la question que soulève Micheline, la mère de Gabriel, jeune adulte confiné dans un fauteuil roulant par une maladie dégénérative. À tort, bien des gens croient les personnes handicapées dénuées de toute libido, en raison de leur handicap, dit-elle. « [Gabriel] voulait vraiment connaître le sexe. On a rien trouvé au Québec [contrairement à ce qu’il existe dans d’autres pays], on a pris rendez-vous avec une escorte », raconte cette mère, consciente d’aller à l’encontre des lois canadiennes.

Sexe légal

Dans plusieurs pays, l’assistance sexuelle est désormais considérée comme une forme d’aide thérapeutique. C’est notamment le cas en Suisse, où, depuis 2003, il s’agit d’un métier légal et reconnu. Dispensés par des thérapeutes formés, ces services sont gérés par des organismes d’aide aux personnes handicapées qui dirigent les requérants vers des thérapeutes. De la caresse à la masturbation, le coût de ce supplément d’amour oscille autour de 162 euros l’heure.

Regain d’estime de soi, amélioration des relations interpersonnelles et sexuelles : les associations attribuent beaucoup de bénéfices à cette forme d’aide. « De l’avoir vécu, ça m’a fait grandir. Je n’aurais jamais fait de l’humour comme je le fais là », confie Angelo, dans le documentaire. Ce genre d’échanges est aussi toléré aux Pays-Bas, en Allemagne, au Danemark. En République tchèque, seul pays de l’ex-bloc de l’Est où est apparu ce genre d’aide, l’organisme Plaisir sans risques propose massage, formation à la sexualité, baisers et étreintes, mais sans relation orale ni pénétration.

Chose certaine, à l’heure actuelle, le recours aux escortes reste souvent la seule issue pour les handicapés. Mais toutes ne sont pas « ouvertes » comme celles croisées par Gabriel ou Angelo, comme nous l’apprend tristement Alex, 23 ans, que le caméraman a suivi dans le secteur Sainte-Catherine et Saint-Laurent. « J’ai suivi une fille dans une ruelle. » Cette fille l’a déshabillé, l’a laissé languir nu dans son fauteuil roulant pendant 30 minutes, avant de revenir lui griffer le corps et le sexe.

Un travail ordinaire ?

Des voix s’élèvent contre ces services tarifés qui, en fin de compte, aboutissent à la « marchandisation du corps ». En France, même si des regroupements d’aide aux personnes handicapées demandent la légalisation de ce type d’aide, le Comité national d’éthique a rejeté la reconnaissance légale des assistantes sexuelles. Il n’existe rien de tel qu’un « droit à l’orgasme », décrient de leur côté des associations de lutte contre l’exploitation sexuelle.

« L’aide sexuelle est une réponse à un problème complexe. Ces expériences peuvent être bénéfiques, mais ne règlent pas tout. Il ne faut pas être naïfs non plus. Des pimps, ça existe, et des escortes exploitées aussi. Décriminaliser, je n’y crois pas. Je crois plutôt à une troisième voie, comme celle retenue aux États-Unis », estime Mathieu Vachon.

Le réalisateur braque en effet sa caméra sur une association californienne d’aide aux handicapés, où thérapeutes et « aidants » — autant des hommes que des femmes — travaillent en collaboration à l’amélioration globale de la sexualité, mais aussi de l’autonomie personnelle. Cette association n’a ailleurs pas que des clients masculins handicapés en mal d’amour, mais des personnes présentant toutes sortes de difficultés, dont 35 % de femmes.

Un peu de tendresse, bordel

« La misère sexuelle est vécue par toutes sortes de gens, de sexe et d’âge divers, pas juste des personnes handicapées », relance le réalisateur au terme de son expérience.

D’ailleurs, ce mal de sexe n’est-il pas le symptôme d’un besoin encore plus criant : le manque de tendresse et de relations humaines ? « Sûrement, confie le réalisateur. D’ailleurs, plusieurs aimeraient finalement avoir une blonde. Je sais que ce sujet soulève des questions sensibles, mais le but n’était pas de juger ou de prendre parti pour ou contre la prostitution. J’espère avoir créé une brèche pour parler de l’isolement et de la vulnérabilité des personnes handicapées et des très grandes difficultés rencontrées pour entrer en relations. »

Rencontres particulières
Réalisateur: Mathieu Vachon, Diffusion: 11, 13 et 17 avril, à TV5

Projection d’un documentaire sur les femmes en situation de handicap le 20 mars 2017 à Montréal

Invitation à la projection du documentaire Les Vies dansent (Événement organisé par Les Filministes)

Quand? lundi 20 mars 2017

Où? 1564 Saint-Denis, Montréal (Québec) H2X 3K2

Quoi? Un film en version originale française de Fanny Pernoud et Olivier Bonnet d’une durée de 60 minutes.

Plus d’information: Page Facebook de l’événement

Pourquoi? Les Filministes souhaitent réfléchir aux impacts d’un handicap physique sur la vie et l’autodétermination des femmes.

Coût: Gratuit!

Synopsis: En 2008, Sandra 18 ans, court pour attraper le dernier RER. Elle glisse, se cogne, tombe sur les rails et perd sa jambe droite… Un an plus tard, sautillant sur sa jambe gauche, elle se demande quelle sera sa vie. Pourra-t-elle de nouveau pratiquer ses deux passions, le cheval et la danse ? La danse, elle n’y croit pas. Sandra se prépare à rejoindre d’autres jeunes amputés pour un stage de plongée spécialement organisé pour eux. Elle va y rencontrer Neeta. Neeta a 12 ans, elle est née sans jambes, elle se déplace sur les mains sans se soucier du regard des autres. Pendant ce temps, Priscille, 38 ans, victime d’un accident de métro qui ne lui a laissé qu’un bras, se prépare à avoir un enfant. Pendant 6 ans, ce film suit ces trois jeunes femmes pleines de vie et d’envies qui tirent une force incroyable de leur différence et qui sont capables de quantité d’exploits au quotidien.

Un reportage de Banc Public aborde la sexualité des personnes handicapées motrices

Dans cet épisode de Banc Public, l’animatrice Guylaine Tremblay rencontre Mélody Courtois Poulin, qui a une maladie dégénérative. Mélody et son conjoint expliquent comment ils arrivent à avoir une vie sexuelle épanouie. Également, le reportage présente une entrevue avec Alexandre Vallerand, qui explique comment il vit sa sexualité. Zoé Vourantoni, sexologue au centre de réadaptation Lucie-Bruneau, commente et fait des liens avec les situations des patient.e.s rencontré.e.s dans le cadre de sa pratique.

Voir la vidéo sur la page Web de l’émission.

XY : santé et sexualités pour la Saint-Valentin

Vidéo tirée d’un article de 2013 sur http://santenews.reseauprosante.fr, suivie de sa retranscription.

Contexte: vidéo prise dans le cadre de la troisième semaine des sexualités bordelaise. Pour cette édition, les sujets traités concernaient par exemple le handicap, le triolisme. Tout cela avec comme mot d’ordre le plaisir et la santé sexuelle. Témoignages de participants.


XY Sex 2013 : focus sur le handica[…]

Retranscription de la vidéo:

Jean-Pierre: Moi je suis parti d’une expérience, d’une rencontre que j’ai faite quand j’étais jeune, d’ailleurs j’en parle assez souvent, parce que pour moi elle m’avait marqué. C’était donc une personne qui est infirme motrice cérébrale, qui avait un handicap visiblement assez lourd en tout cas, qui est en fauteuil, qui n’a pas l’usage de ses jambes, bien qu’elle avait ses sensations. Nous étions copains ou amants on va dire, dans notre jeunesse. Moi ce qui m’a toujours marqué, c’est justement le fait que si elle n’avait pas accès à toutes les positions, toutes les choses que peuvent faire les personnes valides, habituellement en terme de sexualité, elle le disait elle-même, c’est ce que je disais toute à l’heure, elle compensait. C’est à dire que ce qu’elle faisait, elle a toujours essayé de le faire à 200%. Elle était, et a toujours été pour moi, une amante qui reste dans mes souvenirs, quoi.

Image d’un pictogramme d’une personne assise sur une personne en fauteuil roulant.

Samuel: À partir du moment où j’ai eu ma compagne qui a été attirée par moi, ça a remis tout à fait en question l’acceptation de mon propre corps, que j’ai revue du jour au lendemain. Il faut déplacer les problèmes qu’il y a, donc une meilleure acceptation du corps, des jeux sexuels, des jeux ludiques, pour justement découvrir les zones érogènes ou quoi que ce soit, et après, il y a peut-être pas pénétration, comme on disait tout à l’heure, mais il y a un plaisir non-dissimulé. Certaines personnes nous connaissant et nous ayant vus, sachant qu’on était en couple, nous ont dit «étant donné vos handicaps et votre situation ca ne durera jamais». Et on vient de fêter nos 3 ans de rencontre il y a quelques jours, on s’est fiancés, on projette de se marier, d’avoir un enfant…

Florence: Est-ce qu’une femme handicapée se pose la question d’avoir des enfants? Certainement. Pour mon cas personnel, je ne me suis pas posé véritablement de question, c’était une évidence, j’avais envie d’être mère, j’avais envie d’être en couple, et quand je me suis installée en couple, le projet d’enfant est arrivé assez rapidement.

Image d’un chandail avec un dessin de jambes ouvertes et un vagin projetant une fontaine au-dessus.

Julien: Étant donné que j’ai une petite autonomie pour marcher, ce n’est pas handicapant. Enfin, j’arrive pas à faire l’amour debout parce que j’ai pas assez de force dans mes jambes, mais à partir du moment où il y a un lit ou il y a un canapé, où y’a une position assise ou allongée, le handicap, il disparaît totalement.

Maelle: On nous considère pas comme des personnes sexuées. Généralement, quand on parle de handicap, c’est plutôt la maladie, la mort, des choses vraiment très très négatives, les gens ont peur, comme si on avait voilà quelque chose en moins, une incapacité, donc forcément, on se dit que ça ce n’est pas possible, et comme on est censé être des personnes ayant besoin d’aide, on ne peut pas apporter quelque chose à d’autres personnes, ce n’est pas possible pour eux.

Julien: J’ai encore du mal à annoncer aux gens que je suis handicapé, à leur dire «OK on se retrouve en ville, mais on va pas pouvoir aller dans tel bar, parce que je suis en fauteuil.»

Image d’un chandail ayant dessus une image ressemblant à une photographie en noir et blanc, présentant des seins dans le bas et des jambes et des fesses dans le haut.

Emeline: Et souvent dans les petits débats comme ça, souvent c’est plutôt les femmes qu’on entend, les femmes en fauteuil, pas les femmes qui sont handicapées que ça ne se voit pas, pas les hommes, pas les hommes en fauteuil, pas les hommes gais, enfin etc. Et là, c’était vraiment un échange assez complet, et je pense que les gens ont bien compris que handicap, ou noir, blanc, jaune, ou homme, femme, tout le monde est sexué, et tout le monde est vivant, simplement.

Forum des pratiques innovantes : sexe, sexualités, Handicaps

Suite à un appel à contribution, l’association CRéDAVIS a sélectionné 13 projets innovants en matière de prise en compte de la sexualité et de la parentalité dans le secteur social et médicosocial provenant de toute la France. Ces 13 projets sélectionnés ont été présentés au cours d’un forum les 26-27 avril 2016. Regardez les vidéos:

Séance inaugurale Partie 1 Jean-Luc Letellier

Séance inaugurale partie 2 – Isabelle Marc

Séance inaugurale Partie 3 – Alain Giami

CRéDAVIS est une association loi 1901 pour la reconnaissance et la réflexion sur le droit et l’accès à la vie sexuelle dans le secteur social et médico-social, la promotion de l’éducation à la sexualité pour tous et la lutte contre les violences sexuelles.

Vidéo ///ACSEXE+/// Caroline

Depuis plusieurs années, la FQPN a comme projet de traduire un ouvrage fondamental en éducation sexuelle: “The Ultimate Guide To Sex And Disabilty”, par Miriam Kaufman, Cory Silverberg et Fran Odette. Malheureusement, il nous a été impossible à date de réunir les fonds nécessaires pour mener à bien cette tâche phénoménale. Nous avons cependant mis sur pied ACSEXE+, en partenariat avec Accessibilize Montreal, un projet multimédia qui aborde les enjeux de sexualité, d’intimité et de relations amoureuses dans une société largement inaccessible et capacitiste. Cette vidéo a été réalisée au printemps 2015 dans le cadre de ACSEXE+ par Rozen Potin.

TEXTE DE LA VIDÉO

(Musique instrumentale et paroles en anglais)

(Musique et bruits de craie)

Je suis une femme trans. Je suis…je me définis comme asexuelle,  mais pas comme aromantique.Parce que j’aime les… j’aime avoir des relations spéciales. Et euh… je suis sur le spectre de l’autisme, plein de trucs d’anxiété bizarre et euh… des choses comme ça. J’ai une expérience de beaucoup de choses, des relations… peut-être aussi de la sexualité, toutes ces choses-là, qui est… particulière et je pense qu’il y a beaucoup de choses qui se combinent dans mon expérience pour faire quelque chose de spécial et c’est quelque chose que j’aimerais partager.

Parce que je sais que souvent, moi, quand je vois les expériences d’autres personnes,c’est rare qu’il y a quelque chose que je trouve qui me représente bien. Et je pense que les cas spéciaux de personnes bizarres, je pense qu’il en faut plus.

(Musique instrumentale)

Une des barrières c’est que, de manière générale, on a des attentes par rapport au comportement des gens et à comment les gens utilisent… bougent, interagissent, on a des attentes par rapport à ça et ces attentes-là sont pas nécessairement… c’est pas tout le monde qui peut…répondre à ces attentes. Et donc juste vivre, de manière générale, dans le monde, avec les gens, et essayer de faire quelque chose dans ce monde-là, c’est quelque chose qui, pour moi, brûle mon énergie parce que je dois toujours essayer de me conformer à des standards de comportement.

Pendant une grande partie de ma vie, j’essayais juste de comme…ne pas exister et de prendre aussi peu place que possible, de faire aussi peu de mouvements que possible parce que…c’était plus sécuritaire. Maintenant, j’essaie de prendre plus de place et de la prendre à ma façon. Y a un peu de… quand j’essaie d’exposer mes besoins surtout quand c’est quelque chose de très spécifique, dans un moment très particulier, souvent c’est difficile pour moi aussi parce que je vais trouver que mes propres besoins sont non légitimes, que c’est juste que je suis trop compliquée.Donc beaucoup de capacitisme intériorisé. Quand j’essaie d’expliquer à ma copine, par exemple, certains des besoins que je peux avoir, ça va interagir beaucoup avec ça, donc ça peut être difficile. Difficile pour moi, mais aussi difficile en terme d’éducation parce que quand je suis en train d’être très anxieuse parce que je trouve que je suis en train de demander des choses pas légitimes et qui sont juste compliquées et que j’essaie de faire passer mes caprices pour des besoins, ça ne me met pas dans une bonne position pour éduquer parce que j’ai l’impression d’être mauvaise moi-même. Alors…

Généralement, les moments où, dans mon expérience, l’autisme ou l’anxiété devient un enjeu visible, c’est quand je vais vraiment pas bien. Alors exposer mes besoins à l’avance, ça peut être super positif. C’est aussi super important en terme de consentement. Mais quand ça arrive, dans le moment, c’est pas quand je me sens mal que je peux donner des conseils sur comment agir avec moi quand je me sens mal.Faut que je dise: “OK, ça, ça fonctionne généralement , mais si je fais ça, « bien continue pas.”

(Musique instrumentale)

Pour moi, ce qui est important, c’est les relations. Et tout ce qui est plus sexuel dans le sens de sexe, corps, généralement, ça, ça va être, dans mon expérience, beaucoup plus lié au fait que je suis trans et à la relation au corps que j’ai qui découle de ça. Je pense que ma sexualité et mon asexualité peuvent être comprises avec mon handicap, peuvent être comprises aussi avec mon expérience trans. Mais encore une fois, je pense qu’on peut pas juste le lier à mon handicap et je pense qu’on peut pas juste le lier à…à mon expérience trans. Ce que j’aimerais que les gens comprennent sur l’asexualité, euh…c’est que d’abord…que c’est…bon, je dirais trois choses.

Un: c’est une expérience qui est tout aussi légitime que toutes les autres formes de sexualité ou que toutes les autres formes de relation, aussi, ou de désir de relation parce que moi, je veux être dans des relations, y a des personnes qui veulent pas, puis c’est super légitime. Donc ça, ça serait la première chose.

La deuxième chose, c’est que… être en couple et faire l’amour, ça ne va pas nécessairement ensemble. Je pense qu’une chose qu’on essaie de valoriser dans les discours positifs sur le sexe, c’est qu’on peut sortir de ça. C’est pas nécessairement exclusif, le mariage comme dans les années 60. On peut faire quelque chose de plus diversifié, mais on peut aussi ne pas avoir ce besoin-là dans une relation de couple.

Et je pense que la troisième chose que je dirais c’est de ne pas oublier que les…même s’il y a pas… tsé…à ma connaissance, y a pas de violence systémique contre les personnes asexuelles ça n’empêche pas que c’est un groupe qui vit des formes “d’oppression” ou en tout cas de marginalisation dans certains milieux et qui sont facilement oubliés. Qu’on a notre place disons dans les longs acronymes de LGBTQIA et que le A, c’est pas pour les alliés. Que les personnes asexuelles ont leur place dans les milieux sur la diversité sexuelle, dans la diversité en général. Parce que c’est pas vrai qu’on est si bien intégré.e.s dans plein d’endroits. À preuve, on est mal intégré.e.s dans beaucoup d’endroits qui se veulent queer disons.

Souvent, les choses qu’on dit contre les personnes asexuelles pour déligitimiser les expériences des personnes asexuelles, c’est les mêmes choses qu’on dit ou qu’on disait contre les personnes homosexuelles ou bisexuelles, contre les personnes trans, contre les personnes intersexes, donc c’est pas nécessairement la même chose, mais le même genre d’attitude et de discours et le même schéma.

Je pense qu’il faut comprendre les discours positifs sur le sexe pas comme plus de sexe, mais comme plus de diversité et plus d’ouverture quant aux expériences différentes et ça peut être…autant plus d’ouverture comme des façons moins traditionnelles d’approcher ça à pas avoir envie de faire l’amour parce que c’est pas quelque chose que je comprends Puis c’est pas quelque chose que je trouve important.

(Musique et paroles en anglais)

Vidéo ///ACSEXE+/// Hodan

Depuis plusieurs années, la FQPN a comme projet de traduire un ouvrage fondamental en éducation sexuelle: “The Ultimate Guide To Sex And Disabilty”, par Miriam Kaufman, Cory Silverberg et Fran Odette. Malheureusement, il nous a été impossible à date de réunir les fonds nécessaires pour mener à bien cette tâche phénoménale. Nous avons cependant mis sur pied ACSEXE+, en partenariat avec Accessibilize Montreal, un projet multimédia qui aborde les enjeux de sexualité, d’intimité et de relations amoureuses dans une société largement inaccessible et capacitiste. Cette vidéo a été réalisée au printemps 2015 dans le cadre de ACSEXE+ par Rozen Potin.

TEXTE DE LA VIDÉO

(Musique)

(Bruit de craie + musique)

(Musique)

Durant mon enfance je m’identifiais tout à fait comme étant une personne normale, c’est-à-dire qu’avec mes parents, avec mes frères mes sœurs, je trouvais qu’on était tout égal, tout pareil; mes parents m’avaient pas fait d’ éducation particulière à ce sujet-là. Alors je te dirais que durant mes études secondaires c’est là que j’ai vraiment fait plus d’apprentissages très personnels de façon autonome, c’est pas mes parents qui m’ont fait d’éducation particulière, ensuite j’ai fait mes études secondaires, j’ai obtenu mon diplôme, je suis déménagée à Montréal et c’est là que j’ai vu que vraiment qu’il y avait vraiment une culture et une identité particulière pour les personnes sourdes, alors vraiment on avait vécu les mêmes frustrations.Vraiment ça a été un soulagement de rencontrer d’autres personnes sourdes, puis de me sentir vraiment pareille, mais je te dirais que c’est arrivé un peu tard ça, je devais avoir 25 ou 26 ans à peu près où est-ce que vraiment j’ai découvert qu’il pouvait y avoir une identité sourde. D’abord parce qu’on avait effectivement la même identité : on était Sourds pareil, on avait eu les mêmes problèmes, les mêmes obstacles et c’est là vraiment que je me suis identifiée comme étant une femme Sourde, mais pas seulement Sourde, une femme Sourde, féministe mais par contre pas handicapée, c’est vraiment la société qui nous donne cette étiquette-là finalement de personne handicapée. Puis je pense qu’avec le temps il faudrait sensibiliser les gens vraiment, les informer, de dire que finalement être une personne Sourde c’est absolument pas un handicap mais qu’on devrait être considéré.e.s au même niveau que les personnes entendantes.

Dans ma vie de tous les jours au quotidien comme je disais avec mes ami.e.s je me sens du même niveau, je trouve que ça va très bien.C’est plus au niveau de la société  entendante, au niveau de l’accessibilité des services par exemple du gouvernement que ce soit pour le ministère de la santé ou de l’éducation vraiment il y a des obstacles et faut continuer nos luttes et nos batailles et je sais que c’est long mais c’est au même titre que les autres handicaps finalement qui ont leurs luttes et leurs batailles à faire, ça prend du temps. Y a très peu d’adaptations qui sont fait, il y a pas toujours des services d’interprétation disponibles ou accessibles,alors au Canada on accuse un grand retard effectivement puis on est en 2015! Et on n’a pas encore accès à tous les services auxquels on devrait avoir droit alors qu’aux États-Unis, ils sont très très avancés à ce niveau-là et également technologiquement parlant ils sont plus avancés que le Canada. Étant jeune j’avais jamais eu de chum,puis j’ai rencontré mon premier chum c’était un entendant, je devais avoir 23 ans je pense, alors qu’étant jeune j’avais jamais eu de chum avant. Alors je pense que j’étais un peu réticente j’étais sur la défensive, je me sentais physiquement pas prête, j’avais des ami.e.s qui elles de leur cote avaient déjà eu des expériences sexuelles, avaient eu des chums Sourds, s’étaient ramassées en couple, je leur ai posé des questions on a pu échanger, elles m’ont raconté un petit peu ce qui se passait, partagé leurs expériences, et là tu vois moi un jour j’ai rencontré mon chum qui lui était entendant puis je me rappelais tout ce que mes ami.e.s m’avaient dit de leurs expériences de couple puis je me demandais si ça allait être différent parce que moi j’étais avec un entendant. Alors je me demandait si sexuellement y allait avoir une différence ou pas. C’est drôle vraiment, mon corps, je le  sentais, des réticences comme si j’étais sur la défensive, je savais pas trop comment on allait faire ça au niveau de la sexualité, mais mon chum était super patient, il a été pendant une année super patient avec moi. Là il m’a posé la question sur “ mais Hodan comment est-ce qu’on va faire l’amour?”“ Comment est-ce que on va s’y prendre sexuellement?” – Et là c’est drôle ça m’a mis comme…un espèce de sentiment de perte de confiance en moi puis là c’est vrai il me questionnait sur “ c’est vrai mais là on peut pas se parler puis là mais t’entendra pas ma voix, ’‘et là on dirait que ça a développé encore plus de réticences puis de défenses de mon coté, puis finalement j’ai décidé d’abandonner tout ça.

Ça a pris un certain temps,puis finalement trois ans après, ça a pris trois ans, c’est ça, qu’on s’était pas vus et je suis retournée avec ce même homme-là et on a recommencé à se fréquenter, puis ça a pris je dirais 6 mois, il a été très très respectueux là, moi-même je comprenais plus ce que c’était que la sexualité en tant que personne Sourde, je savais que tout devait passer par le regard, par les yeux, par le visuel , qu’il était pas question qu’on fasse l’amour la lumière éteinte, donc si je faisais référence à avant c’est parce que je comprenais pas en fait ce que c’était, mais que là avec toute l’expérience, les connaissances, puis d’avoir finalement tenté, je voyais la grosse différence sauf que émotivement, émotionnellement, j’avais comme plus de sentiments avec lui, donc on a décidé de mettre un terme à cette relation-là. Sauf qu’avec le temps je me suis rendue compte aussi que j’avais beaucoup plus confiance en moi en tant que femme, avec ma sexualité, avec mon corps également et là mon conjoint actuel, on est ensemble depuis 5 ans, nous avons une fille, une petite fille et vraiment on est très heureux,  on a une relation normale, pareil comme les entendant auraient, sauf que la seule différence c’est que nous sommes Sourds. Ma fille c’est une CODA, ce qui veut dire que ses deux parents utilisent la langue des signes avec elle, parce que ses parents sont Sourds mais tu vois ça se passe très très bien au niveau de la communication. Je suis très heureuse en couple, je suis très heureuse avec ma fille.

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Alors franchement moi je vais te dire que je préfère évidement être en relation avec un Sourd parce qu’au niveau de la compréhension, de l’identité on est pareils, à la base on est pareils. Alors que si moi, Sourde, j’étais avec un entendant, c’est sûr qu’il pourrait peut-être comprendre certains faits sur la surdité, mais pas de A à Z,  probablement juste en partie, puis il manquera toujours des choses sur la surdité qu’il pourra pas comprendre. Alors que si je suis avec un Sourd, ça coule, c’est fluide la communication. Même sexuellement ça se passe super bien. Bon je veux pas généraliser évidemment, c’est pas partout pareil, mais je te dirais que nous à la base comme on est pareils, on a le même vécu, ça se passe super bien alors que un entendant aurait de la difficulté à comprendre les frustrations qu’on a vécu en grandissant par rapport au manque d’accessibilité et tout. Ce qui fait que pour moi, en tant que Sourde, je préfère être avec un Sourd.

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