HandyLover, la sexualité décomplexée

Article publié le 7 septembre 2017 sur le site Internet 7 à Poitiers.

Innovation technique pour les personnes handicapées, le HandyLover ?« made in Poitiers » a pour but de leur faciliter l’accès à une sexualité sans complexe. Mais pour le vendre, son concepteur va devoir lever un vrai tabou.

Le HandyLover est prêt. Bardé d’accessoires, ce siège coulis- sant modulable est né dans la Vienne. Le « 7 » évoquait déjà la mise au point d’un prototype en 2015 (n°269)… Sa vocation consiste à apporter une aide technique aux personnes handicapées physiques désireuses de maintenir une activité sexuelle. « Cet appareil répond à toutes les orientations et pratiques des utilisateurs, sans discrimination : hétérosexuelles, homosexuelles, bisexuelles, précise son concepteur Rodolphe Brichet. Il est aussi bien destiné aux personnes seules à mobilité réduite qu’aux personnes valides, ce qui permet son utilisation en couple « mixte ». »

Dans l’esprit de cet ingénieur spécialisé en ergométrie, l’idée a germé en 2014. Sans hésiter, il a créé une entreprise baptisée Mobility Desire et hébergée au sein de la pépinière de la Technopole du Futuroscope. Son objectif consiste à développer un produit fiable, en s’appuyant sur des compétences accumulées auprès des chercheurs en mécanique du geste sportif de l’université de Poitiers. Mais c’est en 2016 que les événements se sont accélérés. Le HandyLover a reçu le prix international de l’innovation de l’Unesco pour « la santé sexuelle et les droits humains ». Rien que cela ! Spécialisé dans ce domaine depuis plus de vingt ans, l’hôpital Henry-Gabrielle de Lyon lui a apporté sa caution médicale. Le concept séduit. En juin dernier, le projet a même été primé lors d’un concours national organisé par l’Ocirp (une référence en matière de prévoyance santé), dont le jury était présidé par le généticien Axel Khan.

« Oser l’acheter« 
Tout semble sourire à Rodolphe Brichet, qui est pourtant confronté à un sérieux obstacle. En France, la sexualité comme le handicap sont des sujets tabous. Autant dire que cet objet n’est pas facile à com- mercialiser. « Indépendamment de la reconnaissance et de l’intérêt portés par le corps médical, il faut que le HandyLover soit connu et expliqué aux utilisateurs », reconnaît le chef d’entreprise. Autrement dit, les personnes en situation de handicap vont devoir  « oser acheter » cet équipement. Première note d’optimisme, le réseau Harmonie Médical Service vient d’ajouter le HandyLover à son catalogue et sur Amazon. De quoi booster les ventes. Par ailleurs, Rodolphe Brichet offre quinze jours d’essai et une promotion à tous ceux qui s’engagent à laisser un com- mentaire sur leur expérience. « J’ai besoin de témoignages d’utilisateurs pour convaincre les plus réticents », explique l’intéressé.

Tous ces éléments mis bout à bout confortent l’enthousiasme du fondateur de Mobility Desire, qui admet « ne pas encore se rémunérer ». Seize configurations différentes ont déjà été dessinées. Reste à trouver la trésorerie pour les développer et montrer à nouveau que les Français de- meurent les experts de l’amour sous toutes ses formes.

Josée veut échanger sur ACSEXE+ avec vous!

Notre chargée de projet, Josée, vous adresse aujourd’hui son premier « post » de blogue original:

Ça fera bientôt un mois que j’ai la chance d’être chargée de projet pour ACSEXE. Un mois à me familiariser sur ce qui a été fait, un mois à lire, discuter, penser…sans réussir à complètement me faire une tête sur quoi faire pour qu’ACSEXE rayonne encore plus et soit encore plus intéressants pour ceux/celles se sentant concerné.e.s par le projet.

Le projet ACSEXE vient me toucher personnellement. Je repense à la petite Josée adolescente, qui voyait ses amies avoir leurs premières expériences sexuelles, et qui se demandait si elle serait capable d’avoir du sexe « normal » avec ses jambes et son corps raide. Je repense à la Josée début vingtaine qui « datait » via des sites de rencontres, avec un handicap invisible sur les photos, et qui prenait des heures à réfléchir sur quand et comment et pourquoi nommer sa différence avant le premier rendez-vous. Je repense à la Josée mi-vingtaine (et ça, ça ne fait pas tellement longtemps), qui après une vie sexuelle avec le même partenaire pendant des années, se demandait comment communiquer ses différences et capacités avec des partenaires plus éphémères. Et encore plus récemment, la grande Josée, qui se demandait la semaine passée où on les trouve, ces partenaires ouverts à une belle histoire d’amour avec une personne « différente »?

J’ai le goût d’aborder tout ça avec vous. Mais ça, c’est ma réalité. Et la vôtre est différente. Vous avez certainement des questions, des solutions, des choses à dire, des idées pour le projet…

ACSEXE, ce n’est pas seulement moi, c’est nous.

Vous souhaitez embarquer dans le projet et me faire part de vos idées, échanger, collaborer sur ce blogue… J’ai envie de vous entendre! Écrivez-moi au jrochon@fqpn.qc.ca.

Josée

Un reportage de Banc Public aborde la sexualité des personnes handicapées motrices

Dans cet épisode de Banc Public, l’animatrice Guylaine Tremblay rencontre Mélody Courtois Poulin, qui a une maladie dégénérative. Mélody et son conjoint expliquent comment ils arrivent à avoir une vie sexuelle épanouie. Également, le reportage présente une entrevue avec Alexandre Vallerand, qui explique comment il vit sa sexualité. Zoé Vourantoni, sexologue au centre de réadaptation Lucie-Bruneau, commente et fait des liens avec les situations des patient.e.s rencontré.e.s dans le cadre de sa pratique.

Voir la vidéo sur la page Web de l’émission.

XY : santé et sexualités pour la Saint-Valentin

Vidéo tirée d’un article de 2013 sur http://santenews.reseauprosante.fr, suivie de sa retranscription.

Contexte: vidéo prise dans le cadre de la troisième semaine des sexualités bordelaise. Pour cette édition, les sujets traités concernaient par exemple le handicap, le triolisme. Tout cela avec comme mot d’ordre le plaisir et la santé sexuelle. Témoignages de participants.


XY Sex 2013 : focus sur le handica[…]

Retranscription de la vidéo:

Jean-Pierre: Moi je suis parti d’une expérience, d’une rencontre que j’ai faite quand j’étais jeune, d’ailleurs j’en parle assez souvent, parce que pour moi elle m’avait marqué. C’était donc une personne qui est infirme motrice cérébrale, qui avait un handicap visiblement assez lourd en tout cas, qui est en fauteuil, qui n’a pas l’usage de ses jambes, bien qu’elle avait ses sensations. Nous étions copains ou amants on va dire, dans notre jeunesse. Moi ce qui m’a toujours marqué, c’est justement le fait que si elle n’avait pas accès à toutes les positions, toutes les choses que peuvent faire les personnes valides, habituellement en terme de sexualité, elle le disait elle-même, c’est ce que je disais toute à l’heure, elle compensait. C’est à dire que ce qu’elle faisait, elle a toujours essayé de le faire à 200%. Elle était, et a toujours été pour moi, une amante qui reste dans mes souvenirs, quoi.

Image d’un pictogramme d’une personne assise sur une personne en fauteuil roulant.

Samuel: À partir du moment où j’ai eu ma compagne qui a été attirée par moi, ça a remis tout à fait en question l’acceptation de mon propre corps, que j’ai revue du jour au lendemain. Il faut déplacer les problèmes qu’il y a, donc une meilleure acceptation du corps, des jeux sexuels, des jeux ludiques, pour justement découvrir les zones érogènes ou quoi que ce soit, et après, il y a peut-être pas pénétration, comme on disait tout à l’heure, mais il y a un plaisir non-dissimulé. Certaines personnes nous connaissant et nous ayant vus, sachant qu’on était en couple, nous ont dit «étant donné vos handicaps et votre situation ca ne durera jamais». Et on vient de fêter nos 3 ans de rencontre il y a quelques jours, on s’est fiancés, on projette de se marier, d’avoir un enfant…

Florence: Est-ce qu’une femme handicapée se pose la question d’avoir des enfants? Certainement. Pour mon cas personnel, je ne me suis pas posé véritablement de question, c’était une évidence, j’avais envie d’être mère, j’avais envie d’être en couple, et quand je me suis installée en couple, le projet d’enfant est arrivé assez rapidement.

Image d’un chandail avec un dessin de jambes ouvertes et un vagin projetant une fontaine au-dessus.

Julien: Étant donné que j’ai une petite autonomie pour marcher, ce n’est pas handicapant. Enfin, j’arrive pas à faire l’amour debout parce que j’ai pas assez de force dans mes jambes, mais à partir du moment où il y a un lit ou il y a un canapé, où y’a une position assise ou allongée, le handicap, il disparaît totalement.

Maelle: On nous considère pas comme des personnes sexuées. Généralement, quand on parle de handicap, c’est plutôt la maladie, la mort, des choses vraiment très très négatives, les gens ont peur, comme si on avait voilà quelque chose en moins, une incapacité, donc forcément, on se dit que ça ce n’est pas possible, et comme on est censé être des personnes ayant besoin d’aide, on ne peut pas apporter quelque chose à d’autres personnes, ce n’est pas possible pour eux.

Julien: J’ai encore du mal à annoncer aux gens que je suis handicapé, à leur dire «OK on se retrouve en ville, mais on va pas pouvoir aller dans tel bar, parce que je suis en fauteuil.»

Image d’un chandail ayant dessus une image ressemblant à une photographie en noir et blanc, présentant des seins dans le bas et des jambes et des fesses dans le haut.

Emeline: Et souvent dans les petits débats comme ça, souvent c’est plutôt les femmes qu’on entend, les femmes en fauteuil, pas les femmes qui sont handicapées que ça ne se voit pas, pas les hommes, pas les hommes en fauteuil, pas les hommes gais, enfin etc. Et là, c’était vraiment un échange assez complet, et je pense que les gens ont bien compris que handicap, ou noir, blanc, jaune, ou homme, femme, tout le monde est sexué, et tout le monde est vivant, simplement.

Positions sexuelles confortables

Avouons-le, parler de sexe n’est pas toujours confortable.

Dans le feu de l’action, on peut avoir quelque chose à dire mais parfois les mots nous manquent ou on n’a plus envie d’en parler.  On pense parfois que la chambre à coucher est le seul endroit où l’on devrait parler de sexe.

Pourtant…

Que ce soit à la télévision, dans les revues, dans la musique, dans la pornographie et autres médias, nous sommes entouré.e.s de représentations et de discours sur les corps et la sexualité. Pourtant, il existe tellement de tabous autour de nos expériences réelles de la sexualité, qui se trouvent bien souvent à des années lumières de ces représentations médiatiques. Pas étonnant qu’on ait de la difficulté à s’y retrouver!
Au lieu d’avoir comme référence les idées préconçues qui prévalent dans nos sociétés, parler de sexe nous aide à définir ce qu’on veut, ce qu’on ne veut pas et ce dont on n’est pas certain.e. Quelques exemples de ces idées préconçues: les personnes en situation de handicap n’ont pas de sexualité; le sexe existe seulement entre un homme et une femme; il est synonyme de pénétration, sans plus; chacun.e sait comment faire; l’orgasme est mutuel et hop! le tour est joué…

Pour déjouer ces idées fausses, on devrait pouvoir parler de sexe partout, tout le temps!

Plusieurs d’entre nous utilisent une assistance technologique pour communiquer. D’autres ont des douleurs intermittentes, vivent avec des effets secondaires dus aux médicaments ou ont des sautes d’humeur. Dans ces cas là, comme dans d’autres, communiquer ses besoins ou ses désirs avant de passer aux actes peut s’avérer préférable.
Communiquer nos besoins et entendre ceux de notre/nos partenaire.s peut permettre de réduire le stress et de sensibiliser chacun.e aux besoins de l’autre. Un petit “en général je ne suis pas très bavard.e après avoir eu des relations sexuelles/sensuelles parce que je me sens submergé.e” peut contribuer à rassurer le/la/les partenaire(s) dans un moment de vulnérabilité. De même, discuter au préalable des positions sexuelles qui sont confortables et agréables pour nous avant de les réaliser peut contribuer à rendre l’expérience sexuelle plus agréable.

Essayons d’aborder les sujets liés à la sexualité, au sécurisexe, à la routine des besoins naturels, aux désirs, aux fantasmes et aux peurs dans des moments autres que nos « moments sexy”, au lit. » (page 142, Ultimate guide to sex and disability)

La communication peut prendre une diversité de formes: l’écriture, le dessin, la parole, le langage corporel. Elle peut se faire via une assistance technologique ou de n’importe quel autre moyen qu’on trouve adéquat. Ça ne nous passe pas toujours par la tête de communiquer nos désirs ou de nous enquérir des désirs de notre/nos partenaire(s) avant de passer au lit.

Le moment le plus propice à la discussion n’est peut-être pas lorsqu’on est en train de se déshabiller et que les hormones se bousculent. Et on est certainement moins patient.e et pondéré.e à ce moment là qu’à la normale

Tout le monde sait qu’il ne faut pas faire son épicerie lorsqu’on a faim! Parce qu’on finit toujours par acheter ce qu’on ne veut pas, ce qui est trop cher ou ce qui nous satisfait sur le moment mais nous fait sentir mal après coup. C‘est pareil pour le sexe. Si on attend d’être excité.e.s pour communiquer nos désirs et nos besoins, il peut arriver qu’on ne se respecte pas ou qu’on fasse des choses qu’on aurait préféré éviter.
Peut-on s’imaginer en train de discuter de nos positions sexuelles préférées autour d’un café? Ou parler de nos fantasmes en étant blotti.e. l’un.e contre l’autre sur un divan?

Peu importe les sujets qu’on souhaite aborder: sécurisexe, désirs personnels, besoins intimes ou horaires de soins personnels, il vaut mieux en parler lorsqu’on se sent calme et à l’aise, dans des moments d’intimité, alors qu’on ne se sent pas vulnérable.
Pour alimenter la discussion… pensons à notre crème glacée préférée…
Imaginons que ce soit cerise et chocolat. Un.e ami.e nous invite à manger une crème glacée, mais on est trop timide pour lui dire qu’on aime la cerise et le chocolat. Pensant nous faire plaisir, il ou elle nous apporte une double boule à la vanille. La vanille, c’est bon mais… c’est pas vraiment ce qu’on aime!Si la personne avec laquelle on veut être intime sait ce qui nous fait plaisir (c’est à dire : elle connaît notre saveur préférée de crème glacée) et vice versa, lorsqu’on se déshabille ensemble… les choses ne peuvent qu’être meilleures!

Quelques astuces pour entamer un dialogue sur la sexualité avec un/une/des partenaire(s)

  1. Pour commencer, penser aux points qu’on souhaite aborder absolument. On peut s’imaginer en train d’avoir la discussion, à notre façon. On peut prendre des notes, ou se pratiquer en privé. Peu importe la stratégie pour organiser nos pensée, il faut se dire que la discussion se passera bien et sera agréable.
  2. Pour briser la glace, il n’y a qu’à parler d’ ACSEXE+! Exemple d’amorce :  « j’ai lu sur un blog que…et par ailleurs…”
  3. Au cours de la discussion, il est possible d’exprimer les émotions ressenties. C’est plutôt charmant et ça offre l’opportunité à l’autre de faire pareil et de connecter émotionnellement; “Je me sens nerveu.x.se parce que je t’apprécie vraiment” ou “c’est la première fois que j’ai ce genre de discussion avec quelqu’un.e”. Ces petites phrases peuvent détendre l’atmosphère et enlever de la pression. L’autre personne ressent probablement la même chose!

Pas de pression

Il n’y a pas de recette miracle qui fonctionne pour tout le monde. On peut imaginer le déroulement de la scène, le meilleur moment, l’endroit le plus adapté… mais rien n’est jamais parfait. Pourquoi ne pas se pratiquer avec des ami.e.s, ou notre chat? Plus on pratique, plus c’est facile. Et si ça ne se déroule pas si bien la première, fois, ça sera mieux la deuxième! On apprend au fur et à mesure.

C’est comme le couple présenté sur la vidéo ci-après

 

Un des deux est paraplégique. Ils essaient ensemble différentes positions tout en restant habillé.e.s afin de trouver la meilleure et celle qui sera le plus agréable une fois dénudé.e.s. (Ces positions peuvent aussi bien être pratiquées avec un gode ceinture). C’est amusant, agréable et cela contribue fort probablement à la complicité des partenaires. Un travail d’équipe, un but commun!

La vidéo est en anglais, mais une image vaut mille mots.

Malheureusement, il n’y a pas de sous-titres pour les personnes sourdes. Ça serait  génial d’avoir accès à ce genre de vidéos en français. Si vous en connaissez, n’hésitez pas à les partager!
Cette vidéo nous montre deux personnes à la recherche du plaisir mutuel. Il et elle font des tests, ils sont habillés et dans un environnement sans stress afin de trouver ce qui fonctionne pour eux. Dans cette situation, tomber, prendre le temps de trouver le bon ajustement, en rire, ou dire quelque chose de bizarre a beaucoup moins d’implication émotive que dans le feu de l’action!
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