Je ne suis pas extraordinaire!

Texte paru dans La Presse le 14 Juin 2015– Écrit par Maxime D Pomerleau, artiste et journaliste.

« C’est dommage ! T’es belle, t’es brillante, t’as du talent. J’espère que tu vas trouver quelqu’un qui va réussir à t’aimer. »

Ces paroles ont été prononcées par la professeure d’université pour qui je travaillais à titre d’assistante de cours durant ma dernière session de baccalauréat, il y a quelques années.

Pour vrai. On m’a dit ça le plus sérieusement du monde. On était sans doute préoccupé de l’état de ma vie personnelle. Visiblement, ma vie sociale remplie et mon implication culturelle n’arrivaient pas à éclipser, pour ma collègue, le fauteuil roulant qui m’aidait à me mouvoir au quotidien.

Cette remarque empreinte de bons sentiments traduit une idée encore répandue dans la population selon laquelle une personne handicapée est victime de sa condition et vit dans un état de drame perpétuel. On reconnaît les obstacles quotidiens auxquels elle se heurte, en attribuant toutefois les limites à son corps, davantage qu’à son environnement. De l’autre côté du spectre, il y a aussi les gens qui attribuent aux personnes handicapées une force de caractère supplémentaire et un courage à toute épreuve. L’expression « transcender le handicap » est un bon exemple de cette perception, car elle sous-tend qu’avant le moment-clé de dépassement, l’handicap était supérieur à la personne.

Lors d’événements comme la Semaine québécoise des personnes handicapées, on s’attend d’elles qu’elles nous inspirent et nous fassent relativiser nos petits bobos. Mais on chiale sur leur dos les 51 autres semaines lorsqu’elles revendiquent des choses aussi de base qu’avoir accès au réseau complet de transports en commun. Pourtant, leur situation ne change pas, de semaine en semaine. Elle est toujours aussi précaire ; limitée dans les ressources, assujettie aux compressions. Autant dire que pour les personnes handicapées, cette Semaine dure toute l’année.

C’est un échec collectif qu’un groupe minoritaire se sente constamment dans l’adversité dans une société comme la nôtre, malgré l’ouverture marquée de la population. Mais l’inclusion sociale des personnes handicapées n’est pas tributaire de la gentillesse et de la bonne volonté des gens. Elle dépend des choix de société de nos institutions politiques. L’handicap n’est pas une question d’attitude, c’est une construction sociale.

Dans ce contexte, le traitement médiatique des personnes handicapées contribue à renforcer les stéréotypes selon lesquels elles devraient être admirées pour leur accomplissement journalier (étudier, travailler, manger au restaurant…) ou selon lesquels elles sont capricieuses lorsqu’elles exigent des « privilèges » soi-disant au détriment du bien-être de la majorité (mot magique : terrasses).

Par manque de rigueur ou raccourci intellectuel, on banalise les obstacles que rencontrent les personnes en situation de handicap pour se concentrer sur la manière dont elles les surmontent.

La personne handicapée devient un exemple de résilience ou un rabat-joie jamais satisfait, selon l’humeur du jour, selon le média.

Ce jour-là, la professeure me complimentait maladroitement en disant tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. L’anecdote est révélatrice du regard que nous portons sur les personnes handicapées. Tant que nous nous apitoierons sur leur sort ou que nous les verrons comme des êtres exceptionnels simplement parce qu’elles arrivent à vivre comme le reste de la population, c’est qu’il y aura encore des barrières architecturales, communicationnelles, économiques et sociales à briser.

Le tiers de la population québécoise vit avec une limitation fonctionnelle, dont 765 000 personnes handicapées. Du 1er au 7 juin, lors de la Semaine québécoise des personnes handicapées, on a préféré souligner leur persévérance et leur positivité plutôt que de s’attaquer aux enjeux qui rendent leur condition difficile. On devrait peut-être s’interroger sur ces limites imposées qui nécessitent un dépassement de soi. Car prendre le bus ne devrait pas faire de moi quelqu’un d’extraordinaire.

Je suis comme vous. Et vous n’êtes pas extraordinaires.

Sexy-able: image corporelle

Ce post est une transcription de l’émission radio “Ça vaut le détour” du 09 mai 2016 sur Canal M. Animatrice : Maxime D.-Pomerleau, en entrevue avec Marianne Rodrigue de Vie autonome- Montréal. Transcription par la FQPN.

Image tirée du projet « Undressing disability » mentionné à la fin de l’article

Maxime D Pomerleau: On entame le dernier tour de table aujourd’hui avec la chronique Sexy-able de Marianne Rodrigue qui représente Vie autonome- Montréal. En fait tu étais stagiaire en sexologie chez Vie autonome-Montréal,  tu as terminé ton stage et tu es maintenant en attenter de diplôme.

Marianne Rodrigue : Exactement, j’ai terminé il y a presque deux semaines maintenant et je suis très excitée.

Maxime D Pomerleau: Très excitée pour la suite vraiment, c’est super intéressant merci d’être encore avec nous aujourd’hui, c’est très généreux de ta part. Aujourd’hui on va parler de différents éléments de l’image corporelle positive.

Marianne Rodrigue : Oui aujourd’hui je voulais parler d’une image corporelle positive mais aussi de positivité sexuelle, c’est un fil conducteur dans tout le travail que j’ai fait à Vie autonome mais aussi dans les chroniques. L’image corporelle on en entend souvent parler par Équilibre, qui travaille beaucoup sur ça, il y a aussi la Charte pour une image corporelle saine et diversifiée. Bien entendu l’image corporelle affecte plusieurs parties de notre vie mais ça affecte aussi notre sexualité, c’est quelque chose qui revenait dans nos ateliers. Pour les personnes en situation de handicap, dépendamment du type de situation, l’image corporelle peut être un peu problématique parce qu’on sait que les tops modèles ne représentent pas quelque chose de réaliste.

Maxime D Pomerleau: Ben représentent 1 % ou zéro point quelques % de la population mondiale…

Marianne Rodrigue : Exactement donc quand on est en situation de handicap, qu’on soit en fauteuil ou qu’on ait des béquilles ou peu importe on est encore moins près de cet idéal présenté par les médias mais cela ne veut pas dire qu’on ne peut pas avoir une image corporelle positive puis ça affecte plusieurs parties de notre vie.

Maxime D Pomerleau: Justement quels sont les éléments qu’on peut retrouver dans une image corporelle positive?

Marianne Rodrigue : L’image corporelle c’est la perception qu’on a de son corps mais c’est aussi la perception qu’on croit que les gens ont de notre corps. Donc c’est pas quelque chose qui est seulement nous avec nous même donc c’est vraiment quand tu marches dans la rue tu te dis que c’est sûr qu’il/elle remarque mon bouton dans ma face alors que peut être que non mais c’est la perception qu’on a de soi et qu’on croit que les autres ont de nous. C’est important aussi de savoir que l’image corporelle est toujours en mouvance donc ça évolue dans une vie. On peut avoir une circonstance qui affecte négativement notre image corporelle, ça veut pas dire que ça va toujours être comme ça, on peut travailler là dessus, on peut mettre des choses en place pour améliorer notre image corporelle mais c’est pas forcement fait en criant « chapeau! »

Maxime D Pomerleau: Non c’est pas nécessairement facile c’est une construction identitaire à un certain point et c’est un travail étalé sur toute la vie. Quels sont les aspects sur lesquels on peut travailler pour augmenter notre estime de nous? C’est très lié à l’image corporelle, qu’est ce qu’on peut travailler pour en avoir une qui va nous satisfaire, qui va être positive, qui va être meilleure?

Marianne Rodrigue : Chez les gens qui ont une image corporelle positive on retrouve plusieurs éléments en commun comme de reconnaitre qu’un corps en santé peut prendre diverses formes, de se rendre compte que la taille, le poids ça a pas forcément une incidence sur le bonheur ou la santé, de se rendre compte que chaque personne est unique, qu’elle a des talents, des capacités, des limitations différentes. De se rendre compte aussi que les images médiatiques sont très peu réalistes et que c’est souvent fait de façon à promouvoir la vente de produits. Et un conseil que je donne aussi c’est que souvent on est beaucoup plus dur.e envers soi-même qu’envers les autres donc essayer de porter le regard qu’on a avec les gens qui nous entourent qui est souvent un regard de compassion, d’amour et essayer de se regarder avec ce même point de vue là.

Maxime D Pomerleau: Quels sont les effets d’une image corporelle positive sur la sexualité?

Marianne Rodrigue : Dans certaines études on voit une augmentation de la satisfaction conjugale. Quand on est bien dans notre peau c’est sûr que c’est plus facile d’être bien avec quelqu’un.e d’autre aussi, c’est plus facile d’initier et de maintenir une relation pour les gens qui ont une image corporelle positive, ça renforce les habilités de communication et par le fait même la communication de ses besoins sexuels, on en a parlé la fois dernière. La communication c’est très important. Quand on se sent bien dans notre peau on a beaucoup plus de facilité à parler de nos besoins et donc à avoir une meilleure vie sexuelle et conjugale. Ça aide aussi à avoir confiance en ses choix, en ses habilités et en ses limites ce qui est très important quand on a une situation de handicap qui peut nous rendre par exemple plus fatigué.e, de reconnaitre que la fatigue peut être une façon d’explorer différentes pratiques sexuelles, de reconnaitre en fait par exemple que des limitations motrices ça pousse à être un peu plus créatif, ça peut ouvrir les portes à  plusieurs pratiques qui sont pas nécessairement celles que l’on voit dans un scénario sexuel classique.

Maxime D Pomerleau: Quels sont les autres impacts sur la sexualité, ça nous emmène à définir la notion de positivité sexuelle.

Marianne Rodrigue : Oui exactement c’est pas facile à prononcer c’est la traduction de sex positive en anglais, c’est un concept qui émerge dans les dernières années, c’est une façon de voir la sexualité comme quelque chose de positif, on essaye de pas hiérarchiser les pratiques ou les orientations, l’important c’est que les personnes soient consentant.e.s, libres et éprouvent du plaisir dans le cadre de leurs pratiques.

Maxime D Pomerleau: Ce qui est une sexualité saine et normale.
Marianne Rodrigue : Exactement, donc c’est de respecter les pratiques sexuelles des autres, respecter le consentement de son/sa partenaire, le sien aussi d’ailleurs. C’est de respecter le choix de tous les individus quant à leur sexualité, ce qui peut être intéressant pour les préposé.e.s d’ailleurs de respecter que les gens avec qui ils et elles travaillent ont le droit de faire des choix sur leur propre corps. C’est de célébrer des choses comme la masturbation, le célibat, la monogamie, c’est ne pas accepter qu’il y aie juste un moule avec lequel concorder mais bien focuser sur le fait que les gens sont bien, ont du plaisir, c’est ce qu’on veut.

Maxime D Pomerleau: C’est ce qu’on recherche effectivement et ce aussi à quoi ont servi les ateliers offerts chez Vie autonome. Qu’est ce qui en est ressorti de ces ateliers-là par rapport à toute cette vision de l’image corporelle, de la confiance en soi, de comment nommer ses désirs, ses besoins, ses limites, qu’est ce qu’on y trouve parce que tout ça est très lié ensemble?

Marianne Rodrigue : Absolument donc dans l’atelier sur cette chronique-ci on a eu tellement de beaux échanges, il y a une participante qui est en fauteuil puis elle elle dit « moi je suis une lionne, je sais que j’ai pas l’air de fitter dans les standards, mais moi je suis belle! » puis tous les autres participant.e.s la regardaient puis ils et elles sont allés la voir après pour demander « Comment tu fais pour te sentir comme ça? Tu dégages quelque chose » Ça a mis en perspective le fait que ta perception de toi même c’est toi qui la créé puis c’est ce que tu dégages que les autres décodent aussi donc si toi tu as confiance en toi tu le mets de l’avant, les autres le voient le sentent et l’apprécient.

Maxime D Pomerleau: Qu’est ce qu’on peut dire aux personnes en situation de handicap par rapport à cette idée, ce sont de belles paroles de beaux concepts d’avoir confiance en soi et ce qu’on dégage et que les autres perçoivent et donc on se fait souvent peut être des idées beaucoup plus négatives soi même tout.e. seul.e devant son miroir malheureusement  par rapport à comment les autres nous perçoivent. C’est quoi qu’on peut dire, c’est quoi les conseils pour les personnes en situation de handicap pour justement prendre confiance en eux/elles et entrer dans cette idée de positivité sexuelle?

Marianne Rodrigue : Comme tu disais plus tôt c’est vraiment un travail d’une vie l’image de soi qui se construit. J’invite les gens à regarder, faire des listes des choses qu’ils et elles aiment chez eux par exemple « moi j’aime vraiment mes cheveux », de focuser sur …on peut faire un exercice une fois par jour, focuser sur trois choses qu’on apprécie chez soi, c’est pas nécessairement physique ça peut être « je suis vraiment à l’écoute des gens », « j’aime mes coudes », il y a des gens qui ont de très beaux coudes! focuser là dessus, puis essayer de trouver de nouvelles choses, pas toujours prendre les mêmes, et petit à petit en ayant de la compassion pour soi-même ça se développe et on commence à trouver qu’on a vraiment plein de choses à offrir mais premièrement à soi même c’est ça l’important.

Maxime D Pomerleau: En terminant Marianne quelques liens peutêtre pour avoir des exemples ou des témoignages de quelques personnes qui sont dans cet esprit de sex-positive?

Marianne Rodrigue : Oui il y a un site d’un organisme en Angleterre qui s’appelle Enhance the UK. Ils ont parti la campagne Undressing disability qui a fait le tour de la planète. Quand on cherche « handicap et sexualité » c’est souvent ces images là qui ressortent dans les moteurs de recherche et donc plusieurs personnes ont pris des photos en lingerie dans des contextes érotiques, sexuels, toutes des personnes en situation de handicap très variées. Ils ont sorti un livre, un ebook et vous pouvez trouver sur You Tube des vidéos, des témoignages donc c’est très intéressant de voir des corps que l’on n’est pas habitués de voir érotisés mais vraiment de la part des sujets donc c’est vraiment eux/elles qui mettent en valeur ce qu’ils et elles trouvent beau chez eux/elles ça peut peut être être une petite étincelle pour se donner des idées.

Maxime D Pomerleau: Merci beaucoup Marianne Rodrigue, ancienne stagiaire en sexologie chez Vie autonome -Montréal, bientôt diplômée, on te souhaite le meilleur pour la suite et au plaisir de te recevoir de nouveau à Canal M!

Sexy-able: relations saines et égalitaires

Ce post est une transcription de l’émission radio “Ça vaut le détour” du 11avril 2016 sur Canal M. Animatrice : Maxime D.-Pomerleau, en entrevue avec Marianne Rodrigue de Vie autonome- Montréal. Transcription par la FQPN.

Maxime D Pomerleau: C’est la chronique mensuelle sexy-able, santé et sexualité avec Marianne Rodrigue, stagiaire en sexologie chez Vie autonome- Montréal. Aujourd’hui, on parle des liens entre relations saines et égalitaires et sexualité. Bonjour Marianne.

Marianne Rodrigue : Bonjour

Maxime D Pomerleau: Et bienvenue dans nos studios!

Marianne: Merci.

Maxime D Pomerleau: Donc c’était pour faire suite aux précédentes chroniques qu’on a eues. Après avoir rencontré le ou la partenaire, après avoir séduit le ou la partenaire, on va maintenant parler de relations saines et égalitaires.

Marianne: Exactement. Plusieurs statistiques sur la situation de handicap montrent qu’il y a plus de victimisation sexuelle et de violence conjugale et pour plusieurs raisons et c’est pour ça que je voulais focuser, pas vraiment sur le négatif mais plus sur ce qu’on peut faire pour avoir des relations saines, que ce soit égalitaire et sécuritaire.

Maxime D Pomerleau: C’est quelque chose qui est quand même connu qu’il y a plus des femmes et d’hommes aussi qui peuvent être victimes d’abus parce qu’ils sont en situation de handicap. Ils sont souvent en situation plus vulnérable par rapport à une autre personne, parfois même ils sont en situation de dépendance aussi par rapport aux autres personnes. Qu’est-ce qu’on peut faire, qu’est-ce qu’on peut mettre en place quand on crée une relation avec quelqu’un pour essayer d’éviter ces situations-là d’abus?

Marianne: Et bien il y a certains signes à regarder en fait, quand on établit une relation avec quelqu’un.e. Il y a certaines choses comme la compatibilité, s’assurer que nos besoins et les besoins de l’autre personne, nos désirs, nos envies, nos intérêts sont semblables.

S’assurer d’avoir une communication saine aussi, il faut se sentir confortable de parler de ce dont on veut parler avec notre partenaire et de ressentir aussi que notre partenaire est confortable à communiquer avec nous. Il faut être honnête et responsable dans le sens où la responsabilité c’est d’assumer ses sentiments puis ses comportements. Souvent on va avoir peur de dire certaines choses à notre partenaire parce qu’on a peur de ses réactions. Mais être responsable, c’est vraiment s’assurer que le ou la partenaire, l’autre on lui donne toutes les informations pour bien répondre à nos besoins et la première étape, c’est de communiquer ces besoins-là.

S’assurer qu’il y a un partage des pouvoirs égalitaires, le pouvoir change dans les relations dépendamment des sujets mais de vraiment s’assurer qu’on se sent en sécurité, qu’on se sent respecté.e, écouté.e. Quand il y a des désagréments il faut qu’il y ait de la place à la négociation aussi dans un couple. C’est un mot qu’on n’associe pas forcement avec les relations saines, la négociation, on a souvent l’idée que tout doit être parfait dès le début mais une relation saine c’est du travail. Mais le jeu en vaut quand même la chandelle!

Maxime D Pomerleau: Justement cet aspect de négociation et de partage des pouvoirs c’est aussi dans l’idée de faire des compromis et c’est dans tous les types de relation.

Marianne: Exactement

Maxime D Pomerleau: Est-ce que vous avez un exemple justement sur ce côté de partage du pouvoir ou en tout cas de la balance du pouvoir, s’assurer que ce soit équilibré dans une relation?

Marianne: Oui en fait c’est de s’assurer que ce ne soient pas toujours les mêmes personnes qui prennent les décisions, on peut dire “regarde, cette fois-ci ça me tient vraiment à cœur” par exemple quand on décide où on s’en va en vacances, “mais la prochaine fois ça va être toi”. De laisser vraiment la place à l’autre et de pas toujours prendre les décisions parce que ça enlève du pouvoir à l’autre personne, ça fait qu’elle se sent moins estimée, se sent moins importante et elle va avoir tendance à ne pas prendre autant de place qu’elle le devrait dans la relation.

Maxime D Pomerleau: Une autre caractéristique de la sexualité dans un contexte de relation saine, une fois qu’on a mis en place ces bons moyens de communication, et de communication claire, car ça arrive qu’on ait des difficultés d’élocution ou qu’on communique avec la langue des signes. Il faut trouver le meilleur moyen de communiquer.

Marianne: Oui, exactement, la communication c’est pas toujours verbal, ça peut être non verbal aussi, il faut être attentif, quand quelqu’un nous dit c’est correct avec une petite sad face ben on peut peut-être vérifier si c’est vraiment correct.

Maxime D Pomerleau: Justement ça m’amène à parler de la notion de consentement qui est très très très importante et qui n’est pas un mot qu’on a entendu dans les cours d’éducation sexuelle d’il y a 15 ans ou 20 ans, c’est une notion qui est beaucoup plus récente et qui est importante et j’aimerais qu’on prenne quelques minutes pour la définir…

Marianne : Oui en fait comme tu disais le consentement c’est vraiment quelque chose qui est ressorti dans les dernières années, je pense que vous avez eu d’autres entrevues à la station là-dessus. Le consentement dans un contexte de sexualité c’est un accord d’une personne à une activité sexuelle manifestée de façon volontaire, donc ce n’est pas seulement ne pas dire non, c’est dire oui, c’est quelque chose d’actif. Le consentement doit être libre, éclairé, continu et personnel.

  • Libre, donc il ne doit pas y avoir de menace ou avoir peur de représailles donc faut vraiment que ce soit en toute liberté.
  • Il doit être éclairé donc si on est sous l’effet de substances comme alcool, drogues, médications lourdes, ça peut être un indice que le consentement peut être biaisé.
  • Le consentement doit être aussi continu, avant, pendant et après. On peut retirer son consentement à n’importe quel moment et c’est important d’avoir une communication saine en continu avec son ou sa partenaire pour vérifier à tout moment le consentement.
  • Et le consentement doit être personnel, ça veut dire que je ne peux pas donner le consentement à la place de quelqu’un d’autre, mon père pourrait pas donner mon consentement à mon conjoint, ça vient vraiment de la personne et ça, ça peut être une notion importante pour les personnes en situation de handicap ou justement qui ont de la difficulté à communiquer ou qui ont des préposé.e.s, là la notion peut être un peu biaisée, c’est vraiment important de vérifier, d’établir des façons de communiquer le consentement, de le vérifier et aussi de l’accepter.

Maxime D Pomerleau: Tout à fait parce que c’est ça le principe du consentement en fait c’est avant d’aller de l’avant ou de continuer dans l’activité sexuelle, de s’assurer que les deux personnes sont à l’aise et sont bien, c’est l’objectif d’une vie sexuelle épanouie. Justement cet aspect-là de consentement on dit que c’est personnel, donc un.e proche aidant.e, un.e préposé.e ne peut pas affirmer quelque chose à la place de la personne dont il ou elle est en charge. Je lisais justement que les personnes handicapées qui sont habituées dans leur quotidien à recevoir des soins intimes, des soins d’hygiène corporelle peuvent tolérer parfois certaines formes moins sévères d’abus à caractère sexuel parce que justement ils et elles sont habitué.e.s à se faire toucher, à ce que leur intimité soit..

Marianne: Oui en fait c’est une étude très intéressante, certain.e.s répondant.es disaient qu’ils et elles n’avaient pas compris ça, pas vécu ça comme une agression sexuelle parce qu’ils et elles sont tellement habitués à avoir des gens qui les touchent et qui ne demandent pas nécessairement leur consentement, qui prodiguent les soins sans vérifier et donc il y a une espèce de déconnexion entre oui j’ai le droit de vouloir quelque chose ou pas et ce qui m’arrive. Et certaines personnes aussi peuvent être en situation de dépendance et se dire je n’étais pas consentant.e mais ce n’est pas si pire, ou si je dis quelque chose je peux avoir des représailles, ou si je sors de cette relation comment est-ce que je vais faire pour me trouver une autre relation ou trouver quelqu’un qui m’apporte ces bénéfices-là de prodiguer les soins ou d’être mon compagnon?

Maxime D Pomerleau: Tout à fait parce qu’il y a cette inquiétude-là parfois chez certaines personnes en situation de handicap de ne pas trouver de partenaire.

Marianne: Oui dans une autre étude c’est ressorti, une étude qui mettait l’emphase sur les femmes ça ressortait que les femmes portaient tellement d’importance à être en couple, plus que les hommes et donc qu’elles pouvaient être prêtes à subir ou à vivre des choses qu’elles préfèreraient ne pas vivre mais elles choisissent de rester dans ces situations là justement pour ne pas être seules, pour ne pas être célibataires.

Maxime D Pomerleau: Donc il y a encore une certaine part d’éducation et de sensibilisation à faire afin de bien déceler justement ce qui devient un abus à caractère sexuel, dans quel contexte est-ce que ça a lieu pour le repérer et essayer de réduire ces situations-là qui peuvent survenir. Ce contexte de consentement, on a fait un bon morceau là-dessus mais ce n’est pas la seule chose non plus qui est importante quand on développe une relation saine. Pour la sexualité, il y a aussi la communication, on peut peut-être aussi parler de protection contre les ITSS entre autres, de moyens de contraception.

Marianne: Exactement puis c’est important d’avoir une discussion là-dessus, de pas prendre pour acquis que son ou sa partenaire va se protéger, utilise le condom ou utilise la pilule. C’est vraiment important d’avoir une conversation et de répartir aussi, de séparer le poids contraceptif et de protection. Si on est ménopausée bien là on n’a pas besoin de prendre la pilule donc ça peut être le partenaire qui utilise le condom. Autrement si onCRéDAVIS est dans une relation monogame, la femme peut choisir de prendre la pilule et l’homme de ne pas utiliser le condom, mais c’est important de parler et de choisir ensemble une stratégie contraceptive et de protection.

Maxime D Pomerleau: Et c’est la responsabilité des deux partenaires et non pas d’une personne. En terminant Marianne vous aviez aussi peut-être des ressources si on souhaite aller chercher plus d’informations?

Marianne: Oui en fait il y a un TED talk de Al Vernacchio qui est très intéressant. Lui il compare les relations sexuelles à des pizzas et donc il dit qu’est-ce que la première chose qu’on fait quand on veut manger une pizza avec quelqu’un: on discute des ingrédients qu’on veut et donc on négocie et on choisit ensemble comme ça on s’assure d’aimer tous les deux la pizza qu’on va manger. Et donc on devrait faire ça aussi avec les relations sexuelles. Et il y a des millions de façons de manger une pizza et d’avoir des ingrédients donc je vous invite à aller écouter cette discussion et sinon sur le site de la Fédération du Québec pour le planning des naissances il y a un outil qui s’appelle la « liste sexy » qui est un outil qui parle de plusieurs comportements sexuels. On peut regarder voir ce qu’on serait prêt à faire, avec quelle personne et dans quel contexte, ça peut être quelque chose d’intéressant à faire avec son ou sa  partenaire, remplir ça et ensuite en discuter pour s’assurer d’avoir le consentement et dans quel contexte aussi.

Maxime D Pomerleau: Merci pour ces ressources Marianne Rodrigue, vous êtes stagiaire en sexologie chez Vie autonome- Montréal, merci de nous avoir partagé ces petits trucs pour une santé sexuelle et des relations saine et équitables à développer!

Sexy-able: la séduction

Ce post est une transcription de l’émission radio “Ça vaut le détour” du 14 Mars 2016 sur Canal M. Animatrice : Maxime D.-Pomerleau, en entrevue avec Marianne Rodrigue de Vie autonome- Montréal.  Transcription par la FQPN.

Maxime D.-Pomerleau : Bonjour Marianne.

Marianne Rodrigue : Bonjour Maxime.

Maxime D.-Pomerleau : Dans la chronique sexy-able du 15 février dernier tu nous avais parlé des rencontres en ligne . Aujourd’hui on parle de séduction.

Marianne Rodrigue : Oui, dans nos ateliers on avait commencé par parler des rencontres en ligne puis après ça les membres ont demandé à parler un peu plus de séduction. La première étape c’est on se met en ligne. Mais après, comment fait-on pour séduire?

Maxime D.-Pomerleau : Et justement, comment fait-on pour séduire Marianne?

Marianne Rodrigue :  Il y a plusieurs façons en fait. Ce qui est important dans la séduction c’est de rester authentique. On a souvent tendance à mettre nos plus belles qualités de l’avant puis à cacher nos défauts, ce qui est bien, on peut quand même faire ça mais il faut garder un souci d’authenticité et pas jouer la comédie.

Maxime D.-Pomerleau : Effectivement il y a une différence aussi entre vouloir plaire et justement jouer la comédie ou dissimuler. Parce que sinon on ne sera pas à l’aise finalement dans la situation si on a l’impression qu’on est trop en performance ou si on est trop en train de dissimuler qui on est vraiment.

Marianne Rodrigue : Exactement au début ça peut aller mais à la longue ça peut devenir très lourd et on peut avoir l’impression que l’autre personne n’est pas avec nous pour ce qu’on est…mais on ne lui a pas démontré finalement qui on est.

Maxime D.-Pomerleau : Justement qu’est-ce que ça prend pour être à l’aise dans une situation où quelqu’un essaie de nous séduire ou nous on essaie de séduire quelqu’un?

Marianne Rodrigue : En fait dans l’atelier on avait fait un exercice intéressant où j’avais demandé aux gens quels styles de séduction ils et elles utilisaient, dans quelles occasions ils et elles avaient utilisé le flirt, puis s’ils et elles se sentaient à l’aise de recevoir le flirt. Quand on se fait poser ces questions-là, c’est l’occasion de se rendre compte qu’il y a certaines approches qu’on aime moins, d’autres qu’on aime plus, qui nous rendent plus à l’aise. En avoir conscience c’est la première étape.

Maxime D.-Pomerleau : Justement il y a des étapes à la séduction, il y en a 5 que tu as relevées.

Marianne Rodrigue :  Oui c’est un peu plus théorique mais quand on voit quelqu’un on se demande si cette personne là nous attire. Oui, non ou peut être. Ensuite vient le premier contact: est-ce que cette personne-là semble intéressée, ouverte? Ensuite on évalue la personne : est-ce que cette personne-là a des caractéristiques qui nous intéressent, on a chacun une petite liste de ce qu’on recherche chez un.e partenaire donc on fait des petits x à coté et ensuite on essaie d’établir un lien intime. Est-ce qu’on fait confiance à cette personne-là? Est-ce que cette personne-là nous fait confiance? Est-ce qu’on peut lui confier des choses? Ensuite il y a le maintien du lien intime et on décide si on veut continuer dans cette voie là avec cette personne.

Maxime D.-Pomerleau : On parle de flirt, on parle de séduction mais il y a aussi différentes situations qui peuvent arriver qui vont faire qu’on n’agira pas toujours de la même manière. Et  il y a des styles de flirts aussi.

Marianne Rodrigue :  Oui en fait on en ressort 5. Il y a le traditionnel qui est un peu plus : l’homme va inviter la femme, l’hommes va payer. Il y a le style physique : la personne communique son désir de façon plus physique, en touchant les gens par exemple. Le style sincère qui va mettre l’emphase sur l’émotion et la connexion à l’autre, pas nécessairement sur le physique et le sexuel tout de suite. Le style ludique, qui fait ça un peu pour le plaisir. Des fois on pense à flirter avec la caissière, juste tout bonnement comme ça. Et le style poli qui lui est un petit peu plus prudent, qui met moins d’emphase sur la sexualité, est plus centré sur  la cour et qui est plus semblable au traditionnel.

Maxime D.-Pomerleau : Est-ce que c’est des mécanismes qui sont faciles à identifier? Moi je lis ça et je ne saurais pas nécessairement quel style j’ai en particulier.

Marianne Rodrigue : Je pense qu’il y a une mouvance aussi, on n’utilise pas tout le temps les mêmes styles dépendant où  on en est dans notre vie. Si on sort d’une relation amoureuse on ne cherchera pas nécessairement la même chose. Puis dépendant de ce qu’on cherche aussi on va utiliser un style différent à un moment dans notre vie on peut utiliser le style traditionnel, des fois plus ludique, il y a beaucoup de mouvance.

Maxime D.-Pomerleau : Il y a aussi des raisons de vouloir séduire, de vouloir flirter

Marianne Rodrigue : Oui, absolument! Ce n’est pas toujours pour trouver l’amour, bien que ce soit une très bonne raison pour flirter, ça peut être pour se sentir désiré.e, pour augmenter son estime de soi, des fois on se sent un peu à terre et quelqu’un nous démontre de l’intérêt, ça nous fait sentir mieux. Ça peut être pour avoir des relations sexuelles, ça peut être pour rentrer en relation, ça peut être  pour explorer des choses, voir si ça nous tente ou non. Ça peut être pour arriver à ses fins, sortir d’un ticket de stationnement, on a tous et toutes déjà utilisé le flirt d’une certaine façon, quand je parle de flirt ce n’est pas nécessairement la grosse séduction, ça peut être un peu plus subtil et léger…

Maxime D.-Pomerleau : Exact ça peut être un échange plus taquin peut être avec quelqu’un, tu l’évoquais tout à l’heure, comme ces situations avec la caissière, avec un serveur. On veut plaire, et on veut que ce soit agréable comme petit moment même s’il y a pas d’objectif de développer une relation plus intime.

Marianne Rodrigue : Exactement. Certaines personnes sont pas nécessairement à l’aise avec ça, et vont voir toute petite ouverture comme quelque chose de vraiment plus gros et donc il faut faire attention à notre façon de flirter, et le moment pour le faire et parce que  les gens peuvent l’interpréter différemment aussi.

Maxime D.-Pomerleau : Quels sont les conseils que tu nous donnes pour pouvoir séduire quelqu’un?

Marianne Rodrigue :  Je dirais l’authenticité en premier : bien se connaitre, être soi-même, être intéressé.e à l’autre- on aime ça quand les gens s’intéressent à nous- être sensible, être gentil.le, être attentionné.e, être honnête… mais vraiment l’authenticité serait mon numéro 1.

Maxime D.-Pomerleau : Est-ce que dans les ateliers Sexy-able menés à Vie Autonome- Montréal, des personnes en situation de handicap ont témoigné de craintes par rapport à leur capacité à séduire ou est ce qu’il y a des obstacles qu’on peut vraiment remarquer sur lesquels on peut travailler plus en profondeur?

Marianne Rodrigue :  Quelque chose qui ressortait beaucoup c’est que certaines personnes n’avaient pas l’impression qu’elles pouvaient flirter, elles pensaient  qu’elles avaient pas ce pouvoir-là à cause de  leur situation. Par contre d’autres membres nous disaient flirter constamment avec tout le monde de façon ludique donc dès qu’ils ou elles rencontrent quelqu’un ça fait partie de leur personnalité, un peu comme avec le serveur ou la caissière. Mais certain.e.s n’avaient pas l’impression d’avoir cette option-là alors c’est ce qu’on a essayé de faire à travers l’atelier. En fait on flirte presque constamment à différents degrés et quand on en a conscience, quand on a conscience du style qu’on aime utiliser, on peut l’utiliser quand on voit une situation qui nous intéresse.

Maxime D.-Pomerleau : Parce que c’est vrai que c’est un sentiment que plusieurs personnes non seulement en situation de handicap mais plusieurs personnes ont le sentiment qu’elles ne peuvent pas séduire et donc sur quoi on peut travailler à ce moment-là parce que tout part d’une question de confiance en soi aussi. Sur quoi on peut travailler si on a envie d’interagir davantage avec les autres, sur quoi on peut travailler sur soi même?

Marianne Rodrigue :  D’avoir conscience justement de ça, d’avoir conscience que la séduction c’est pas toujours cette grosse chose :  acheter des fleurs, faire des gros clin d’œil dans un bar…c’est plus léger, de voir aussi avec quoi on est à l’aise et donc vraiment de trouver quelques chose dans quoi on se sent bien mais aussi d’essayer. Je conseille aux gens des fois de même s’ils ou elles ne trouvent pas quelqu’un intéressant d’essayer de flirter de façon un peu plus légère, qui ne les engagera à rien de très sérieux mais des fois ça permet de tester une approche, de voir si on se sent à l’aise avec,  d’apprivoiser son pouvoir de séduction.

Maxime D.-Pomerleau : Marianne Rodrigue, on l’évoquait, on est toujours un peu en train de flirter même si c’est inconscient, même si ce n’est pas dans un objectif d’établir une relation intime. Est ce qu’il y a une pression à séduire? À être séduisant.e? Est-ce que c’est quelque chose qui existe dans nos sociétés?

Marianne Rodrigue : Tout à fait, tout le monde veut plaire, que ce soit de la séduction relationnelle ou à un autre niveau comme lors un entretien d’emploi, on veut que la personne nous apprécie, on met de l’avant nos meilleures qualités, nos meilleurs aspects donc il y a toujours un degré oui.

Maxime D.-Pomerleau : On s’en sort jamais c’est intrinsèque aux relations humaines?

Marianne Rodrigue : Absolument!

Maxime D.-Pomerleau : Si on veut faire une démarche personnelle pour avoir plus confiance en soi ou connaitre notre style de flirt, le style de relation qu’on aime établir avec les autres est-ce qu’il y a des ressources en ligne? Est-ce qu’il y a des ressources, de la lecture qu’on peut faire?

Marianne Rodrigue :  Il y a plusieurs livres sur le sujet malheureusement j’ai pas la liste avec moi mais vous pouvez toujours me contacter et je peux vous l’envoyer. Plusieurs livres sur la séduction, je vous conseillerai de faire attention aux recettes miracles types « les 5 étapes assurées pour séduire » où  on met souvent de l’avant des choses un peu superficielles qui nous représentent pas très bien

Maxime D.-Pomerleau : Merci beaucoup Marianne Rodrigue. Tu es stagiaire chez Vie Autonome- Montréal merci de nous avoir apporté ces nouveau éléments dans une chronique Sexy-able. On se revoit dans un mois!

Sexy-able: première chronique

Ce post est une transcription de l’émission radio “Ça vaut le détour” du 15 février 2016 sur Canal M. Animatrice : Maxime D.-Pomerleau, en entrevue avec Marianne Rodrigue de Vie autonome- Montréal.

Transcription par la FQPN.

Maxime D.-Pomerleau : Bonjour! En ce lundi 15 février 2016, lendemain de la Saint Valentin…Il y a peut-être eu des soupers d’amoureux/euses en fin de semaine, on a pu remarquer une recrudescence dans  les restaurants qui sont bondés le week-end de la Saint Valentin. Mais c’est toute l’année qu’on peut décider de chercher l’amour, qu’on peut trouver l’amour aussi et aujourd’hui on parle de trouver l’amour en ligne. Ce sont des outils qui sont de plus en plus utilisés. Marianne Rodrigue vous êtes stagiaire en sexologie, vous étudiez à l’UQAM et vous travaillez pour l’organisme Vie autonome – Montréal. Aujourd’hui, c’est la première chronique Sexy-Able, sur Canal M, chronique qui va revenir chaque mois et dans laquelle on parle de santé et de sexualité. Mais c’est parce que vous faites déjà ce travail-là à Vie autonome.

Marianne Rodrigue : Bonjour! Oui en fait j’anime des ateliers depuis le mois de septembre chez Vie autonome dans le cadre du projet pilote Sexy-Able.

Maxime D.-Pomerleau : D’où est venue l’idée du projet Sexy-Able? Le nom est assez approprié. Et évocateur aussi…

Marianne Rodrigue : Absolument. Chez Vie autonome-Montréal l’an passé on a donné des ateliers sur la sexualité et la vie de couple qui ont été très populaires. Je n’étais pas là à ce moment-là.  Mes collègues de l’époque ne se sentaient pas forcément outillés pour répondre à tous les questionnements. Mais il y avait l’opportunité de faire venir une stagiaire de l’UQAM, et c’est à ce moment que j’apparais dans l’équation. Depuis le mois de septembre on fait le projet pilote Sexy-Able, on donne des ateliers, on créé des ressources pour donner de l’information à nos membres et on va bientôt faire des rencontres d’aide individuelle.

Maxime D.-Pomerleau: Ça va donc être quelque chose qui se développe, parce que pour le moment ce sont surtout des ateliers en groupe de discussion?

Marianne Rodrigue :  Oui des groupes de discussion et aussi des rencontres un peu plus théoriques, ça dépend des sujets.

Maxime D.-Pomerleau: Justement quels sont les sujets qu’on peut évoquer dans Sexy-Able?

Marianne Rodrigue : Il y a vraiment une foule de sujets, on a vu «  sexualité 101 », la reproduction, les ITSS, la contraception, on a parlé des tabous et des limites qui entourent la sexualité et le handicap, la séduction, les rencontres en ligne, l’assistance sexuelle aussi et puis on est en train de terminer une série d’ateliers sur l’autonomie sexuelle donc on parle des relations saines et égalitaires, du consentement, etc.

Maxime D.-Pomerleau: Le sujet du  consentement qui est déjà très présent dans les médias en ce moment. Ces temps-ci on parle aussi beaucoup de l’amour au temps du numérique. Comment  est-ce que le numérique, Internet, les réseaux sociaux, les sites de rencontre ont transformé cette quête de l’amour? D’autant que ce sont des outils accessibles aux personnes en situation de handicap.

Marianne Rodrigue : Oui absolument, la technologie, les applications, les ordinateurs, Internet facilitent l’accès à une plus grande banque,  un plus grand bassin de rencontre pour tout le monde et particulièrement pour les personnes en situation de handicap.

Maxime D.-Pomerleau: Quel est l’avantage des sites de rencontre?

Marianne Rodrigue : En fait on peut s’en servir de chez nous ou à partir de notre téléphone, il n’y a pas besoin de sortir ni de s’habiller, on peut avoir accès à un grand bassin de potentiel.le.s partenaires. Ça nous permet aussi d’être un peu plus sélectifs, de mettre de l’avant les côtés de nous qu’on souhaite mettre de l’avant, particulièrement en cas de handicaps visibles : on peut se mettre de l’avant sans que notre handicap nous définisse du premier abord.

Maxime D.-Pomerleau: Est-ce que c’est une préoccupation que vous rencontrez avec les gens avec qui vous travaillez?

Marianne Rodrigue : Lors de l’atelier oui, la notion du dévoilement du handicap a été très importante, les personnes ont différentes façons de voir la chose. Certaines personnes le mettent de l’avant, se disent « c’est comme ça que je suis » et le veulent que les autres le sachent au premier abord. Tandis que d’autres personnes qui ont eu un historique un peu plus malheureux côté rejet  vont décider de le dévoiler un peu plus tard et de se laisser une chance.

Maxime D.-Pomerleau: Les rencontres en ligne ça permet aussi d’aller à son rythme, contrairement au speed dating  qui peut être assez brutal et rapide surtout. Les sites de rencontre c’est énormément d’utilisateurs;  Réseau contact compte 1,4 million de membres, Lavalife 1,8 , Québec-rencontre 2.5 millions… C’est  énorme! Ça, ce sont des sites généraux, est- ce qu’il y a des sites spécialisés  pour les personnes en situation de handicap?

Marianne Rodrigue : Oui, il y a des sites de rencontre spécialisés sur presque tout: pour les amoureux et amoureuses de la pizza, des jeux vidéo… on pourrait trouver n’importe quoi ou en partir un facilement.  Donc oui il y a des sites spécialisés pour les personnes en situation de handicap. La majorité sont en anglais, des États-Unis ou de l’Angleterre, quelques-uns sont en France, mais il en existe au moins un au Canada en français et en anglais. Par contre il faut savoir que le nombre d’abonné.e.s est assez limité, il y a moins de gens que sur les sites mentionnés plus tôt. Donc le bassin de potentiel.le.s partenaires est un peu plus limité. Certains sites sont uniquement pour et par des personnes en situation de handicap. D’autres acceptent aussi des personnes qui sont intéressées à être avec des personnes en situation de handicap. Ça permet d’entrer en contact avec des gens qui sont ouverts à ça et ça fait en sorte qu’on n’a pas peur de dévoiler son handicap. Mais faut faire attention, car il y a des personnes qui peuvent rechercher une situation de handicap particulière…

Maxime D.-Pomerleau: Justement, c’est une réalité à laquelle vous sensibilisez les gens avec qui vous travaillez, de faire attention avec qui, on développe une relation virtuelle. Parce qu’il y a des individus qui sont particulièrement attirés par des personnes en situation de handicap, comme des utilisatrices de fauteuil ou des personnes avec des amputations. On parle de devotees en anglais. C’est un mot qui est presque tabou dans la communauté.

Marianne Rodrigue : Oui, ce sont des gens qui se définissent comme étant attirés par une situation de handicap particulière. Certain.e.s se disent exclusives donc c’est vraiment par exemple le fauteuil qu’elles recherchent  tandis que d’autres font le parallèle « certain.e.s préfèrent les blondes, moi je préfère les personnes en fauteuil ». Pour eux et elles, c’est une attirance, ça ne veut pas dire que je vais vouloir avoir une relation sexuelle avec la personne, mais ça me donne un intérêt à aller lui parler. Donc il faut faire attention à ne pas tous les mettre dans un même panier, ce n’est pas une chose positive, mais ce n’est pas nécessairement une chose négative. D’ailleurs, il faut aussi faire attention et là pas juste quand on est en situation de handicap, mais vraiment pour tout le monde de ne pas donner trop d’informations personnelles à des inconnu.e.s même si ça fait trois mois qu’on parle avec la même personne. Si on ne l’a pas encore rencontrée, elle est encore potentiellement dangereuse. Il y a beaucoup de fraude, des demandes de virement d’argent, ou d’envoyer des photos dénudées ou compromettantes et ensuite il peut y avoir des demandes d’échanges d’argent pour par exemple ne pas envoyer ces photos à l’employeur.

Maxime D.-Pomerleau: Il faut faire attention à comment on dévoile son intimité corporelle sur Internet. Faire attention à la fraude, avec qui on va discuter, peut-être même faire une petite recherche sur la personne…On ne part pas avec l’idée qu’elle a de mauvaises intentions, on part de manière positive, mais tout en étant conscient.e que ce sont des risques qui existent. Quels sont les autres conseils, une fois qu’on a discuté en ligne avec la personne, pour se préparer à une première rencontre?

Marianne Rodrigue : Je conseille aux gens de rencontrer la personne assez rapidement. Si on installe une dynamique en ligne pendant longtemps c’est très dur ensuite d’en sortir. Donc il faut planifier la rencontre dans un endroit public bien entendu, prévenir quelqu’un qu’on est là, prévoir son propre transport… Une de mes participantes disait « mais je suis obligée, je suis en transport adapté, donc je dois planifier mes transports! ». Ce qui peut être une bonne chose comme ça s’il y a quelque chose qui ne fonctionne pas vous vous assurez d’être capable de rentrer chez vous de façon sécuritaire.

Maxime D.-Pomerleau : Ça me semble des conseils censés, de base. Justement,  on parle de transports adaptés par exemple, est-ce que toutes les autres activités, les autres aspects logistiques avec lesquels les personnes en situation de handicap doivent composer, est-ce que ça rentre en ligne de compte lorsqu’on développe une relation virtuelle? Par exemple, on peut difficilement répondre à la question  es-tu libre ce soir? Ça peut être compliqué.

Marianne Rodrigue : Effectivement, il faut être honnête avec la personne avec qui on parle et lui dire qu’il faut que la rencontre soit planifiée. Il faut vraiment que tu me dises où on va avant pour vérifier que c’est accessible. Une soirée surprise ça peut être agréable, mais si on n’est pas capable d’entrer dans le restaurant, ça peut gâcher une soirée!

Maxime D.-Pomerleau : En terminant, est-ce que vous avez des histoires à nous révéler qui pourraient inciter les gens qui pensent aller sur les sites de rencontre, des belles histoires qui ont émergé.

Marianne Rodrigue : Un participant s’est fait une très bonne amie, ça ne s’est pas développé en relation amoureuse, mais lui utilise les sites de rencontre pour élargir son cercle d’amis et faire des activités, lui l’utilise de façon plus sociale.

Maxime D.-Pomerleau: On n’est pas toujours obligé.e.s de rechercher un.e partenaire amoureux ou sexuel, ça peut être uniquement des ami.e.es, pour élargir son réseau…Merci beaucoup Marianne Rodrigue, ça a passé vite, mais vous allez revenir dans un mois nous parler d’un autre sujet lié à la santé et sexualité des personnes en situation de handicap pour la chronique Sexy-Able!