Vie intime dans les institutions : l’amour interdit? – Une chercheuse aborde le sujet à Lyon

Extrait tiré d’un article de 2017 sur handicap.fr.

Contexte: Une docteur en sciences de l’éducation à l’université Lumière Lyon 2 a conduit, durant six ans, une thèse sur la vie amoureuse et intime de personnes en situation de handicap moteur au sein d’établissements médico-sociaux en Rhône-Alpes.

Manque d’intimité

Que dévoilent ces recherches ? Dans l’ensemble, les attentes des hommes et des femmes sont les mêmes : faire des rencontres, sentimentales et/ou érotiques, entretenir une relation, voire fonder une famille. Mais le manque de confidentialité – il est interdit de fermer sa chambre ou son studio à clé –justifié pour des raisons de sécurité, empêche l’accès à une intimité sereine. « Pendant longtemps, la vie amoureuse était interdite dans ces établissements, explique Jennifer Fournier. Cette idée d’interdit continue d’être véhiculée par les personnes. ». La jeune femme remarque par ailleurs que ces contraintes sont bien souvent tempérées par la crainte de la solitude, qui reste, selon les résidents, la pire des situations.

« Tu ne laves pas le capot de ta voiture ! »

Tisser un lien de complicité avec les professionnels qui les prennent en charge fait également partie des aspirations de la plupart des personnes prises en charge dans ces établissements, selon Jennifer. «En revanche, les référents perçoivent ce besoin de complicité de façon péjorative et tentent de l’éviter en adoptant des attitudes souvent vécues, en face, comme des humiliations», constate-t-elle. Cette recherche de sollicitude, mal reçue, fait par exemple s’opposer gestes techniques et tendresse, d’où des remarques parfois très incisives : «Attention, t’es pas en train de laver le capot de ta voiture !», entre autres phrases prononcées à l’encontre d’un professionnel. Autre constat déconcertant : «Lorsque les professionnels évoquent, entre eux, la vie amoureuse des personnes dont ils s’occupent, ils ne parlent jamais des relations entre des «couples de personnes handicapées» mais plutôt de sentiments à leur égard, qui sont à sens unique. Une forme d’amour lui aussi handicapé», remarque la chercheuse. À sa connaissance, aucun dispositif de médiation entre personnes et professionnels n’existe aujourd’hui dans les établissements où elle s’est rendue.

 

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Un colloque en France en juin 2017

Ces questions seront évoquées lors du colloque « Désir et aimer, quelle liberté ? Construction des savoirs et transmissions », le 14 juin 2017 à l’université Lyon 2, en présence de Charles Gardou. L’occasion de croiser différents regards autour de la vie affective et sociale des personnes en situation de handicap.