HandyLover, la sexualité décomplexée

Article publié le 7 septembre 2017 sur le site Internet 7 à Poitiers.

Innovation technique pour les personnes handicapées, le HandyLover ?« made in Poitiers » a pour but de leur faciliter l’accès à une sexualité sans complexe. Mais pour le vendre, son concepteur va devoir lever un vrai tabou.

Le HandyLover est prêt. Bardé d’accessoires, ce siège coulis- sant modulable est né dans la Vienne. Le « 7 » évoquait déjà la mise au point d’un prototype en 2015 (n°269)… Sa vocation consiste à apporter une aide technique aux personnes handicapées physiques désireuses de maintenir une activité sexuelle. « Cet appareil répond à toutes les orientations et pratiques des utilisateurs, sans discrimination : hétérosexuelles, homosexuelles, bisexuelles, précise son concepteur Rodolphe Brichet. Il est aussi bien destiné aux personnes seules à mobilité réduite qu’aux personnes valides, ce qui permet son utilisation en couple « mixte ». »

Dans l’esprit de cet ingénieur spécialisé en ergométrie, l’idée a germé en 2014. Sans hésiter, il a créé une entreprise baptisée Mobility Desire et hébergée au sein de la pépinière de la Technopole du Futuroscope. Son objectif consiste à développer un produit fiable, en s’appuyant sur des compétences accumulées auprès des chercheurs en mécanique du geste sportif de l’université de Poitiers. Mais c’est en 2016 que les événements se sont accélérés. Le HandyLover a reçu le prix international de l’innovation de l’Unesco pour « la santé sexuelle et les droits humains ». Rien que cela ! Spécialisé dans ce domaine depuis plus de vingt ans, l’hôpital Henry-Gabrielle de Lyon lui a apporté sa caution médicale. Le concept séduit. En juin dernier, le projet a même été primé lors d’un concours national organisé par l’Ocirp (une référence en matière de prévoyance santé), dont le jury était présidé par le généticien Axel Khan.

« Oser l’acheter« 
Tout semble sourire à Rodolphe Brichet, qui est pourtant confronté à un sérieux obstacle. En France, la sexualité comme le handicap sont des sujets tabous. Autant dire que cet objet n’est pas facile à com- mercialiser. « Indépendamment de la reconnaissance et de l’intérêt portés par le corps médical, il faut que le HandyLover soit connu et expliqué aux utilisateurs », reconnaît le chef d’entreprise. Autrement dit, les personnes en situation de handicap vont devoir  « oser acheter » cet équipement. Première note d’optimisme, le réseau Harmonie Médical Service vient d’ajouter le HandyLover à son catalogue et sur Amazon. De quoi booster les ventes. Par ailleurs, Rodolphe Brichet offre quinze jours d’essai et une promotion à tous ceux qui s’engagent à laisser un com- mentaire sur leur expérience. « J’ai besoin de témoignages d’utilisateurs pour convaincre les plus réticents », explique l’intéressé.

Tous ces éléments mis bout à bout confortent l’enthousiasme du fondateur de Mobility Desire, qui admet « ne pas encore se rémunérer ». Seize configurations différentes ont déjà été dessinées. Reste à trouver la trésorerie pour les développer et montrer à nouveau que les Français de- meurent les experts de l’amour sous toutes ses formes.

De la nouveauté pour le projet ACSEXE+

La Fédération du Québec pour le planning des naissances (FQPN) annonce la nomination de Josée Rochon comme chargée de projet pour ACSEXE+.

Josée a œuvré pendant 6 ans dans le milieu des personnes en situation de handicap, chez AlterGo. Elle a la paralysie cérébrale. Pour le projet ACSEXE+, elle sera en charge de proposer les orientations avec l’aide de partenaires ainsi que de les mettre en place, et vous pourrez la lire sur ce blogue!

Bienvenue dans l’équipe!

Pour toute question, suggestion, ou tout commentaire, Josée est joignable au jrochon@fqpn.qc.ca.

XY : santé et sexualités pour la Saint-Valentin

Vidéo tirée d’un article de 2013 sur http://santenews.reseauprosante.fr, suivie de sa retranscription.

Contexte: vidéo prise dans le cadre de la troisième semaine des sexualités bordelaise. Pour cette édition, les sujets traités concernaient par exemple le handicap, le triolisme. Tout cela avec comme mot d’ordre le plaisir et la santé sexuelle. Témoignages de participants.


XY Sex 2013 : focus sur le handica[…]

Retranscription de la vidéo:

Jean-Pierre: Moi je suis parti d’une expérience, d’une rencontre que j’ai faite quand j’étais jeune, d’ailleurs j’en parle assez souvent, parce que pour moi elle m’avait marqué. C’était donc une personne qui est infirme motrice cérébrale, qui avait un handicap visiblement assez lourd en tout cas, qui est en fauteuil, qui n’a pas l’usage de ses jambes, bien qu’elle avait ses sensations. Nous étions copains ou amants on va dire, dans notre jeunesse. Moi ce qui m’a toujours marqué, c’est justement le fait que si elle n’avait pas accès à toutes les positions, toutes les choses que peuvent faire les personnes valides, habituellement en terme de sexualité, elle le disait elle-même, c’est ce que je disais toute à l’heure, elle compensait. C’est à dire que ce qu’elle faisait, elle a toujours essayé de le faire à 200%. Elle était, et a toujours été pour moi, une amante qui reste dans mes souvenirs, quoi.

Image d’un pictogramme d’une personne assise sur une personne en fauteuil roulant.

Samuel: À partir du moment où j’ai eu ma compagne qui a été attirée par moi, ça a remis tout à fait en question l’acceptation de mon propre corps, que j’ai revue du jour au lendemain. Il faut déplacer les problèmes qu’il y a, donc une meilleure acceptation du corps, des jeux sexuels, des jeux ludiques, pour justement découvrir les zones érogènes ou quoi que ce soit, et après, il y a peut-être pas pénétration, comme on disait tout à l’heure, mais il y a un plaisir non-dissimulé. Certaines personnes nous connaissant et nous ayant vus, sachant qu’on était en couple, nous ont dit «étant donné vos handicaps et votre situation ca ne durera jamais». Et on vient de fêter nos 3 ans de rencontre il y a quelques jours, on s’est fiancés, on projette de se marier, d’avoir un enfant…

Florence: Est-ce qu’une femme handicapée se pose la question d’avoir des enfants? Certainement. Pour mon cas personnel, je ne me suis pas posé véritablement de question, c’était une évidence, j’avais envie d’être mère, j’avais envie d’être en couple, et quand je me suis installée en couple, le projet d’enfant est arrivé assez rapidement.

Image d’un chandail avec un dessin de jambes ouvertes et un vagin projetant une fontaine au-dessus.

Julien: Étant donné que j’ai une petite autonomie pour marcher, ce n’est pas handicapant. Enfin, j’arrive pas à faire l’amour debout parce que j’ai pas assez de force dans mes jambes, mais à partir du moment où il y a un lit ou il y a un canapé, où y’a une position assise ou allongée, le handicap, il disparaît totalement.

Maelle: On nous considère pas comme des personnes sexuées. Généralement, quand on parle de handicap, c’est plutôt la maladie, la mort, des choses vraiment très très négatives, les gens ont peur, comme si on avait voilà quelque chose en moins, une incapacité, donc forcément, on se dit que ça ce n’est pas possible, et comme on est censé être des personnes ayant besoin d’aide, on ne peut pas apporter quelque chose à d’autres personnes, ce n’est pas possible pour eux.

Julien: J’ai encore du mal à annoncer aux gens que je suis handicapé, à leur dire «OK on se retrouve en ville, mais on va pas pouvoir aller dans tel bar, parce que je suis en fauteuil.»

Image d’un chandail ayant dessus une image ressemblant à une photographie en noir et blanc, présentant des seins dans le bas et des jambes et des fesses dans le haut.

Emeline: Et souvent dans les petits débats comme ça, souvent c’est plutôt les femmes qu’on entend, les femmes en fauteuil, pas les femmes qui sont handicapées que ça ne se voit pas, pas les hommes, pas les hommes en fauteuil, pas les hommes gais, enfin etc. Et là, c’était vraiment un échange assez complet, et je pense que les gens ont bien compris que handicap, ou noir, blanc, jaune, ou homme, femme, tout le monde est sexué, et tout le monde est vivant, simplement.

Vidéo ///ACSEXE+/// Caroline

Depuis plusieurs années, la FQPN a comme projet de traduire un ouvrage fondamental en éducation sexuelle: “The Ultimate Guide To Sex And Disabilty”, par Miriam Kaufman, Cory Silverberg et Fran Odette. Malheureusement, il nous a été impossible à date de réunir les fonds nécessaires pour mener à bien cette tâche phénoménale. Nous avons cependant mis sur pied ACSEXE+, en partenariat avec Accessibilize Montreal, un projet multimédia qui aborde les enjeux de sexualité, d’intimité et de relations amoureuses dans une société largement inaccessible et capacitiste. Cette vidéo a été réalisée au printemps 2015 dans le cadre de ACSEXE+ par Rozen Potin.

TEXTE DE LA VIDÉO

(Musique instrumentale et paroles en anglais)

(Musique et bruits de craie)

Je suis une femme trans. Je suis…je me définis comme asexuelle,  mais pas comme aromantique.Parce que j’aime les… j’aime avoir des relations spéciales. Et euh… je suis sur le spectre de l’autisme, plein de trucs d’anxiété bizarre et euh… des choses comme ça. J’ai une expérience de beaucoup de choses, des relations… peut-être aussi de la sexualité, toutes ces choses-là, qui est… particulière et je pense qu’il y a beaucoup de choses qui se combinent dans mon expérience pour faire quelque chose de spécial et c’est quelque chose que j’aimerais partager.

Parce que je sais que souvent, moi, quand je vois les expériences d’autres personnes,c’est rare qu’il y a quelque chose que je trouve qui me représente bien. Et je pense que les cas spéciaux de personnes bizarres, je pense qu’il en faut plus.

(Musique instrumentale)

Une des barrières c’est que, de manière générale, on a des attentes par rapport au comportement des gens et à comment les gens utilisent… bougent, interagissent, on a des attentes par rapport à ça et ces attentes-là sont pas nécessairement… c’est pas tout le monde qui peut…répondre à ces attentes. Et donc juste vivre, de manière générale, dans le monde, avec les gens, et essayer de faire quelque chose dans ce monde-là, c’est quelque chose qui, pour moi, brûle mon énergie parce que je dois toujours essayer de me conformer à des standards de comportement.

Pendant une grande partie de ma vie, j’essayais juste de comme…ne pas exister et de prendre aussi peu place que possible, de faire aussi peu de mouvements que possible parce que…c’était plus sécuritaire. Maintenant, j’essaie de prendre plus de place et de la prendre à ma façon. Y a un peu de… quand j’essaie d’exposer mes besoins surtout quand c’est quelque chose de très spécifique, dans un moment très particulier, souvent c’est difficile pour moi aussi parce que je vais trouver que mes propres besoins sont non légitimes, que c’est juste que je suis trop compliquée.Donc beaucoup de capacitisme intériorisé. Quand j’essaie d’expliquer à ma copine, par exemple, certains des besoins que je peux avoir, ça va interagir beaucoup avec ça, donc ça peut être difficile. Difficile pour moi, mais aussi difficile en terme d’éducation parce que quand je suis en train d’être très anxieuse parce que je trouve que je suis en train de demander des choses pas légitimes et qui sont juste compliquées et que j’essaie de faire passer mes caprices pour des besoins, ça ne me met pas dans une bonne position pour éduquer parce que j’ai l’impression d’être mauvaise moi-même. Alors…

Généralement, les moments où, dans mon expérience, l’autisme ou l’anxiété devient un enjeu visible, c’est quand je vais vraiment pas bien. Alors exposer mes besoins à l’avance, ça peut être super positif. C’est aussi super important en terme de consentement. Mais quand ça arrive, dans le moment, c’est pas quand je me sens mal que je peux donner des conseils sur comment agir avec moi quand je me sens mal.Faut que je dise: “OK, ça, ça fonctionne généralement , mais si je fais ça, « bien continue pas.”

(Musique instrumentale)

Pour moi, ce qui est important, c’est les relations. Et tout ce qui est plus sexuel dans le sens de sexe, corps, généralement, ça, ça va être, dans mon expérience, beaucoup plus lié au fait que je suis trans et à la relation au corps que j’ai qui découle de ça. Je pense que ma sexualité et mon asexualité peuvent être comprises avec mon handicap, peuvent être comprises aussi avec mon expérience trans. Mais encore une fois, je pense qu’on peut pas juste le lier à mon handicap et je pense qu’on peut pas juste le lier à…à mon expérience trans. Ce que j’aimerais que les gens comprennent sur l’asexualité, euh…c’est que d’abord…que c’est…bon, je dirais trois choses.

Un: c’est une expérience qui est tout aussi légitime que toutes les autres formes de sexualité ou que toutes les autres formes de relation, aussi, ou de désir de relation parce que moi, je veux être dans des relations, y a des personnes qui veulent pas, puis c’est super légitime. Donc ça, ça serait la première chose.

La deuxième chose, c’est que… être en couple et faire l’amour, ça ne va pas nécessairement ensemble. Je pense qu’une chose qu’on essaie de valoriser dans les discours positifs sur le sexe, c’est qu’on peut sortir de ça. C’est pas nécessairement exclusif, le mariage comme dans les années 60. On peut faire quelque chose de plus diversifié, mais on peut aussi ne pas avoir ce besoin-là dans une relation de couple.

Et je pense que la troisième chose que je dirais c’est de ne pas oublier que les…même s’il y a pas… tsé…à ma connaissance, y a pas de violence systémique contre les personnes asexuelles ça n’empêche pas que c’est un groupe qui vit des formes “d’oppression” ou en tout cas de marginalisation dans certains milieux et qui sont facilement oubliés. Qu’on a notre place disons dans les longs acronymes de LGBTQIA et que le A, c’est pas pour les alliés. Que les personnes asexuelles ont leur place dans les milieux sur la diversité sexuelle, dans la diversité en général. Parce que c’est pas vrai qu’on est si bien intégré.e.s dans plein d’endroits. À preuve, on est mal intégré.e.s dans beaucoup d’endroits qui se veulent queer disons.

Souvent, les choses qu’on dit contre les personnes asexuelles pour déligitimiser les expériences des personnes asexuelles, c’est les mêmes choses qu’on dit ou qu’on disait contre les personnes homosexuelles ou bisexuelles, contre les personnes trans, contre les personnes intersexes, donc c’est pas nécessairement la même chose, mais le même genre d’attitude et de discours et le même schéma.

Je pense qu’il faut comprendre les discours positifs sur le sexe pas comme plus de sexe, mais comme plus de diversité et plus d’ouverture quant aux expériences différentes et ça peut être…autant plus d’ouverture comme des façons moins traditionnelles d’approcher ça à pas avoir envie de faire l’amour parce que c’est pas quelque chose que je comprends Puis c’est pas quelque chose que je trouve important.

(Musique et paroles en anglais)

Vidéo ///ACSEXE+/// Hodan

Depuis plusieurs années, la FQPN a comme projet de traduire un ouvrage fondamental en éducation sexuelle: “The Ultimate Guide To Sex And Disabilty”, par Miriam Kaufman, Cory Silverberg et Fran Odette. Malheureusement, il nous a été impossible à date de réunir les fonds nécessaires pour mener à bien cette tâche phénoménale. Nous avons cependant mis sur pied ACSEXE+, en partenariat avec Accessibilize Montreal, un projet multimédia qui aborde les enjeux de sexualité, d’intimité et de relations amoureuses dans une société largement inaccessible et capacitiste. Cette vidéo a été réalisée au printemps 2015 dans le cadre de ACSEXE+ par Rozen Potin.

TEXTE DE LA VIDÉO

(Musique)

(Bruit de craie + musique)

(Musique)

Durant mon enfance je m’identifiais tout à fait comme étant une personne normale, c’est-à-dire qu’avec mes parents, avec mes frères mes sœurs, je trouvais qu’on était tout égal, tout pareil; mes parents m’avaient pas fait d’ éducation particulière à ce sujet-là. Alors je te dirais que durant mes études secondaires c’est là que j’ai vraiment fait plus d’apprentissages très personnels de façon autonome, c’est pas mes parents qui m’ont fait d’éducation particulière, ensuite j’ai fait mes études secondaires, j’ai obtenu mon diplôme, je suis déménagée à Montréal et c’est là que j’ai vu que vraiment qu’il y avait vraiment une culture et une identité particulière pour les personnes sourdes, alors vraiment on avait vécu les mêmes frustrations.Vraiment ça a été un soulagement de rencontrer d’autres personnes sourdes, puis de me sentir vraiment pareille, mais je te dirais que c’est arrivé un peu tard ça, je devais avoir 25 ou 26 ans à peu près où est-ce que vraiment j’ai découvert qu’il pouvait y avoir une identité sourde. D’abord parce qu’on avait effectivement la même identité : on était Sourds pareil, on avait eu les mêmes problèmes, les mêmes obstacles et c’est là vraiment que je me suis identifiée comme étant une femme Sourde, mais pas seulement Sourde, une femme Sourde, féministe mais par contre pas handicapée, c’est vraiment la société qui nous donne cette étiquette-là finalement de personne handicapée. Puis je pense qu’avec le temps il faudrait sensibiliser les gens vraiment, les informer, de dire que finalement être une personne Sourde c’est absolument pas un handicap mais qu’on devrait être considéré.e.s au même niveau que les personnes entendantes.

Dans ma vie de tous les jours au quotidien comme je disais avec mes ami.e.s je me sens du même niveau, je trouve que ça va très bien.C’est plus au niveau de la société  entendante, au niveau de l’accessibilité des services par exemple du gouvernement que ce soit pour le ministère de la santé ou de l’éducation vraiment il y a des obstacles et faut continuer nos luttes et nos batailles et je sais que c’est long mais c’est au même titre que les autres handicaps finalement qui ont leurs luttes et leurs batailles à faire, ça prend du temps. Y a très peu d’adaptations qui sont fait, il y a pas toujours des services d’interprétation disponibles ou accessibles,alors au Canada on accuse un grand retard effectivement puis on est en 2015! Et on n’a pas encore accès à tous les services auxquels on devrait avoir droit alors qu’aux États-Unis, ils sont très très avancés à ce niveau-là et également technologiquement parlant ils sont plus avancés que le Canada. Étant jeune j’avais jamais eu de chum,puis j’ai rencontré mon premier chum c’était un entendant, je devais avoir 23 ans je pense, alors qu’étant jeune j’avais jamais eu de chum avant. Alors je pense que j’étais un peu réticente j’étais sur la défensive, je me sentais physiquement pas prête, j’avais des ami.e.s qui elles de leur cote avaient déjà eu des expériences sexuelles, avaient eu des chums Sourds, s’étaient ramassées en couple, je leur ai posé des questions on a pu échanger, elles m’ont raconté un petit peu ce qui se passait, partagé leurs expériences, et là tu vois moi un jour j’ai rencontré mon chum qui lui était entendant puis je me rappelais tout ce que mes ami.e.s m’avaient dit de leurs expériences de couple puis je me demandais si ça allait être différent parce que moi j’étais avec un entendant. Alors je me demandait si sexuellement y allait avoir une différence ou pas. C’est drôle vraiment, mon corps, je le  sentais, des réticences comme si j’étais sur la défensive, je savais pas trop comment on allait faire ça au niveau de la sexualité, mais mon chum était super patient, il a été pendant une année super patient avec moi. Là il m’a posé la question sur “ mais Hodan comment est-ce qu’on va faire l’amour?”“ Comment est-ce que on va s’y prendre sexuellement?” – Et là c’est drôle ça m’a mis comme…un espèce de sentiment de perte de confiance en moi puis là c’est vrai il me questionnait sur “ c’est vrai mais là on peut pas se parler puis là mais t’entendra pas ma voix, ’‘et là on dirait que ça a développé encore plus de réticences puis de défenses de mon coté, puis finalement j’ai décidé d’abandonner tout ça.

Ça a pris un certain temps,puis finalement trois ans après, ça a pris trois ans, c’est ça, qu’on s’était pas vus et je suis retournée avec ce même homme-là et on a recommencé à se fréquenter, puis ça a pris je dirais 6 mois, il a été très très respectueux là, moi-même je comprenais plus ce que c’était que la sexualité en tant que personne Sourde, je savais que tout devait passer par le regard, par les yeux, par le visuel , qu’il était pas question qu’on fasse l’amour la lumière éteinte, donc si je faisais référence à avant c’est parce que je comprenais pas en fait ce que c’était, mais que là avec toute l’expérience, les connaissances, puis d’avoir finalement tenté, je voyais la grosse différence sauf que émotivement, émotionnellement, j’avais comme plus de sentiments avec lui, donc on a décidé de mettre un terme à cette relation-là. Sauf qu’avec le temps je me suis rendue compte aussi que j’avais beaucoup plus confiance en moi en tant que femme, avec ma sexualité, avec mon corps également et là mon conjoint actuel, on est ensemble depuis 5 ans, nous avons une fille, une petite fille et vraiment on est très heureux,  on a une relation normale, pareil comme les entendant auraient, sauf que la seule différence c’est que nous sommes Sourds. Ma fille c’est une CODA, ce qui veut dire que ses deux parents utilisent la langue des signes avec elle, parce que ses parents sont Sourds mais tu vois ça se passe très très bien au niveau de la communication. Je suis très heureuse en couple, je suis très heureuse avec ma fille.

(Musique)

Alors franchement moi je vais te dire que je préfère évidement être en relation avec un Sourd parce qu’au niveau de la compréhension, de l’identité on est pareils, à la base on est pareils. Alors que si moi, Sourde, j’étais avec un entendant, c’est sûr qu’il pourrait peut-être comprendre certains faits sur la surdité, mais pas de A à Z,  probablement juste en partie, puis il manquera toujours des choses sur la surdité qu’il pourra pas comprendre. Alors que si je suis avec un Sourd, ça coule, c’est fluide la communication. Même sexuellement ça se passe super bien. Bon je veux pas généraliser évidemment, c’est pas partout pareil, mais je te dirais que nous à la base comme on est pareils, on a le même vécu, ça se passe super bien alors que un entendant aurait de la difficulté à comprendre les frustrations qu’on a vécu en grandissant par rapport au manque d’accessibilité et tout. Ce qui fait que pour moi, en tant que Sourde, je préfère être avec un Sourd.

(Musique)

Vidéo ///ACSEXE+/// Isabelle

 

Depuis plusieurs années, la FQPN a comme projet de traduire un ouvrage fondamental en éducation sexuelle: “The Ultimate Guide To Sex And Disabilty”, par Miriam Kaufman, Cory Silverberg et Fran Odette. Malheureusement, il nous a été impossible à date de réunir les fonds nécessaires pour mener à bien cette tâche phénoménale. Nous avons cependant mis sur pied ACSEXE+, en partenariat avec Accessibilize Montreal, un projet multimédia qui aborde les enjeux de sexualité, d’intimité et de relations amoureuses dans une société largement inaccessible et capacitiste. Cette vidéo a été réalisée au printemps 2015 dans le cadre de ACSEXE+ par Rozen Potin.

TEXTE DE LA VIDÉO

(Musique)

(Musique + bruits de craie)

Moi, Isabelle, qui je suis? C’est une grande question! Principalement je suis doctorante en psychologie communautaire, et une grande féministe depuis 6 ans maintenant.

Je suis très impliquée pour la cause des femmes en situation de handicap. À part ça, je suis une amante de l’aventure, des voyages, j’ai tout le temps aimé aller au-delà de mes propres limites.

En tant que femme avec un handicap ça n’a pas tout le temps été simple pour moi la sexualité et les rencontres avec les autres.On nous considère comme des personnes handicapées et non pas des femmes handicapées, comme si on était asexuées. Justement, le fait qu’on ait une sexualité en tant que femmes en situation de handicap c’est très, très tabou. On n’en parle presque pas au niveau de la société, c’est non reconnu, c’est même, c’est même déplaisant pour les personnes, ça choque.C’est vraiment un choc pour les personnes de comprendre que oui, on peut avoir une sexualité pleinement épanouie.

(Musique)

Moi j’ai connu très tard mes premières relations sexuelles. Mon premier amoureux, mes premiers baisers même, ça a été… mon premier baiser ça a été à 24 ans, alors que la majorité des femmes ont des premiers baisers à 12 ans, 13 ans, 14 ans… la première expérience sexuelle avec un jeune homme…euh…Donc ça fait en sorte qu’on arrive à un âge adulte avec moins d’expérience, moins de connaissances et malheureusement c’est plus facile de vivre des différentes situations d’abus parce qu’on connait moins la sexualité, on connait moins notre corps. On est moins aussi, malheureusement… On s’estime moins donc c’est plus difficile de dire qu’est ce qu’on aime et qu’est ce qu’on n’aime pas.Donc ça je trouve que c’est vraiment difficile, le fait que les expériences sont moins grandes, plus tardives, ça peut mener à des abus malheureusement.

Souvent, quand on a un handicap on passe très vite le sujet de la sexualité en tant que femmes.C’est mis de côté comme sujet et justement tout l’aspect du consentement éclairé, si on veut, c’est un aspect assez complexe, plus complexe qu’on pense. Consentir veut pas seulement dire oui ou non, ça veut dire être bien avec soi-même,être à l’aise avec soi, avec l’autre, être vraiment épanouie et c’est pas juste de dire « oui je le veux. » Mais à un moment donné dans l’acte ça va un peu trop vite, ça va un peu trop loin et là on peut plus vraiment rebrousser chemin. Alors qu’on peut, on peut toujours à tous les stades d’une relation rebrousser chemin, dire « c’est assez pour moi. »

(Musique)

Lorsqu’on a un handicap physique comme le mien notre corps est différent et pour avoir, en tout cas …Pour moi ce que j’ai vite appris avec mon entrée dans la vie adulte, dans la vie de femme, c’est que c’est en connaissant mon corps et ses réactions qui sont propres à lui et uniques que j’ai pu vivre une vraie sexualité. C’est en me connaissant et en le … et en me respectant et en respectant mon propre corps que je là je peux vivre une sexualité. Et je pense même que je pense que c’est important même de vivre en premier lieu une sexualité avec soi avant de la vivre avec un partenaire.Et donc ce que j’aimerais dire à toutes les femmes qui ont différentes sortes de handicap, c’est vraiment ça : « ayez confiance en vous! »Il faut avoir une estime de soi suffisamment forte, se trouver suffisamment belles ,pour parvenir à mettre son pied à terre et à revendiquer une belle sexualité.Parce que ce n’est pas tout d’avoir une sexualité, faut une sexualité épanouissante! Et c’est ce que j’ai envie de dire le plus, c’est ça : « trouvez-vous magnifiques!» On est toutes magnifiques! On a toutes une valeur incommensurable et on a toutes un corps qui en vaut le détour. Donc amenez votre corps avec vous, il est beau, il est plaisant, il est différent,et c’est dans la différence que c’est magnifique, on est toutes différentes et c’est par là qu’on va vous aimer.

(Musique)

ACSEXE+ c’est…

Consultez les vidéos du projet ACSEXE+, réalisées au printemps 2015 et présentées lors de l’assemblée générale annuelle 2015 de la FQPN.

Dans ces capsules, Isabelle, Hodan et Caroline partagent leurs expériences et réflexions sur la sexualité et la situation de handicap.

Réalisation: Rozenn Potin.

TEXTE DE LA VIDÉO
(Musique)

Caroline : ‘’Pour moi ACSEXE+ représente… reconnaitre la diversité et la différence dans les relations et dans les besoins et dans les désirs pour les relations, et tenir cette diversité de personnes qui vient de plein de choses différentes et l’accepter et l’intégrer avec amour…Et des fraises!’’

Hodan : ‘’Quand je me regarde dans le miroir en tant que femme, je suis contente de l’image que je vois.C’est très très positif. J’ai confiance en moi, je me sens bien, je me sens belle. Et mon chum m’accepte telle que je suis. Ça, ça m’influence l’image qu’il a de moi, je trouve que ça me donne un certain pouvoir également.Et comme je vous le disais j’ai vraiment bien bien confiance en moi. Fait que vraiment (la sexualité) ça se passe bien. ‘’

Isabelle : ‘’Pour moi la sexualité est un droit fondamental! Notre corps l’exige, notre corps en a besoin. La sexualité fait partie de la vie de tous, et  les femmes en situation de handicap on est brimées trop souvent par rapport à nos sexualités. Alors pour moi faire partie de ce projet-là, c’est de revendiquer mon droit au sexe!’’

(Musique)

(Générique)