XY : santé et sexualités pour la Saint-Valentin

Vidéo tirée d’un article de 2013 sur http://santenews.reseauprosante.fr, suivie de sa retranscription.

Contexte: vidéo prise dans le cadre de la troisième semaine des sexualités bordelaise. Pour cette édition, les sujets traités concernaient par exemple le handicap, le triolisme. Tout cela avec comme mot d’ordre le plaisir et la santé sexuelle. Témoignages de participants.


XY Sex 2013 : focus sur le handica[…]

Retranscription de la vidéo:

Jean-Pierre: Moi je suis parti d’une expérience, d’une rencontre que j’ai faite quand j’étais jeune, d’ailleurs j’en parle assez souvent, parce que pour moi elle m’avait marqué. C’était donc une personne qui est infirme motrice cérébrale, qui avait un handicap visiblement assez lourd en tout cas, qui est en fauteuil, qui n’a pas l’usage de ses jambes, bien qu’elle avait ses sensations. Nous étions copains ou amants on va dire, dans notre jeunesse. Moi ce qui m’a toujours marqué, c’est justement le fait que si elle n’avait pas accès à toutes les positions, toutes les choses que peuvent faire les personnes valides, habituellement en terme de sexualité, elle le disait elle-même, c’est ce que je disais toute à l’heure, elle compensait. C’est à dire que ce qu’elle faisait, elle a toujours essayé de le faire à 200%. Elle était, et a toujours été pour moi, une amante qui reste dans mes souvenirs, quoi.

Image d’un pictogramme d’une personne assise sur une personne en fauteuil roulant.

Samuel: À partir du moment où j’ai eu ma compagne qui a été attirée par moi, ça a remis tout à fait en question l’acceptation de mon propre corps, que j’ai revue du jour au lendemain. Il faut déplacer les problèmes qu’il y a, donc une meilleure acceptation du corps, des jeux sexuels, des jeux ludiques, pour justement découvrir les zones érogènes ou quoi que ce soit, et après, il y a peut-être pas pénétration, comme on disait tout à l’heure, mais il y a un plaisir non-dissimulé. Certaines personnes nous connaissant et nous ayant vus, sachant qu’on était en couple, nous ont dit «étant donné vos handicaps et votre situation ca ne durera jamais». Et on vient de fêter nos 3 ans de rencontre il y a quelques jours, on s’est fiancés, on projette de se marier, d’avoir un enfant…

Florence: Est-ce qu’une femme handicapée se pose la question d’avoir des enfants? Certainement. Pour mon cas personnel, je ne me suis pas posé véritablement de question, c’était une évidence, j’avais envie d’être mère, j’avais envie d’être en couple, et quand je me suis installée en couple, le projet d’enfant est arrivé assez rapidement.

Image d’un chandail avec un dessin de jambes ouvertes et un vagin projetant une fontaine au-dessus.

Julien: Étant donné que j’ai une petite autonomie pour marcher, ce n’est pas handicapant. Enfin, j’arrive pas à faire l’amour debout parce que j’ai pas assez de force dans mes jambes, mais à partir du moment où il y a un lit ou il y a un canapé, où y’a une position assise ou allongée, le handicap, il disparaît totalement.

Maelle: On nous considère pas comme des personnes sexuées. Généralement, quand on parle de handicap, c’est plutôt la maladie, la mort, des choses vraiment très très négatives, les gens ont peur, comme si on avait voilà quelque chose en moins, une incapacité, donc forcément, on se dit que ça ce n’est pas possible, et comme on est censé être des personnes ayant besoin d’aide, on ne peut pas apporter quelque chose à d’autres personnes, ce n’est pas possible pour eux.

Julien: J’ai encore du mal à annoncer aux gens que je suis handicapé, à leur dire «OK on se retrouve en ville, mais on va pas pouvoir aller dans tel bar, parce que je suis en fauteuil.»

Image d’un chandail ayant dessus une image ressemblant à une photographie en noir et blanc, présentant des seins dans le bas et des jambes et des fesses dans le haut.

Emeline: Et souvent dans les petits débats comme ça, souvent c’est plutôt les femmes qu’on entend, les femmes en fauteuil, pas les femmes qui sont handicapées que ça ne se voit pas, pas les hommes, pas les hommes en fauteuil, pas les hommes gais, enfin etc. Et là, c’était vraiment un échange assez complet, et je pense que les gens ont bien compris que handicap, ou noir, blanc, jaune, ou homme, femme, tout le monde est sexué, et tout le monde est vivant, simplement.

Pour la personne qui va à une première date et qui se demande si et comment dévoiler sa maladie/ son handicap à l’heureux/heureuse élu.e

Ce post est une contribution originale de notre blogueuse Aimee Louw, traduite de l’anglais par la FQPN. Consultez toutes ses contributions. 

J’espère que vous avez du fun lors de vos dates ! Dans mon cas, je ne dévoile des informations relatives à mon corps que lorsque j’ai confiance en l’autre personne et que je me sens à l’aise avec elle. Le premier conseil, c’est de se faire confiance. On peut se demander : « est-ce que je me sens à l’aise de parler de ça maintenant ? Est-ce que ça va me mettre à l’aise ?  » Je rajouterais qu’il ne faut pas se sentir obligé.e de partager des informations qu’on ne souhaite pas divulguer. Si ça arrive sur le tapis et que vous avez envie de parler de votre maladie ou de votre handicap, tant mieux ! En même temps, vous n’avez pas à répondre à toutes les questions que votre fantastique date peut avoir. J’ai déjà été à des rendez-vous au cours desquels les personnes demandaient : « oh, ça veut dire que tu ne peux pas –xyz- ? » et je n’avais pas forcément envie de répondre à ça, ou je trouvais que la question allait trop loin. Il est possible de répondre «  Je partagerai ces infos quand le temps sera venu », ou « je ne pense pas que ce soit pertinent de savoir ça à ce moment-là » ou quelque chose du genre afin de faire comprendre à l’autre personne que vous appréciez son intérêt/sa question mais que vous avez des limites et que vous les respectez.

Et rappelez-vous, vous n’êtes pas en train de lui annoncer une terrible nouvelle, vous êtes juste en train de partager un aspect important de votre vie, ce qui est un grand honneur, si on y pense bien ! (Je ne considère absolument pas mon handicap comme quelque chose de négatif).

Pour l’amour du homard

Ce post est une contribution originale de notre blogueuse Aimee Louw traduite de l’anglais par la FQPN. Consultez toutes ses contributions. 

Et me voilà, assise au Boston Pizza, en train de manger une salade d’épinards avec un type plus âgé que j’ai rencontré dans le stationnement de l’épicerie. C’est une première date. On n’a rien en commun.

Lui, c’est un pêcheur de la côte Est qui veut avoir du bon temps, de préférence sur un fond de musique rock des années 80. Moi, je suis une étudiante en musique mal dans sa peau à la recherche d’un peu d’expérience, d’excitation et de validation.

Il mange de bon cœur et me raconte tout ce qu’il y a à savoir sur le homard, tout en tournant les pages d’un album de photos développées en pharmacie datant des années 90. Il décrit les différents types de cages à homard et déplore qu’il y ait de moins en moins de travail en mer chaque année. Je hoche la tête et je joue avec ma nourriture, pensant qu’il va me trouver plus attirante si je mange moins.

On fait une drôle de paire, c’est sûr, mais pas pour la raison à laquelle il pense.

On mange, il parle, je l’écoute, et là la question est posée. Une question que je me suis habituée à attendre, ayant grandi avec un corps atypique, mais une question qui continue tout de même à me choquer et à me blesser quand je l’entends :

-« Alors, c’est quoi ton…ton… » accompagné de gestes avec les mains, attendant que je complète la phrase.

– « Mon ? »

– « Ta, ta…tu sais… »

– « hum… »

Je ne l’aide pas.

Le silence, la salade, la honte et des images de homard se mélangent dans ma tête. Puis il dit :

« t’inquiètes pas, ça ne me gêne pas, j’ai une nièce qui est née avec…enfin…elle a besoin d’aide »

« Oh… »

« T’inquiètes pas, je te trouve très belle de toute façon »

Ça m’a fait mal de réaliser qu’alors que j’étais en train de me demander si ma date me trouvait cute et voudrait me revoir, il était en train de se demander c’était quoi mon problème.  Ça m’a fait me sentir mal à l’aise. À l’époque je ne savais pas exactement pourquoi.

Le temps a passé et j’ai fait pas mal d’introspection. Ma façon de penser le handicap et les attentes qu’on a envers les personnes en situation de handicap s’est modifiée. Bien du temps a passé, et maintenant je suis capable d’expliquer pourquoi ça m’a rendu inconfortable.

Il y a souvent des attentes implicites envers les personnes en situation de handicap. Par exemple qu’on devrait :

a) se justifier quand on date

b) savoir qu’on est déficientes et donc être reconnaissantes lorsque quelqu’un.e daigne nous donner de l’attention

Il est attendu de nous qu’on corresponde aux standards d’apparence et de communication des personnes qui ne sont pas en situation de handicap. Et si on n’y parvient pas, on s’attend à ce qu’on s’en excuse, et à ce qu’on s’explique. Selon leurs termes.

Sur le coup, je me suis sentie mal à l’aise parce que je n’étais pas la personne qui amenait le sujet du handicap. C’était lui qui le faisait. Il y a une forme de pouvoir qui s’exerce lorsqu’on demande à une personne issue d’une minorité de partager son expérience. Je n’avais pas ouvert la porte à une discussion sur cette partie assez intime de moi-même. Ça ne m’avait même pas traversé l’esprit en fait, jusqu’à ce qu’il aborde le sujet. À cette époque, j’étais juste en train d’apprivoiser ce que mon handicap signifiait pour moi- j’étais loin de penser à ce qu’il pouvait signifier pour les autres.

C’était notre premier rendez-vous! Il s’est senti complètement autorisé à poser des questions très personnelles, sans prendre en considération le respect de ma vie privée. Il n’a pas pensé un instant à comment sa question pouvait me faire me sentir.

C’est difficile pour une jeune fille qui cherche l’amour de s’affirmer, surtout quand les sentiments se mettent de la partie. Et si je rigole maintenant en repensant à cette date vraiment mal assortie, à l’époque j’étais vraiment énamourée et je ne l’ai pas repoussé, même si il avait dépassé mes limites.

La fille que je suis aujourd’hui aurait giflé cet homme plus âgé qui datait une fille qui avait la moitié de son âge et qui cherchait à miner sa confiance en elle pour mieux la réconforter ensuite.

Celle que je suis aujourd’hui dirait à la plus jeune version d’elle-même que c’est de sa faute à lui si les choses sont étranges et malaisantes. Si c’était à refaire, je le laisserais s’enfoncer et énoncer tout haut ses préjugés. En silence. Je ne répondrais pas à ces questions sur mon corps. Envoye-z-en du malaise!

Je dirais à cette fille que cette salade d’épinards est délicieuse, mais que ce n’est en rien suffisant pour calmer le solide appétit qu’elle avait et a encore. Qu’on ne se fait pas de chum en limitant son appétit. Je l’encouragerais à bien manger et avec plaisir. Parce qu’on ne devrait jamais se priver pour essayer de se faire accepter.

Mais surtout, je lui dirais qu’elle n’a pas à révéler quoi que ce soit qu’elle n’a pas envie de réveler…jamais! Ni à une date, ni à une amie, ni à son boss, à personne. Et que si elle a envie de partager cette partie d’elle-même, elle ne doit accepter rien de moins que du respect et de l’ouverture de la part de l’autre personne.

Dates et capacitisme

Le capacitisme est partout. En avez-vous déjà vécu lors de vos dates ou dans le cadre de vos relations intimes?

« Lorsqu’on date, le capacitisme n’est pas flagrant, agressif ou nécessairement oppressif. Cela se manifeste plus sous la forme de non-dits,  de questions, d’occasions manquées dues à la peur…»

-Andrew Morrison-Gurza, Fondateur de Deliciously Disabled

Le capacitisme peut être défini comme la discrimination systémique basée sur la situation de handicap. Vous savez, ces moments qui vous font sentir mal à propos de votre handicap? Ou ces barrières qui se dressent entre vos besoins et vos désirs et leur réalisation?

Nous avons été collecter quelques expériences de capacitisme dans le domaine des dates, auprès de personnes qui vivent en situation de handicap au Québec ou au-delà. Voici quelques extraits de ces conversations ou entrevues qui ont été réalisées au téléphone ou par courriel. Certaines personnes ont préféré garder l’anonymat, d’autres non. Certaines ont des sites web et des blogues…Allez y jeter un coup d’œil!

Témoignage:

« À quelques reprises, j’ai essayé les sites de rencontres en ligne. C’était tellement stressant! Parce que mon handicap n’est pas visible lors d’un contact en ligne, il fallait que je fasse une « sortie du placard » et que je répète mon histoire: «hey, je suis handicapée, mais ce n’est pas si pire que ça.» Je ne le fais plus, ça me rend malade.

Mes ami.e.s me disent que je devrais faire plus d’effort et avoir plus de dates mais j’ai juste l’impression que j’ai pas suffisamment d’énergie pour ça en ce moment. »-ANONYME I

D’après certain.e.s, le capacitisme est plus présent dans les familles que chez les partenaires.

«  La plupart des gens avec qui je sortais étaient d’abord des ami.e.s. Le capacitisme était donc moins présent qu’avec des personnes que je ne connaissais pas. Elles savaient à quoi s’attendre. Mais la préoccupation qui ressortait, c’était la réaction de leur famille face à notre relation. »
Genre… : « ça pourrait devenir sérieux, mais ça va être compliqué avec nos familles dans le portrait ». Ils/elles étaient honnêtes, j’imagine. »
-Gift Tshuma, membre de Accessibilize Montreal, étudiant en sociologie

Dans un autre témoignage anonyme, une personne partage des expériences similaires:

    « Les expériences de capacitisme les plus fréquemment vécues sont liées à mon fauteuil ou à mon handicap langagier, et aux commentaires négativement connotés que font les autres lorsqu’ils et elles ne sont pas au courant de mon handicap. Les obstacles peuvent prendre plusieurs formes:

a) ne pas être capable d’entrer dans un bar/pub où une « date » aurait aimé passer la soirée

b) passer pour saoule à cause de mon manque de coordination et de mon langage escamoté

c) et la maladresse liée à l’initiation de l’intimité avec une nouvelle personne.

J’ai aussi constaté du capacitisme de la part de la famille et des ami.e.s de mes anciennes dates.” – ANONYME II

Dans un post précédent, on a abordé la question des
obstacles qui émergent lors des dates

Cette entrevue anonyme raconte l’expérience vécue sur les sites de rencontre en ligne :

« Il y a toutes sortes de réactions. La plupart du temps les gens se sentent désolés. Ça fait mal, comme quand une personne arrête de vous répondre parce qu’elle a peur. »-Anonyme I

Rester dans une relation pas correcte…

   « Il y a deux peurs :

1) Celle de ne pas être acceptée

2) celle d’être seule

Je suis restée dans des relations qui ne fonctionnaient pas pour ne pas me sentir seule. Mais ça fait mal, c’est un peu comme du poison, plus on s’enfonce, plus il s’infiltre. À un moment tu te demandes comment tu as pu en arriver là et tu regrettes de ne pas avoir réagi plus tôt. »    – Gift Tshuma

Ici, on ne propose pas de solutions, on se contente de partager les expériences. C’est le premier post d’une longue série. Merci à ceux et celles qui ont raconté leurs histoires avec leur cœur et leurs tripes. Vous êtes fort.e.s, et ensemble nous le sommes encore plus!

Contactez-nous si vous voulez partager votre histoire avec nous, anonymement ou pas! Ou utilisez le #ableistdate

L’(in)accessibilité : un enjeu de plus lorsque qu’on a une date!

Lorsqu’on planifie un rendez-vous galant, la question de l’accessibilité n’est pas une mince affaire! Les restaurants, les parcs, les petits bars à spectacle auxquels on accède par un escalier…

Comme je parle toujours d’accessibilité, ceux et celles qui me connaissent savaient que le sujet allait immanquablement revenir sur le tapis. Car l’accessibilité affecte tous les éléments de notre vie. Si vous vivez au Québec, vous connaissez les obstacles que l’on rencontre ici. Si vous vivez ailleurs, sachez qu’il y a plusieurs types d’inaccessibilité, certains avec lesquels je suis familière parce que j’y suis confrontée ou parce qu’on m’en a fait part lors d’entrevues. Et certains que je vais découvrir une fois ce post publié grâce à vos commentaires.

Comment est-ce que l’in/accessibilité affecte nos vies, et notamment nos vies sexuelles?

Il y a d’abord les questions d’accès physique aux organismes communautaires, aux magasins, au domicile des ami.es, aux bureaux de médecins, aux hôpitaux (pour ne pas citer de nom le tout nouveau Royal Victoria qui n’a pas de portes automatiques).
Puis l’impossibilité de choisir notre mode de transport, qui a un impact sur comment on se sent lorsqu’on arrive à destination, ou même si on y arrive!
L’accès aux soins à domicile et au soutien dans la vie quotidienne fait aussi toute la différence entre se sentir bien et être prêt.e à affronter le monde extérieur ou rester chez soi jusqu’à notre prochaine douche, le lendemain ou même plus tard. Les coupures budgétaires au Québec ont un impact préoccupant sur les services à domicile.
Avoir de faibles revenus limite les possibilités de prendre part à des événements culturels ou des concerts.
Et ne négligeons pas les stéréotypes et la stigmatisation qu’on vit parce qu’on est perçu.e.s comme différent.e.s, démuni.e.s, infantilisé.es, stupides, bizarres, ou autre.

L’accessibilité est la capacité d’accéder librement et de la façon choisie aux espaces physiques ou sociaux.

Toutes les considérations mentionnées précédemment sont un fardeau supplémentaire dans nos relations amoureuses ou nos dates. Parfois, on ne tient pas compte de ces difficultés parce qu’on a été socialement conditionné.e.s à les garder pour nous, ou parce qu’on essaie de se concentrer sur les aspects positifs. Mais l’inaccessibilité peut avoir des impacts majeurs et difficiles sur nos relations, et il est important de le reconnaitre. Car l’inaccessibilité n’est pas de notre faute.
L’inaccessibilité n’est pas de notre ressort et pourtant, on doit vivre avec tous les jours.

L’inaccessibilité s’incarne dans la façon dont est organisé l’environnement physique – avec des escaliers ou des lumières fluorescentes, des autobus sans annonces vocales. L’inaccessibilité est aussi dans nos relations interpersonnelles, dans les présuppositions de ceux et celles qui nous entourent sur ce que l’on est capable de faire ou pas, dans la stigmatisation qu’on vit dans nos familles, dans l’espace public, ou dans les services sociaux inadaptés à nos réalités et nos handicaps.

Mais comment est-ce que l’inaccessibilité sociale et physique affecte nos relations affectives et amoureuses, nos dates?

Imaginez : parce que les transports en commun sont un cauchemar qui vous gobent toute votre énergie, vous font souffrir ou sont tellement inadaptés que vous vous y perdez, vous préférez rester à la maison plutôt que d’aller voir votre partenaire ou cette personne qui vous intéresse tant. Vous passez moins de temps ensemble que vous ne le feriez si les transports en commun étaient accessibles et les déplacements aisés. Parfois, lorsque vous arrivez à destination, vous êtes frustré.e ou en colère ou tout simplement épuisé.e.

Pas facile d’être dans un état d’esprit romantique dans ces conditions! Parfois, votre partenaire fait les frais de la rudesse du conducteur/ de la conductrice de transport adapté ou de cette personne voyante qui vous a indiqué la mauvaise direction. Vous passez votre colère sur votre bien-aimé.e, et vous vous sentez coupable, et désolé.e, mais c’est souvent comme ça que commencent vos rendez-vous. Tout ça parce que le transport n’est pas adapté à vos besoins et à votre réalité.

Cela peut vraiment avoir un impact négatif sur la relation. Mais il faut se souvenir que ce n’est pas de notre faute si l’accessibilité n’est pas encore une réalité ici. Ailleurs dans le monde, ça l’est. Il n’y a pas de raison pour que le Québec ne devienne pas un jour un endroit accessible. Mais en attendant, il faut vivre avec, et se rappeler que ça nous demande beaucoup d’amour, d’énergie et d’attentions pour contrer tous ces aspects négatifs, et pour garder les choses fluides et agréables entre nous. Ça peut être une chose positive en soi. Plus d’amour, c’est pas si mal! Mais c’est beaucoup de soins et d’énergie à investir, et il est important de continuer à prendre soin de soi en même temps qu’on nourrit cette relation pavée d’obstacles liés à l’inaccessibilité. Et pourquoi ne pas se battre ensemble contre le capacitisme ambiant et l’inaccessibilité? Ça donne un but commun et c’est une occasion de passer plus de temps ensemble!

Je tiens à être transparente, cette page est tirée de mon livre. Si vous en voulez plus, allez ici  lire un article sur  mon expérience de refus d’accès dans un autobus de la Société de transport de Montréal.

Mise en situation 1 : vous êtes sourd.e et votre partenaire ne l’est pas.

Vous avez développé vos propres façons de communiquer : vous avez appris à lire sur les lèvres quand vous étiez plus jeune, votre partenaire a appris à vous parler de face et à se mettre en pleine lumière et il/elle voit dans votre langage corporel si vous n’avez pas compris quelque chose et qu’il est nécessaire de répéter. Mais voilà : des ami.e.s l’invitent à voir une pièce de théâtre, et vous avec. Vous adoreriez y aller! Va-t-il y avoir de l’interprétation afin que vous ayez accès au dialogue et à l’intrigue? Non, c’est une production à petit budget, sans service d’interprète. Deux choix : y aller pour ne pas rater une occasion de socialiser et faire bonne impression auprès des ami.e.s de votre bien-aimé.e. Ou suggérer d’aller à un événement qui vous est accessible. Ou, le soir du spectacle, sortir avec vos ami.e.s de la communauté Sourde à la place.

Dans cette situation, il n’y a pas de « bonne » réponse. Tout dépend de votre état d’esprit, de vos limites et de votre zone de confort, de combien de places il y a dans le théâtre, d’où sont placés vos sièges, de si votre partenaire signe et peut servir d’interprète, et d’un million d’autres considérations. Vous faites surement des compromis, et votre partenaire aussi. Avec un peu de chance, ses ami.e.s vont comprendre que vous avez besoin d’interprétation et en faire la demande dans la mesure du possible.

Mais ce dont il faut tenir compte, en premier lieu, c’est de votre confort personnel et du plaisir que vous pouvez – ou pas – en tirer. Plaire aux personnes entendantes qui vous entourent n’est pas une fin en soi. Ce n’est pas de votre faute s’il n’y a pas de service public gratuit d’interprétation au Québec. On y travaille. Il y a d’ailleurs une pétition pour une loi pour l’accessibilité au Québec à signer, une initiative d’ À la porte en collaboration avec Portraits de Montréal.

Mise en situation 2: vous  avez rencontré une personne vraiment sweet, vous l’aimez beaucoup, et vous aimeriez sortir avec.

Ça a l’air réciproque, alors vous êtes excité.e, nerveux/euse et tout. Vous vous échangez vos numéros de téléphone et comme de fait cette personne vous invite le lendemain à la rejoindre dans un bar avec ses ami.e.s. Vous êtes ravi.e de l’invitation. Mais stressé.e parce que l’atmosphère d’un bar vous rend anxieux.se, malade et ça vous prend une journée entière pour vous en remettre. Est-ce que vous y allez, en sacrifiant vos besoins et désirs afin de ne pas rater cette opportunité de rencontre avec cet être merveilleux? Ou est-ce que vous refusez, embarrassé.e, et raccrochez très vite?

Tout dépend du temps que vous avez de disponible le lendemain. Si cette dépense d’énergie en vaut la peine, et que ça vous fait plaisir, allez-y. Si ça n’est pas possible pour vous à ce moment-là, pourquoi ne pas lui suggérer de vous rencontrer au salon de thé au coin de la rue, puis aller ensuite vous balader au parc tout proche? Vous pouvez dire : « j’aimerai bien faire de quoi avec toi, pourquoi ne pas nous retrouver dans un endroit tranquille afin qu’on prenne le temps de se parler, de se connaitre ». C’est une réponse qui montre que vous avez envie de passer du temps avec cette personne, mais qui ne vous place pas dans une situation qui va vous occasionner stress et anxiété.

Mise en situation 3: vous êtes sur un site de rencontre.

Une personne vous trouve cute. C’est réciproque. Chaque fois que la conversation s’oriente vers le fait de vous rencontrer, vous changez de sujet. Pas parce que vous ne voulez pas la rencontrer; mais parce que tous les endroits auxquels vous pouvez penser ont des escaliers.

Le timing et l’intimité sont des enjeux à considérer lorsqu’on date quelqu’un.e. Les personnes en situation de handicap sont sans arrêt en train de planifier, de faire des plans, de contourner les obstacles liés au fait que les infrastructures, que tout est inaccessible. Alors, qu’est ce qu’on suggère pour une première date? S’il fait beau, aller se promener. En planifiant le point de rendez-vous afin qu’à la fin de la balade vous puissiez vous arrêter dans un endroit accessible comme un café ou un magasin de crème glacée avec une terrasse. On oublie souvent à quel point c’est plaisant d’être à l’extérieur, et c’est un bon moment pour apprendre à se connaitre. Et ça sera différent de beaucoup de premières dates, dans un bar à 19h.

 Vous allez proposer quelque chose d’unique, de différent!

Si c’est l’hiver, essayez de trouver un endroit accessible. Dans les petites villes, souvent la seule place accessible est le café-restaurant de l’hôtel. Proposez de vous retrouver là en disant qu’ils ont le meilleur pina-colada en ville! Ou n’importe quoi. Essayez juste d’en faire une aventure excitante et nouvelle plutôt que de vous excuser pour le lieu inhabituel. Un petit peu de créativité peut rendre cette première date agréable, même mémorable. Même si c’est un peu gênant au début.

Si votre aspirant.e. partenaire n’est pas familièr.e avec les enjeux d’accessibilité, il ou elle s’attend à ce que vous soyez en charge. Prenez ce rôle, vous êtes expert.e de toute façon!

On ne va pas se mentir, ça peut être vraiment frustrant de ne pas être en mesure d’accéder à certains endroits, que ce soit pour une première date ou pas. Parfois on a juste le goût d’abandonner et de repartir à la maison. Parfois c’est ce qu’il y a de mieux à faire. Rien de tel que l’inaccessibilité pour vous gâcher une date.

Ce que j’ai appris c’est que la créativité et la détermination à avoir du plaisir peuvent être un bon antidote aux lumières fluorescentes et aux escaliers, et à toutes les barrières d’accès.

Cela ne signifie pas qu’on arrête de se battre pour l’accessibilité, mais tout en le faisant, on se crée aussi des espaces sexy et des dates qui nous ressemblent et nous font sentir bien.

Sortez et planifiez les dates qui vous ressemblent, en prenant en considération votre plaisir et votre bien-être et votre envie d’avoir du fun et de rencontrer du monde. Autrement dit, ne mettez pas vos besoins de coté juste pour une date. Si vous êtes en mesure de le faire, soyez flexible et proposez de nouvelles idées, de nouveaux lieux de rencontre. C’est comme ça qu’on innove.

Rappelez-vous : l’inaccessibilité n’est pas de votre faute.

Être en amour dans cet environnement inaccessible est un acte révolutionnaire. Alors prenez soin l’un.e de l’autre, parce que chaque fois que vous vous embrassez, vous contribuez à la lutte!

Photo: Extrait du projet #iamchair qui a eu lieu a l'été 2014 à Montréal. Deux artistes et activistes descendent les escaliers d’un bar très connu à Montréal. Elles portent une chaise roulante manuelle avec elles pour démontrer l’inaccessibilité des espace culturels. Elles portent une pancarte lors de la performance/manif disant: “Can I carry you? Est-ce que vous aider à monter?” Publié le Étiquettes , , ,