HandyLover, la sexualité décomplexée

Article publié le 7 septembre 2017 sur le site Internet 7 à Poitiers.

Innovation technique pour les personnes handicapées, le HandyLover ?« made in Poitiers » a pour but de leur faciliter l’accès à une sexualité sans complexe. Mais pour le vendre, son concepteur va devoir lever un vrai tabou.

Le HandyLover est prêt. Bardé d’accessoires, ce siège coulis- sant modulable est né dans la Vienne. Le « 7 » évoquait déjà la mise au point d’un prototype en 2015 (n°269)… Sa vocation consiste à apporter une aide technique aux personnes handicapées physiques désireuses de maintenir une activité sexuelle. « Cet appareil répond à toutes les orientations et pratiques des utilisateurs, sans discrimination : hétérosexuelles, homosexuelles, bisexuelles, précise son concepteur Rodolphe Brichet. Il est aussi bien destiné aux personnes seules à mobilité réduite qu’aux personnes valides, ce qui permet son utilisation en couple « mixte ». »

Dans l’esprit de cet ingénieur spécialisé en ergométrie, l’idée a germé en 2014. Sans hésiter, il a créé une entreprise baptisée Mobility Desire et hébergée au sein de la pépinière de la Technopole du Futuroscope. Son objectif consiste à développer un produit fiable, en s’appuyant sur des compétences accumulées auprès des chercheurs en mécanique du geste sportif de l’université de Poitiers. Mais c’est en 2016 que les événements se sont accélérés. Le HandyLover a reçu le prix international de l’innovation de l’Unesco pour « la santé sexuelle et les droits humains ». Rien que cela ! Spécialisé dans ce domaine depuis plus de vingt ans, l’hôpital Henry-Gabrielle de Lyon lui a apporté sa caution médicale. Le concept séduit. En juin dernier, le projet a même été primé lors d’un concours national organisé par l’Ocirp (une référence en matière de prévoyance santé), dont le jury était présidé par le généticien Axel Khan.

« Oser l’acheter« 
Tout semble sourire à Rodolphe Brichet, qui est pourtant confronté à un sérieux obstacle. En France, la sexualité comme le handicap sont des sujets tabous. Autant dire que cet objet n’est pas facile à com- mercialiser. « Indépendamment de la reconnaissance et de l’intérêt portés par le corps médical, il faut que le HandyLover soit connu et expliqué aux utilisateurs », reconnaît le chef d’entreprise. Autrement dit, les personnes en situation de handicap vont devoir  « oser acheter » cet équipement. Première note d’optimisme, le réseau Harmonie Médical Service vient d’ajouter le HandyLover à son catalogue et sur Amazon. De quoi booster les ventes. Par ailleurs, Rodolphe Brichet offre quinze jours d’essai et une promotion à tous ceux qui s’engagent à laisser un com- mentaire sur leur expérience. « J’ai besoin de témoignages d’utilisateurs pour convaincre les plus réticents », explique l’intéressé.

Tous ces éléments mis bout à bout confortent l’enthousiasme du fondateur de Mobility Desire, qui admet « ne pas encore se rémunérer ». Seize configurations différentes ont déjà été dessinées. Reste à trouver la trésorerie pour les développer et montrer à nouveau que les Français de- meurent les experts de l’amour sous toutes ses formes.

5 conseils pour trouver l’amour en ligne lorsqu’on a un handicap

Article publié le 12 février 2016 sur le site Internet Ici Radio-Canada.

Quand handicap ne rime pas nécessairement avec asexualité

Article publié le 24 mai 2017 sur le site Internet Le cabinet de curiosité féminine.

Deux sociologues, Johann Chaulet qui a bien voulu répondre à  mes questions, et Sébastien Roux ont décidé de bousculer les idées reçues et de faire tomber les barrières en matière de sexualité et de handicap. Une démarche audacieuse et passionnante.

Johann âgé de 36 ans, est atteint de myopathie des ceintures. Son état nécessite une assistance respiratoire, ainsi qu’une présence humaine permanente. Il a 8 ans quand tombe le diagnostic. Et marchera encore jusqu’à l’âge de 11 ans. Le choc de l’annonce passé, ses parents se battront pour qu’il mène une vie la plus ordinaire possible et qu’il soit scolarisé comme tous les enfants de son âge. Mais Johann veut davantage, gommer au maximum sa maladie. Cette volonté lui permettra, notamment, de faire des études supérieures et de mener une vie sexuelle la plus épanouissante possible. Aujourd’hui sociologue, il est en couple depuis 2 ans. Portrait d’un homme lumineux.

Vous avez publié un article à propos de votre vie sexuelle. Comment est née cette idée ?

J’étais à un tournant dans ma vie sentimentale, avec des questionnements sur ma sexualité, quand un nouveau chercheur a été recruté dans mon labo. Nous sommes rapidement devenus amis, puis confidents. Sébastien travaillait sur ce type de sujet et nous avons pensé faire de nos conversations amicales un objet de recherche. La méthode consistait à répondre à ses questions qui orientaient le débat. Nous nous sommes réunis 5 ou 6 fois pour des échanges enregistrés, qui duraient deux heures environ. Au départ, on pensait écrire un livre, mais finalement on a décidé de commencer par retranscrire notre travail dans un premier article construit autour d’un récit auto-ethnographique.

Y avait-il une démarche militante derrière cette envie de vous mettre en récit?

Au départ non. Ce travail est né de la fin difficile d’une relation amoureuse. J’ai douté pour la première fois de mes aspirations à une vie sexuelle et sentimentale ordinaire en mettant, à tort, sur le compte de mon handicap les complications sexuelles apparues peu avant le terme de cette histoire. Mais très vite l’aspect militant est apparu. Je souhaitais que mon questionnement se fasse en dehors de tous les débats institutionnels sur la sexualité. Moi je ne réclame rien, aucune mesure compensatoire en raison de ma situation. Je voulais seulement montrer que malgré les difficultés, un épanouissement sentimental et sexuel est possible.

Vous « revendiquez » donc plus qu’une relation sexuelle tarifée avec une assistante comme en Suisse par exemple ?

Je ne nie pas que cela puisse apparaître pour certains comme une nécessité et je ne veux pas faire de ma situation personnelle une généralité. Pourtant  je pense que ce type de dispositif, et surtout le fait qu’il concentre toute l’attention sur nous peut avoir des effets pervers. Il peut en effet conduire à nous catégoriser davantage. Cela sous entendrait également que nous n’avons pas la possibilité d’avoir une vie sexuelle basée sur un désir et une attirance réciproques. De plus, il semble inenvisageable d’aller trouver la MDPH en réclamant des moyens, ne serait-ce que matériels, pour une sexualité épanouie. Mais peut-être que si quelqu’un le faisait, ça ferait évoluer les mentalités.

Vous dites qu’en dehors de cette rupture, vous n’avez jamais douté de la possibilité de parvenir à une vie sexuelle et amoureuse. Y compris à l’adolescence ?

A cette même époque j’ai pris mes distances avec les associations et les institutions parce que je voulais que ma maladie « disparaisse ». Je refusais d’être stigmatisé avec un rôle à minima. J’étais décidé à faire des études, à voyager, à « baiser », etc. Cette volonté m’a permis de repousser mes limites. J’ai préféré envisager ce que je pouvais faire plutôt que ce que je ne pouvais pas faire.

A la lecture de votre récit, on comprend qu’il vous a fallu faire preuve d’inventivité pour parvenir à cette intimité épanouissante à la fois pour vous et votre amie :

Oui, il s’agit en même temps d’une sexualité ordinaire, un mec qui baise avec une femme et d’une situation qui reste unique et spécifique. Moi qui suis plutôt sexuellement dominant, il a fallu que malgré mon incapacité à bouger, je trouve le moyen d’exercer cette domination en intimant des ordres à ma partenaire. Le fait d’y parvenir est d’autant plus puissant. Cependant, j’ai bien conscience que tout repose sur celle qui accepte de se faire guider pour m’aider à bouger. Il faut avoir présent à l’esprit que l’autre ne pourra ou ne voudra peut être pas. Mais cela ne m’est jamais arrivé, ce qui montre bien que c’est possible. Ma compagne actuelle a douté d’y parvenir au départ. Mais en expliquant et en donnant la direction, les craintes se dissipent.

Le fait de vous dévoiler si intimement dans ce récit a-t-il été difficile?

Je suis pudique pour l’autre, je ne veux pas imposer à l’autre mon impudeur. Il y a des gens autour de moi qui ont refusé de lire mon texte et je respecte totalement leur position. Mais ma situation m’a bien obligé à abandonner toute pudeur. Lorsque je sors, je dois demander à quelqu’un de m’accompagner pour aller aux toilettes et je suis nu devant ceux qui m’aident au quotidien depuis que j’ai 11 ans.

Enfin, mon amie et moi tenons un blog érotique avec des textes et des photos qui ont une visée artistique. Je pense aussi à un film qui montrerait la réalité du rapport sexuel, mais toujours dans un cadre artistique.

Au niveau sociologique, existe-t-il des données, des études sur sexualité et handicap?

En France, il n’existe pas de données chiffrées à ma connaissance. Cela reste tabou, même dans les associations dont certaines font, par ailleurs, un travail remarquable. Les parents d’enfant(s) en situation de handicap ne conçoivent pas pour eux la sexualité et la procréation. Ils considèrent que cela relève de l’impossible. Il faut être convaincu soi même pour convaincre les autres. Cependant, il y a des études de plus en plus nombreuses sur la question de la sexualité et du handicap, à la fois dans notre pays et aux Etats-Unis. En comparaison, les sociologues américains ont davantage développé le genre auto-ethnographique, en particulier sur ces thématiques. Ici, il reste très marginal.

Merci beaucoup à Johann pour ce témoignage riche d’enseignement. Le travail sociologique qui l’accompagne est rare et précieux. C’est grâce à des personnes telles que Johann que l’on peut espérer faire évoluer les mentalités et le regard que nous portons sur le handicap. Je ne saurais trop conseiller aux lecteurs d’aller lire son récit, très bien écrit qui plus est.

Non, ceci n’est pas un documentaire sur la vie sexuelle des personnes handicapées: retour sur le documentaire Rencontres particulières par Kéven Breton

Article de Kéven Breton publié le 13 avril 2017 sur le site Internet de C’est juste de la TV.

Le documentaire Rencontres particulières, diffusé hier sur TV5, braque les projecteurs sur un sujet délicat : l’aide sexuelle. Ce terme réfère à l’obtention de services sexuels par des personnes en situation de handicap qui font le choix d’emprunter cette avenue – pour l’instant illégale – afin d’assouvir leurs besoins. L’enjeu est complexe, mais l’équipe de réalisation réussi à offrir un bon tour d’horizon en soixante minutes.

Toutefois, attention : contrairement à ce qu’on veut vous faire croire, ce documentaire ne parle pas de la sexualité des personnes handicapées. L’erreur est dans le marketing entourant cette émission, qui est présentée sans retenue comme une incursion dans la vie intime des personnes handicapées.

Pas d’homogénéité

(Vidéo : Rencontres particulières) 

Ce n’est probablement pas de la faute au réalisateur Mathieu Vachon, ni celle d’aucun des nombreux intervenants tous pertinents à leur façon. Mais la bande-annonce (ci-haut), et les nombreux articles de presse qui y font référence, présentaient unanimement ce soixante minutes comme une exploration minutieuse de la «vie sexuelle des personnes handicapées».

Malheureusement, ces journalistes devraient savoir que la «sexualité des personnes handicapées» est un concept qui n’existe que dans leur tête. Cette «sexualité» opaque et homogène, associée sans gêne à un groupe d’individus, n’existe pas plus que la «sexualité des homosexuels», la «sexualité des femmes hétérosexuelles noires» ou la «sexualité des informaticiens Gémeaux ascendant Scorpions».

Ainsi une très grande majorité de personnes handicapées ne se reconnaîtront absolument pas dans Rencontres particulières, dont le sujet semble au final fasciner davantage les personnes non-handicapées. D’ailleurs, beaucoup d’autres émissions ont traité de ce même sujet par le passé, dont les Francs-Tireurs ou Médium Large.

Du bon et du moins bon 

(Photo : Rencontres particulières) 

L’assistance sexuelle n’en demeure pas moins un sujet intéressant et le travail de recherche soutenant le documentaire est volumineux. On fait un tour d’horizon… avec même quelques répétitions puisqu’on multiplie tellement les cas de figure d’hommes (et jamais de femmes) ayant eu recours à ces services, qu’on aurait pu explorer d’autres facettes de la vie intime des personnes handicapées.

De plus, certains intervenants expliquent que bien des personnes en situation de handicap ne veulent pas avoir accès à ces services sexuels ou n’en n’ont simplement pas besoin. Malheureusement, non seulement ces extraits sont trop brefs, mais ils n’ont pas retenu l’attention des critiques qui n’avaient d’intérêt que pour les témoignages des hommes ayant clandestinement fait affaires avec des escortes par le passé. Il faut tout de même dire que ces exemples étaient bons et particulièrement frappants : le premier en a retiré une expérience positive, acquérant une dose de confiance nécessaire pour s’épanouir émotionnellement, alors que l’autre en est ressorti troublé et même blessé, après que la travailleuse du sexe lui ait offert un service de mauvaise qualité.

En résumé : le ton est juste, le contenu est étoffé, et en une heure le documentaire parvient à nous faire comprendre certains enjeux reliés à la légalisation de ce service au Canada. Il fallait en parler, c’est chose faite.

On peut donc dire que Rencontres particulières est une exploration journalistique sur la légalisation de la prostitution et des services sexuels, et non pas d’une émission sur la vie sexuelle des personnes handicapées.

D’autres aspects à explorer 

(Photo : Rencontres particulières)

Je souhaite maintenant que les prochains réalisateurs qui aborderont le vaste sujet de la vie intime des personnes handicapées le feront en explorant d’autres facettes peut-être moins provocatrices, mais tout aussi importantes : comment dater dans une ville principalement inaccessible? Comment se passe la réadaptation sexuelle après un accident? Comment sortir pour rencontrer des gens alors qu’on vit sous le seuil de la pauvreté? Comment avoir une vie intime si on se fait refuser l’achat d’un lit double? Comment se rendre au cinéma avec son amoureux, si vous êtes les deux en fauteuils roulants et qu’aucun taxi de Montréal offre un service adapté?

Additionnez tout ceci, et vous commencez à vous rapprocher d’une émission qualifiable «d’exploration de la vie sexuelle des personnes handicapées». Mais ce n’est pas ce dont il est question avec Rencontres particulières. C’est correct aussi, tant qu’on le considère comme tel.

Vous pouvez revoir le documentaire Rencontres particulières  sur le site web de TV5. Attention, vous avez jusqu’au 18 avril pour le faire.

***

Kéven Breton est un militant de l’accessibilité universelle. Pour d’autres articles sur le handicap, vous pouvez le lire sur son blogue URBANIA.

Défaire les préjugés sur la vie sexuelle des personnes handicapées

Article de Catherine Bouchard publié le 9 mars 2017 sur le site Internet de Radio-Canada Alberta.

De nombreux préjugés concernant la vie sexuelle des personnes handicapées demeurent bien présents dans la société. Des Albertains tentent toutefois de faire changer les mentalités en parlant ouvertement de cet enjeu.

Bean Gill a été paralysée des hanches jusqu’au bas du corps subitement en 2012 en raison d’un virus.

Alors nouvellement célibataire, elle a dû conjuguer avec de nouveaux problèmes d’estime de soi. « Je croyais que personne ne voudrait sortir avec moi. J’étais nouvellement célibataire. Je me sentais perdue », relate la jeune femme.

À mesure qu’elle retrouvait de la mobilité grâce à la réadaptation physique, la femme de 35 ans s’est mise à reconnecter avec sa sexualité, bien que les sensations sont devenues différentes. Certains aspects ont changé, tels des spasmes dans ses jambes.

Elle ne voulait toutefois pas, dans les premiers temps, recommencer à sortir avec des hommes, en raison de ses insécurités. C’est sa psychologue qui l’a convaincue de s’inscrire à un site de rencontres en ligne. Elle a mis des photos d’elle avec son fauteuil roulant.

« Je voulais faire cela pour les gars pour qui cela ne comptait pas [le handicap] et plusieurs d’entre eux m’ont contactée. Ça a été vraiment bien », raconte Mme Gill.

Selon elle, les personnes avec un handicap sont souvent perçues comme asexuées.

Michelle Bissell, atteinte de paralysie cérébrale et militante contre la stigmatisation des personnes handicapées, abonde dans ce sens. Elle indique que les gens présument souvent qu’elle ne peut avoir de relations sexuelles.

« Les gens tiennent pour acquis que je n’ai pas de relations sexuelles et que je ne suis pas un être sexuel­. […] C’est une partie de moi comme tout le monde », raconte Mme Bissell.

Elle croit qu’une meilleure sensibilisation et plus d’éducation sont nécessaires pour briser ces préjugés.

Nouvelle formation pour les intervenants

Depuis l’automne, un diplôme de deuxième cycle en santé sexuelle de l’Université de l’Alberta est offert. L’objectif est d’outiller les intervenants notamment sur la question de la sexualité chez les personnes en situation de handicap.

Le professeur en ergothérapie spécialisé en santé sexuelle chez les personnes avec un handicap, Shaniff Esmail, croit que les bénéfices d’une vie sexuelle active chez cette partie de la population sont nombreux, particulièrement pour les personnes nouvelles handicapées.

« Les personnes qui composent avec leur sexualité, qui ont rétabli leur intimité, cette partie de leur vie, ont tendance à avoir une bien meilleure qualité de vie, une estime de soi plus saine, une meilleure image de leur corps, tout cela », explique M. Esmail.

Boutique érotique

Le chercheur recommande d’ailleurs à ses patients de se rendre au Traveling Tickle Trunk, une boutique érotique d’Edmonton orientée sur l’approche positive de la sexualité. Le commerce sert beaucoup de personnes en situation de handicap.

Sa propriétaire, Brenda Kerber, est travailleuse sociale spécialisée en santé sexuelle de formation. Elle aide de nombreuses personnes handicapées à trouver le jouet sexuel qui leur convient.

« Les gens qui viennent de perdre de la mobilité ont l’impression que tout doit changer. Ils se disent qu’ils vont peut-être perdre leur vie sexuelle, qu’ils ne pourront pas faire certaines choses. Certains objets dans l’industrie des jouets sexuels peuvent aider à permettre de [stimuler son partenaire] comme ils le faisaient avant », donne en exemple Mme Kerber.

Selon elle, les services de santé recommandent à leurs patients de se rendre à son commerce, car ils savent qu’en plus de trouver un environnement sans jugement, ils auront aussi de l’information sur une vie sexuelle saine.

Des initiatives comme celles-ci aident à mieux comprendre la réalité des personnes handicapées, estime pour sa part Bean Gill. Elle a d’ailleurs donné une conférence sur son expérience dans le cadre du nouveau programme en santé sexuelle de l’Université de l’Alberta.

« Nous sommes des personnes normales qui ont traversé des épreuves malheureuses, mais nous voulons toujours être désirables et attirantes », conclut-elle.

Mes amours: une initiative française inspirante pour les personnes ayant une déficience intellectuelle

Dans le cadre de la semaine québécoise de la déficience intellectuelle 2017, nous vous présentons une initiative française inspirante:

Extrait tiré d’un article de 2017 sur handicap.fr.

Contexte

 » Mes amours  » est un programme de recherche engagé par l’université Lyon II et la fédération Trisomie 21. Un outil de formation interactif conçu pour favoriser l’accès des personnes porteuses d’un handicap intellectuel à la vie amoureuse.

Par et pour les personnes trisomiques

Comme son nom le laisse deviner, Mes amours est né d’une réflexion sur la vie amoureuse des personnes atteintes d’une déficience intellectuelle. Fruit d’une collaboration entre de nombreux acteurs, dont le CHU de Saint-Étienne et le CeRHeS (Centre ressources handicaps et sexualités) de Lyon, il consiste à former des personnes trisomiques pour intervenir auprès de leurs pairs. En clair, des ateliers sont co-animés par des binômes constitués, notamment, de personnes trisomiques. L’idée principale ? Sensibiliser d’autres personnes porteuses d’un handicap intellectuel aux questions de sexualité, de contraception, d’amour, de désir…

Formation interactive

Comment appuyer cette formation de façon ludique et durable ? Les équipes à l’origine du projet ont imaginé une exposition. Un outil créé avec et pour les personnes porteuses de trisomie 21, considérées comme expertes de leur déficience. « Cette exposition est à visée formative et interactive : elle comporte de nombreux visuels et fait appel au travail de photographes, d’infographistes, d’illustrateurs… », explique Jennifer Fournier. Ici, pas question de stigmatisation mais plutôt de recherche avec les personnes, avec une vocation à travailler ensemble. Ce qui implique échanges, partenariats et concertation.

Améliorer la qualité de vie

En conséquence, sept binômes de différentes régions se sont rassemblés durant quatre week-ends pour concevoir cet outil pédagogique. Une fois finalisé, il sera entièrement gratuit et disponible en ligne sur le site des partenaires du projet, dont celui de la FIRAH. Les premières interventions auront lieu entre avril et juin 2017 dans différents établissements (ESAT, EA…). Une première version sera proposée fin mars.

Un outil novateur

Novatrice, cette « formation préconstruite » aborde des thématiques majeures : méconnaissance du corps, des interdits et des droits, difficulté à décoder ses émotions ou survalorisation de celles-ci, incapacité à percevoir les attitudes implicites telles que la séduction, difficulté à s’affirmer ou même à répondre clairement par « oui » ou par « non »… Le but principal étant d’améliorer la qualité de vie des personnes porteuses d’un handicap intellectuel.

Trouver l’amour quand on est aveugle

Chronique radio du 14 février 2017 à l’émission Gravel le Matin, sur les ondes d’Ici Radio-Canada Première.

Transcription:

Alain Gravel: Tout autre registre, autre atmosphère, 14 février, St-Valentin, vous nous parlez de l’amour chez les aveugles ou les malvoyants.

Intervieweur- Hugo Lavoie: Évidemment, on a l’expression en tête, l’amour est aveugle, mais dans les faits, comment ça marche? Comment on drague? Comment on rencontre? Comment on « crouse », finalement, quand on est aveugle ou presque? Alors, j’ai rencontré Luc Fortin, cinquantaine, travaille dans les communications, lui il est aveugle. Et Christine Rousseau, elle est malvoyante, elle voit un petit peu, une vue périphérique, assez peu, jeune trentaine, avocate, animatrice de l’émission ça me regarde sur AMI-télé où Luc fait lui aussi des chroniques. Bref, ils se connaissent les deux. Je les ai rassemblés et j’ai posé toutes les questions niaiseuses qui me passaient par la tête, ou à peu près, à commencer par, « mettons » qu’on arrive dans un bar, on est aveugle ou malvoyant, comment ça marche?

Luc Fortin: Je peux te dire comment ça ne fonctionne pas. Ça, j’ai du succès là-dedans (rires). Premièrement, moi je n’irais pas dans un bar.

Hugo: Pourquoi?

Luc: Parce que c’est bruyant. J’utilise un réseau téléphonique de rencontre, ce qui me permet d’entendre les voix, la diction, parce que pour moi, ça c’est le premier élément qui me séduit, puis si c’est agréable, je vais l’inviter à prendre une soupe.

Christine Rousseau: Moi mes rencontres ne se sont pas passées du tout dans les bars.

Hugo: On se rencontre comment?

Luc: Je pense que la majorité des personnes qui ont un handicap visuel, ce sera dans un environnement que la personne côtoie régulièrement.

Christine: Le plus gros de mes rencontres se sont faites à travers mes études. De manière réaliste, on est quand même dans une société où encore, c’est bien vu en tout cas qu’un homme fasse les premiers pas. C’est sûr que j’ai eu un avantage. C’est sûr que l’inconvénient, c’est que les timides qui sont parfois les plus gentils au fond, ou qui ont peut-être une perspective un peu plus à long terme, eux on va les perdre.

Hugo: Est-ce que la cécité rebute un conjoint.e potentiel.le?

Luc: Si je prends supposons le réseau téléphonique de rencontre, moi on me le dit « ah non ça ne m’intéresse pas quelqu’un qui ne voit pas » parce que je leur dis, ça fait partie de moi.

Christine: Je pense que ça pose la question aussi de quand est-ce qu’on le dit, disons si j’étais sur les médias sociaux ou sur des réseaux où je devrais avoir une petite bio, ça ne ferait pas partie de ma description. Est-ce que c’est mauvais, est-ce que c’est bon? Je pense que c’est à chacun de le choisir, mais moi non.

Hugo: Une fois qu’on a un premier contact avec quelqu’un généralement, on va se le dire entre nous, on aime ça savoir si la personne elle est belle ou s’il est beau, comment on fait?

Luc: Je me souviens une fois où j’avais une rencontre dans un restau, et j’avais demandé à une amie, je savais très bien qu’elle travaillait pas trop loin, puis je lui ai dit « arrive au milieu du repas, fait semblant que…allo, comment ça va… Si elle répond à mes critères, tu me fais la bise sur la joue droite, et sinon fais-moi la bise sur la joue gauche ». Elle m’a fait la bise sur la joue gauche. (rires)

Hugo: La dame qui était avec vous s’en est rendu compte?

Luc: Elle l’a su tellement facilement. On était pas subtils semble’il. (rires)

Christine: Quand j’ai connu mon conjoint, j’avais une collègue de travail qui me disait, Christine, tu me dis qu’il est vraiment « cute », je te rappelle que tu as quand même un petit problème de vision (rires) je pense que je serais mieux de vérifier ça pour toi. Je lui montre une photo, et puis elle me dit « ah ok, c’est correct tu peux continuer ». (rires)

Luc: C’est pas parce qu’on est aveugles que le physique ne nous intéresse pas. La beauté du coeur, là, j’ai hâte qu’on en revienne! (rires) Ma mère va m’appeler! (rires)

Hugo: Qui ne veut pas une belle fille?

Luc: Ça fait tellement superficiel!
Christine: Honnêtement, c’est vrai qu’on ne s’attend pas à ça, j’imagine là, moi-même je m’attendrais à ce qu’une personne qui a perdu la vue se concentre sur d’autres choses que…

Luc: Mais je ne veux pas qu’une belle fille!

Christine: Est-ce que ça va être quelque chose qui est typiquement aux femmes? Oui, on veut un minimum au niveau du physique, mais on s’attarde davantage à ce qui est à l’intérieur.

Hugo: Ça c’est le cliché!

Christine: C’est ça! C’est le cliché, mais je pense que je suis vraiment bien dedans! (rires) Ça c’est très bien fini, je l’ai marié!

Luc: C’est tellement pas juste, voyons dont c’est trop facile!

C: C’est comme dans les films!

(rires)

Alain Gravel et Hugo: Comme dans les films!

Hugo: Écoutez mesdames, si vous voulez rencontrer Luc, et si vous êtes plutôt belle (rires) … Là il faut dire que je ne connais pas ses critères, je n’ai pas la liste des critères.

Alain: La beauté c’est relatif! Mais ça demeure la vitrine de la présence d’une personne, ce qui permet à la personne par la suite d’aller découvrir d’autre chose!

Hugo: Et voilà un des défis auxquels font face les personnes malvoyantes, il faut des fois avoir l’aide d’un.e ami.e pour savoir si on est dans les critères recherchés plus ou moins. Alors bref, Luc Fortin, Christine Rousseau merci beaucoup d’avoir partagé ça aujourd’hui, on va mettre ça sur nos réseaux sociaux!

Alain: Bon signe, c’est joue gauche ou joue droite?

(rires)

Hugo: Il faut s’entendre d’avance! Il ne faut pas se tromper!

Alain: Merci Hugo!

 

Josée veut échanger sur ACSEXE+ avec vous!

Notre chargée de projet, Josée, vous adresse aujourd’hui son premier « post » de blogue original:

Ça fera bientôt un mois que j’ai la chance d’être chargée de projet pour ACSEXE. Un mois à me familiariser sur ce qui a été fait, un mois à lire, discuter, penser…sans réussir à complètement me faire une tête sur quoi faire pour qu’ACSEXE rayonne encore plus et soit encore plus intéressants pour ceux/celles se sentant concerné.e.s par le projet.

Le projet ACSEXE vient me toucher personnellement. Je repense à la petite Josée adolescente, qui voyait ses amies avoir leurs premières expériences sexuelles, et qui se demandait si elle serait capable d’avoir du sexe « normal » avec ses jambes et son corps raide. Je repense à la Josée début vingtaine qui « datait » via des sites de rencontres, avec un handicap invisible sur les photos, et qui prenait des heures à réfléchir sur quand et comment et pourquoi nommer sa différence avant le premier rendez-vous. Je repense à la Josée mi-vingtaine (et ça, ça ne fait pas tellement longtemps), qui après une vie sexuelle avec le même partenaire pendant des années, se demandait comment communiquer ses différences et capacités avec des partenaires plus éphémères. Et encore plus récemment, la grande Josée, qui se demandait la semaine passée où on les trouve, ces partenaires ouverts à une belle histoire d’amour avec une personne « différente »?

J’ai le goût d’aborder tout ça avec vous. Mais ça, c’est ma réalité. Et la vôtre est différente. Vous avez certainement des questions, des solutions, des choses à dire, des idées pour le projet…

ACSEXE, ce n’est pas seulement moi, c’est nous.

Vous souhaitez embarquer dans le projet et me faire part de vos idées, échanger, collaborer sur ce blogue… J’ai envie de vous entendre! Écrivez-moi au jrochon@fqpn.qc.ca.

Josée

Un reportage de Banc Public aborde la sexualité des personnes handicapées motrices

Dans cet épisode de Banc Public, l’animatrice Guylaine Tremblay rencontre Mélody Courtois Poulin, qui a une maladie dégénérative. Mélody et son conjoint expliquent comment ils arrivent à avoir une vie sexuelle épanouie. Également, le reportage présente une entrevue avec Alexandre Vallerand, qui explique comment il vit sa sexualité. Zoé Vourantoni, sexologue au centre de réadaptation Lucie-Bruneau, commente et fait des liens avec les situations des patient.e.s rencontré.e.s dans le cadre de sa pratique.

Voir la vidéo sur la page Web de l’émission.