HandyLover, la sexualité décomplexée

Article publié le 7 septembre 2017 sur le site Internet 7 à Poitiers.

Innovation technique pour les personnes handicapées, le HandyLover ?« made in Poitiers » a pour but de leur faciliter l’accès à une sexualité sans complexe. Mais pour le vendre, son concepteur va devoir lever un vrai tabou.

Le HandyLover est prêt. Bardé d’accessoires, ce siège coulis- sant modulable est né dans la Vienne. Le « 7 » évoquait déjà la mise au point d’un prototype en 2015 (n°269)… Sa vocation consiste à apporter une aide technique aux personnes handicapées physiques désireuses de maintenir une activité sexuelle. « Cet appareil répond à toutes les orientations et pratiques des utilisateurs, sans discrimination : hétérosexuelles, homosexuelles, bisexuelles, précise son concepteur Rodolphe Brichet. Il est aussi bien destiné aux personnes seules à mobilité réduite qu’aux personnes valides, ce qui permet son utilisation en couple « mixte ». »

Dans l’esprit de cet ingénieur spécialisé en ergométrie, l’idée a germé en 2014. Sans hésiter, il a créé une entreprise baptisée Mobility Desire et hébergée au sein de la pépinière de la Technopole du Futuroscope. Son objectif consiste à développer un produit fiable, en s’appuyant sur des compétences accumulées auprès des chercheurs en mécanique du geste sportif de l’université de Poitiers. Mais c’est en 2016 que les événements se sont accélérés. Le HandyLover a reçu le prix international de l’innovation de l’Unesco pour « la santé sexuelle et les droits humains ». Rien que cela ! Spécialisé dans ce domaine depuis plus de vingt ans, l’hôpital Henry-Gabrielle de Lyon lui a apporté sa caution médicale. Le concept séduit. En juin dernier, le projet a même été primé lors d’un concours national organisé par l’Ocirp (une référence en matière de prévoyance santé), dont le jury était présidé par le généticien Axel Khan.

« Oser l’acheter« 
Tout semble sourire à Rodolphe Brichet, qui est pourtant confronté à un sérieux obstacle. En France, la sexualité comme le handicap sont des sujets tabous. Autant dire que cet objet n’est pas facile à com- mercialiser. « Indépendamment de la reconnaissance et de l’intérêt portés par le corps médical, il faut que le HandyLover soit connu et expliqué aux utilisateurs », reconnaît le chef d’entreprise. Autrement dit, les personnes en situation de handicap vont devoir  « oser acheter » cet équipement. Première note d’optimisme, le réseau Harmonie Médical Service vient d’ajouter le HandyLover à son catalogue et sur Amazon. De quoi booster les ventes. Par ailleurs, Rodolphe Brichet offre quinze jours d’essai et une promotion à tous ceux qui s’engagent à laisser un com- mentaire sur leur expérience. « J’ai besoin de témoignages d’utilisateurs pour convaincre les plus réticents », explique l’intéressé.

Tous ces éléments mis bout à bout confortent l’enthousiasme du fondateur de Mobility Desire, qui admet « ne pas encore se rémunérer ». Seize configurations différentes ont déjà été dessinées. Reste à trouver la trésorerie pour les développer et montrer à nouveau que les Français de- meurent les experts de l’amour sous toutes ses formes.

5 conseils pour trouver l’amour en ligne lorsqu’on a un handicap

Article publié le 12 février 2016 sur le site Internet Ici Radio-Canada.

Quand handicap ne rime pas nécessairement avec asexualité

Article publié le 24 mai 2017 sur le site Internet Le cabinet de curiosité féminine.

Deux sociologues, Johann Chaulet qui a bien voulu répondre à  mes questions, et Sébastien Roux ont décidé de bousculer les idées reçues et de faire tomber les barrières en matière de sexualité et de handicap. Une démarche audacieuse et passionnante.

Johann âgé de 36 ans, est atteint de myopathie des ceintures. Son état nécessite une assistance respiratoire, ainsi qu’une présence humaine permanente. Il a 8 ans quand tombe le diagnostic. Et marchera encore jusqu’à l’âge de 11 ans. Le choc de l’annonce passé, ses parents se battront pour qu’il mène une vie la plus ordinaire possible et qu’il soit scolarisé comme tous les enfants de son âge. Mais Johann veut davantage, gommer au maximum sa maladie. Cette volonté lui permettra, notamment, de faire des études supérieures et de mener une vie sexuelle la plus épanouissante possible. Aujourd’hui sociologue, il est en couple depuis 2 ans. Portrait d’un homme lumineux.

Vous avez publié un article à propos de votre vie sexuelle. Comment est née cette idée ?

J’étais à un tournant dans ma vie sentimentale, avec des questionnements sur ma sexualité, quand un nouveau chercheur a été recruté dans mon labo. Nous sommes rapidement devenus amis, puis confidents. Sébastien travaillait sur ce type de sujet et nous avons pensé faire de nos conversations amicales un objet de recherche. La méthode consistait à répondre à ses questions qui orientaient le débat. Nous nous sommes réunis 5 ou 6 fois pour des échanges enregistrés, qui duraient deux heures environ. Au départ, on pensait écrire un livre, mais finalement on a décidé de commencer par retranscrire notre travail dans un premier article construit autour d’un récit auto-ethnographique.

Y avait-il une démarche militante derrière cette envie de vous mettre en récit?

Au départ non. Ce travail est né de la fin difficile d’une relation amoureuse. J’ai douté pour la première fois de mes aspirations à une vie sexuelle et sentimentale ordinaire en mettant, à tort, sur le compte de mon handicap les complications sexuelles apparues peu avant le terme de cette histoire. Mais très vite l’aspect militant est apparu. Je souhaitais que mon questionnement se fasse en dehors de tous les débats institutionnels sur la sexualité. Moi je ne réclame rien, aucune mesure compensatoire en raison de ma situation. Je voulais seulement montrer que malgré les difficultés, un épanouissement sentimental et sexuel est possible.

Vous « revendiquez » donc plus qu’une relation sexuelle tarifée avec une assistante comme en Suisse par exemple ?

Je ne nie pas que cela puisse apparaître pour certains comme une nécessité et je ne veux pas faire de ma situation personnelle une généralité. Pourtant  je pense que ce type de dispositif, et surtout le fait qu’il concentre toute l’attention sur nous peut avoir des effets pervers. Il peut en effet conduire à nous catégoriser davantage. Cela sous entendrait également que nous n’avons pas la possibilité d’avoir une vie sexuelle basée sur un désir et une attirance réciproques. De plus, il semble inenvisageable d’aller trouver la MDPH en réclamant des moyens, ne serait-ce que matériels, pour une sexualité épanouie. Mais peut-être que si quelqu’un le faisait, ça ferait évoluer les mentalités.

Vous dites qu’en dehors de cette rupture, vous n’avez jamais douté de la possibilité de parvenir à une vie sexuelle et amoureuse. Y compris à l’adolescence ?

A cette même époque j’ai pris mes distances avec les associations et les institutions parce que je voulais que ma maladie « disparaisse ». Je refusais d’être stigmatisé avec un rôle à minima. J’étais décidé à faire des études, à voyager, à « baiser », etc. Cette volonté m’a permis de repousser mes limites. J’ai préféré envisager ce que je pouvais faire plutôt que ce que je ne pouvais pas faire.

A la lecture de votre récit, on comprend qu’il vous a fallu faire preuve d’inventivité pour parvenir à cette intimité épanouissante à la fois pour vous et votre amie :

Oui, il s’agit en même temps d’une sexualité ordinaire, un mec qui baise avec une femme et d’une situation qui reste unique et spécifique. Moi qui suis plutôt sexuellement dominant, il a fallu que malgré mon incapacité à bouger, je trouve le moyen d’exercer cette domination en intimant des ordres à ma partenaire. Le fait d’y parvenir est d’autant plus puissant. Cependant, j’ai bien conscience que tout repose sur celle qui accepte de se faire guider pour m’aider à bouger. Il faut avoir présent à l’esprit que l’autre ne pourra ou ne voudra peut être pas. Mais cela ne m’est jamais arrivé, ce qui montre bien que c’est possible. Ma compagne actuelle a douté d’y parvenir au départ. Mais en expliquant et en donnant la direction, les craintes se dissipent.

Le fait de vous dévoiler si intimement dans ce récit a-t-il été difficile?

Je suis pudique pour l’autre, je ne veux pas imposer à l’autre mon impudeur. Il y a des gens autour de moi qui ont refusé de lire mon texte et je respecte totalement leur position. Mais ma situation m’a bien obligé à abandonner toute pudeur. Lorsque je sors, je dois demander à quelqu’un de m’accompagner pour aller aux toilettes et je suis nu devant ceux qui m’aident au quotidien depuis que j’ai 11 ans.

Enfin, mon amie et moi tenons un blog érotique avec des textes et des photos qui ont une visée artistique. Je pense aussi à un film qui montrerait la réalité du rapport sexuel, mais toujours dans un cadre artistique.

Au niveau sociologique, existe-t-il des données, des études sur sexualité et handicap?

En France, il n’existe pas de données chiffrées à ma connaissance. Cela reste tabou, même dans les associations dont certaines font, par ailleurs, un travail remarquable. Les parents d’enfant(s) en situation de handicap ne conçoivent pas pour eux la sexualité et la procréation. Ils considèrent que cela relève de l’impossible. Il faut être convaincu soi même pour convaincre les autres. Cependant, il y a des études de plus en plus nombreuses sur la question de la sexualité et du handicap, à la fois dans notre pays et aux Etats-Unis. En comparaison, les sociologues américains ont davantage développé le genre auto-ethnographique, en particulier sur ces thématiques. Ici, il reste très marginal.

Merci beaucoup à Johann pour ce témoignage riche d’enseignement. Le travail sociologique qui l’accompagne est rare et précieux. C’est grâce à des personnes telles que Johann que l’on peut espérer faire évoluer les mentalités et le regard que nous portons sur le handicap. Je ne saurais trop conseiller aux lecteurs d’aller lire son récit, très bien écrit qui plus est.

Réaction de Laurence Parent au documentaire Recontres particulières

Laurence Parent nous a autorisé à partager ce statut Facebook qu’elle a publié le 10 avril 2017:

L’an passé, j’ai donné une entrevue dans le cadre d’un documentaire sur l’assistance sexuelle « pour » les personnes handicapées. J’ai accepté en espérant apporter un regard critique sur cet enjeu. En gros, je trouve qu’il y a une tendance à résumer la sexualité des personnes handicapées à l’assistance sexuelle et je trouve que c’est important d’éviter de tomber dans ce piège. De plus, les médias parlent généralement exclusivement de la sexualité des hommes handicapés hétérosexuels.

La sexualité des personnes handicapées est tellement plus complexe. L’assistance sexuelle offerte par des travailleuses et travailleurs du sexe n’en est qu’une dimension qui, du même coup, comporte aussi son lot d’enjeux et de questions. Enfin bref.

Je reconnais toutefois la pertinence d’en parler. Parce que oui, des hommes handicapés ont exprimé le désir d’y avoir recours (note : les gens travaillant sur le documentaire n’ont pas trouvé une femme y ayant recours). Bon.

Le documentaire en question sera présenté demain à TV5. Une bande-annonce est disponible en ligne et deux articles ont été écrits sur le sujet. Un dans La Presse et un dans Le Devoir. Ce n’est pas rien! C’est plutôt rare que les grands médias francophones s’intéressent aux enjeux touchant les personnes handicapées.

J’ai toutefois, une fois de plus, été obligé de constater le recours aux traditionnels clichés capacitistes et j’ai ressenti un profond malaise.

Exemples :

Article de La Presse :
« plusieurs personnes souffrant de handicaps divers »
http://plus.lapresse.ca/…/9d20a680-45e6-47c9-8580-6c1cea8c6…

Article du Devoir :
« Entre libido et tendresse : Mathieu Vachon met en images la misère sexuelle des personnes handicapées »
http://www.ledevoir.com/…/documentaire-travailleuses-du-sex…

Dans la bande-annonce, une voix off dit : « On les imagine asexuées et quand on les touche, c’est pour des raisons médicales ou d’hygiène. »
Eh boy. Par où commencer? *À ceux et celles tenter de me dire « ouin mais c’est court une bande-annonce, on peut pas tout dire ». Je l’sais ben. Mais on peut dire les choses autrement pour éviter de contribuer à la stigmatisation que l’on prétend vouloir remettre en question.

1- Ce ne sont pas toutes les personnes handicapées qui sont touchées que pour des raisons médicales ou d’hygiène. Loin de là…
Plusieurs ont des vies sexuelles actives avec des partenaires handicapés et non-handicapés, toutes orientations sexuelles confondues.
Plusieurs ont été agressé sexuellement (les statistiques démontrent que les femmes handicapées vivent plus de violence sexuelle que les femmes non handicapées).
2- Ce « on » employé par la voix off exclue les personnes handicapées. En 2017, ne serait-il pas temps d’inclure les personnes handicapées dans ce « on » collectif? Ce serait déjà une avancée pour l’inclusion de la diversité sexuelle et des corps. Je dis ça de même.

Le fameux « tabou » relatif à la sexualité dépasse le débat sur l’assistance sexuelle. La bande-annonce et les deux articles cités plus haut en sont la preuve. La télé québécoise notamment regorge de clichés véhiculant l’idée selon laquelle les personnes handicapées n’ont pas de sexualité ou ne sont pas aptes à avoir une sexualité satisfaisante. (Je pense entre autres à l’émission Ruptures où la pauvre femme handicapée de Guillaume Lemay-Thivierge est si tristement confinée à un fauteuil roulant et est, ainsi, inadapte ou inintéressée à avoir une vie sexuelle avec son mari qui, lui, a ainsi toute la légitimité du monde à avoir une sexualité des plus passionnées avec l’héroïne de la série. %?&*(*&!!

Je suis impatiente de voir des représentations diversifiées qui auront, selon moi, des impacts plus grands pour lutter contre les préjugés et les « tabous » stigmatisant les sexualités des personnes handicapées.

Nouveau programme d’éducation à la santé sexuelle pour les adolescents ayant une déficience intellectuelle


Mauricie et Centre-du-Québec, le 17 mars 2017 – L’Institut universitaire en déficience intellectuelle (DI) et en trouble du spectre de l’autisme (TSA) profite de la vitrine qui lui est offerte en cette Semaine québécoise de la déficience intellectuelle pour annoncer le lancement prochain de son nouveau Programme d’éducation à la santé sexuelle pour les adolescents présentant une déficience intellectuelle (PÉSSADI). Le nouvel outil spécialisé sera présenté au cours du printemps en mode virtuel aux intervenants du réseau de la santé et des services sociaux, du réseau de l’éducation ainsi qu’aux membres d’ordres professionnels.

Ce programme viendra soutenir les intervenants dans leur accompagnement offert aux familles pour la mise en place des bases de la santé sexuelle auprès des adolescents, garçons et filles. Son objectif principal est de favoriser chez l’adolescent le développement des habiletés nécessaires à l’épanouissement de sa santé sexuelle.

Le PÉSSADI est conçu pour des jeunes âgés de 10 à 15 ans présentant une déficience intellectuelle légère ou moyenne. Ce programme comprend dix thèmes qui abordent la puberté et l’hygiène relative à la période d’adolescence. Il touche aussi les thèmes en lien avec les sentiments amicaux et amoureux à l’adolescence. Le programme est également un outil de prévention à l’égard des risques liés à la technologie (Internet, médias sociaux) ainsi que la prévention de l’agression sexuelle. Pour chacun des thèmes abordés, les parents et intervenants trouveront des activités à réaliser avec l’adolescent. De plus, certaines activités permettent de travailler l’expression des émotions et l’affirmation de soi.

Mme Carole Boucher, l’une des quatre co-auteurs du programme, explique que les grands principes du PÉSSADI sont de favoriser la connaissance de la réalité des adolescents qui présentent une déficience intellectuelle, de développer leurs habiletés sociales et relationnelles afin d’augmenter leur participation sociale. Le développement des habiletés sociales accentue l’autodétermination des adolescents et les incitent à se responsabiliser. « La responsabilisation ouvre toutes les portes à une meilleure santé sexuelle parce qu’elle permet aux adolescents de se prendre en main, de prendre des décisions éclairées, de se respecter et de respecter les autres, de poser des questions ou d’aller chercher de l’aide si nécessaire. Le but ultime est donc le bien-être des adolescents qui présentent une déficience intellectuelle », précise-t-elle.

De plus, ce programme favorise l’apprentissage de la responsabilisation dans la mesure des capacités des jeunes âgés de 10 à 15 ans, à travers les activités proposées. « Le programme éduque aussi sur plusieurs autres valeurs : l’égalité entre les hommes et les femmes, l’ouverture aux autres et le respect des différences, les relations interpersonnelles enrichissantes, les habiletés sociales respectueuses des codes, des normes et des lois, l’importance de la santé tant physique que psychologique pour tous et le respect du cheminement, considérant les caractéristiques de chaque individu », ajoute Mme Louise Labbé, également co-auteure du programme.

Inspirés des meilleures pratiques, les différents thèmes du PÉSSADI ont été élaborés à la suite de données recueillies dans le cadre des évaluations du Programme d’éducation à la vie affective, amoureuse et sexuelle (PÉVAAS) destinés aux adultes ayant une DI moyenne. Il répond également aux critères des lignes directrices sur la santé sexuelle proposées entre autre par l’Organisation mondiale de la santé et Santé Canada.

Déficience intellectuelle et intimité: des outils

Reportage radio de l’émission Portrait de famille, abordant la sexualité des personnes ayant une déficience intellectuelle.

Transcription d’une entrevue de Carole Boucher, sexologue et agente de planification, de programmation et de recherche au  CIUSSS Mauricie et Centre-du-Québec (segment débutant à 11 minutes 20)

Marianne Paquette (animatrice) : Carole Boucher, bonjour!

Carole Boucher (sexologue) : Oui bonjour!

Marianne: Sexologue attachée au CIUSSS de la Mauricie et Centre-du-Québec, spécialisée en déficience intellectuelle. Carole, vous avez entendu les paroles d’Hugo, établir les limites avec un jeune ado qui a une déficience intellectuelle, ça peut être un petit peu plus complexe. Qu’est-ce que vous pourriez dire à Hugo pour lui donner quelques trucs en ce sens-là?

Carole: D’abord bonjour monsieur Latulippe!

Hugo Latulippe (parent d’une jeune ado ayant une déficience intellectuelle): Bonjour!

Carole: Je crois que tout passe par l’éducation à la sexualité, l’éducation à la santé sexuelle. Quand on fait de l’éducation, quand on se préoccupe de nos adolescents, de nos préadolescents et de nos adolescents, c’est pour leur apprendre d’abord qui ils sont vraiment, et pour qu’ils deviennent des adultes épanouis et responsables, bien sûr. Alors quand on va faire de l’éducation sexuelle avec eux, on va d’abord leur apprendre leur corps. Surtout à l’adolescence parce que le corps change énormément et on veut éviter, je ne dirais pas des traumatismes, mais je dirais des inquiétudes, par rapport aux changements du corps, donc on va travailler cet aspect-là avec eux. On va travailler aussi le fait d’être capable de s’exprimer, je pense qu’il y a du beau travail qui a été fait ici si j’ai bien compris, dans ce cas-ci. Il faut leur apprendre à s’exprimer, mais il faut aussi leur apprendre à dire non, et accepter quand ils disent non. Ils ont droit de dire non à plein de choses dans la vie et il faut qu’on accepte. Alors, je vous donne juste un petit exemple, vraiment pour expliquer ce que je tente de dire: souvent, on a des visiteurs à la maison et on dit aux enfants «va embrasser grand-père ou grand-mère» et l’enfant nous dit «non, je veux pas y aller» et dans certaines familles souvent on fait des remarques en lui disant «tu es impoli, tu dois aller embrasser ton grand-père et ta grand-mère, ça ne se fait pas» alors que c’est le contraire, il faut accepter qu’ils disent non à certains de ces gestes-là et comprendre qu’en fait ils s’expriment sur quelque chose dont ils n’ont pas envie. Et à travailler comme ça l’aspect du respect de nos enfants, de nos adolescents qui vivent avec une déficience, on finit par leur faire comprendre que quand ils ne sont pas à l’aise avec quelque chose, quand ils ne sont pas confortables dans leur cœur et dans leur corps, ils ont droit de dire non et personne va passer des remarques. C’est un premier pas je dirais vers la prévention de l’agression sexuelle, c’est d’accepter qu’ils puissent s’exprimer et dire non à plein de choses.

Marianne: Carole, tout à l’heure Hugo parlait de ces statistiques extrêmement inquiétantes, 60% c’est 4 femmes sur 5 présentant une déficience intellectuelle, qui vivront dans leur vie une agression sexuelle, il y a de quoi s’inquiéter Hugo en effet.

Hugo: Moi en fait dans le cas d’Alphée, ce qui me préoccupe c’est plus la distinction qu’elle ne fait pas entre les différentes personnes qui entrent dans sa vie. Donc, elle va par exemple aller faire un câlin à une nouvelle personne qui elle peut être mal à l’aise, mais dans le cas où cette personne-là pourrait avoir des intentions qu’on ne souhaite pas, ça pourrait être dangereux pour Alphée, donc c’est plus ça notre préoccupation, qu’elle-même ne distingue pas bien les cercles d’intimité disons, ou degrés d’intimité.

Carole: Alors tout à fait, on a des programmes bien spécifiques qui nous permettent d’apprendre aux adolescents ou même aux adultes qui vivent avec une déficience quel type de relation ils doivent établir avec les gens. C’est possible de leur apprendre avec des couleurs, des cercles, bon vous l’avez dit, il y a plein de façons de fonctionner pour leur apprendre ces gestes-là. Mais, je vais vous dire quelque chose, je trouve ça dommage, mais quand on est parent d’un enfant déficient, il faut éduquer notre enfant, mais il faut aussi éduquer notre environnement. Ça veut dire qu’il faut éduquer les gens autour à ne pas recevoir ce type de comportement, surtout quand on arrive à l’adolescence. Un autre exemple que je pourrais vous donner, vous avez le droit de dire à des gens qui vont chez vous «si ma fille se jette à ton cou je te suggère de la repousser gentiment et de lui dire  «mais tu ne me connais pas, si tu veux on va se donner la main.»  Alors, c’est malheureux, mais on est obligés de faire ça aussi dans notre environnement. Ce qui veut dire qu’on est pas tout seul à éduquer cet adolescent ou cet enfant déficient, les autres peuvent y participer aussi en prenant eux-mêmes ces décisions-là quant au type de comportement qu’ils voudraient avoir avec les personnes qui présentent une déficience.

Marianne: C’est intéressant, je n’avais jamais entendu ça Carole avant, ça revient à «ça prend un village pour élever un enfant.»

Carole: Oui exactement, c’est vraiment la maxime la plus intéressante, alors ça veut dire que dans nos familles, il faut informer les gens. Vous savez, un autre exemple, cet oncle qui prend toujours sa petite nièce sur ses genoux pour lui faire un câlin, mais quand elle a 18 ans, il ne faut plus qu’il la prenne sur ses genoux. D’ailleurs, il aurait dû arrêter de la prendre depuis bien longtemps. Souvent, il le fait parce que la jeune fille va s’asseoir sur lui et il ne sait pas quoi faire, il est comme figé, alors malheureusement les parents doivent éduquer et la jeune fille, et l’oncle.

Marianne: Et l’entourage.

Carole: Oui. Lui apprendre que non, ça fait longtemps qu’on aurait dû cesser ces comportements-là.

Marianne: Hugo, est-ce que vous avez déjà, est-ce que ça vous est déjà passé par la tête d’en parler aux proches, aux visiteurs qui viennent chez vous?

Hugo: Oui, j’ai des situations en tête, parce que nous on a un cercle d’amis assez étendu, puis on a souvent des gens a la maison, des amis qui ont des enfants, des petites familles, puis avec les papas par exemple, souvent Alphée va les enlacer et moi je leur dis «mets tes limites», ça m’est arrivé de dire ça, puis souvent je me suis entendu dire «c’est correct», mais là je prends des notes.

Marianne: Oui, ça vous confirme. Carole je vais laisser toutes les informations à Hugo et bien sûr, ça se retrouvera sur notre site, sur ce tout nouveau programme d’éducation à la santé sexuelle pour les adolescents qui présentent une déficience intellectuelle. Ça s’adresse aux ados entre 10 et 15 ans, c’est un outil pour les parents, on parle autant de puberté, d’hygiène, d’intimité, c’est un très très bel outil que vous avez coécrit d’ailleurs Carole.

Carole: Oui. Alors on peut se parler de cet outil-là. Où on va le trouver, où on va trouver le soutien les ressources, alors les milieux de la réadaptation, partout dans les CISSS et dans les CIUSSS, il y a de la réadaptation en déficience intellectuelle. Dans les milieux scolaires où il y a des personnes, des adolescents qui vivent avec une déficience et ces milieux-là vont se procurer le programme, mais on leur demande de travailler en étroite collaboration avec les parents, parce qu’on pense que c’est les parents qui doivent faire l’éducation sexuelle de leurs enfants bien sûr.

Marianne: Donc je laisse l’adresse www.ciusssmcq.ca. MCQ pour Mauricie et Centre du Québec, c’est là que vous trouverez les programmes et toute l’information. Carole Boucher vous êtes sexologue attachée justement à ce CIUSSS, spécialisée en déficience intellectuelle. Merci beaucoup, c’est toujours un plaisir.

Carole: Merci au revoir !

Photographie associée au texte de Geoffroy Beauchemin

Non, ceci n’est pas un documentaire sur la vie sexuelle des personnes handicapées: retour sur le documentaire Rencontres particulières par Kéven Breton

Article de Kéven Breton publié le 13 avril 2017 sur le site Internet de C’est juste de la TV.

Le documentaire Rencontres particulières, diffusé hier sur TV5, braque les projecteurs sur un sujet délicat : l’aide sexuelle. Ce terme réfère à l’obtention de services sexuels par des personnes en situation de handicap qui font le choix d’emprunter cette avenue – pour l’instant illégale – afin d’assouvir leurs besoins. L’enjeu est complexe, mais l’équipe de réalisation réussi à offrir un bon tour d’horizon en soixante minutes.

Toutefois, attention : contrairement à ce qu’on veut vous faire croire, ce documentaire ne parle pas de la sexualité des personnes handicapées. L’erreur est dans le marketing entourant cette émission, qui est présentée sans retenue comme une incursion dans la vie intime des personnes handicapées.

Pas d’homogénéité

(Vidéo : Rencontres particulières) 

Ce n’est probablement pas de la faute au réalisateur Mathieu Vachon, ni celle d’aucun des nombreux intervenants tous pertinents à leur façon. Mais la bande-annonce (ci-haut), et les nombreux articles de presse qui y font référence, présentaient unanimement ce soixante minutes comme une exploration minutieuse de la «vie sexuelle des personnes handicapées».

Malheureusement, ces journalistes devraient savoir que la «sexualité des personnes handicapées» est un concept qui n’existe que dans leur tête. Cette «sexualité» opaque et homogène, associée sans gêne à un groupe d’individus, n’existe pas plus que la «sexualité des homosexuels», la «sexualité des femmes hétérosexuelles noires» ou la «sexualité des informaticiens Gémeaux ascendant Scorpions».

Ainsi une très grande majorité de personnes handicapées ne se reconnaîtront absolument pas dans Rencontres particulières, dont le sujet semble au final fasciner davantage les personnes non-handicapées. D’ailleurs, beaucoup d’autres émissions ont traité de ce même sujet par le passé, dont les Francs-Tireurs ou Médium Large.

Du bon et du moins bon 

(Photo : Rencontres particulières) 

L’assistance sexuelle n’en demeure pas moins un sujet intéressant et le travail de recherche soutenant le documentaire est volumineux. On fait un tour d’horizon… avec même quelques répétitions puisqu’on multiplie tellement les cas de figure d’hommes (et jamais de femmes) ayant eu recours à ces services, qu’on aurait pu explorer d’autres facettes de la vie intime des personnes handicapées.

De plus, certains intervenants expliquent que bien des personnes en situation de handicap ne veulent pas avoir accès à ces services sexuels ou n’en n’ont simplement pas besoin. Malheureusement, non seulement ces extraits sont trop brefs, mais ils n’ont pas retenu l’attention des critiques qui n’avaient d’intérêt que pour les témoignages des hommes ayant clandestinement fait affaires avec des escortes par le passé. Il faut tout de même dire que ces exemples étaient bons et particulièrement frappants : le premier en a retiré une expérience positive, acquérant une dose de confiance nécessaire pour s’épanouir émotionnellement, alors que l’autre en est ressorti troublé et même blessé, après que la travailleuse du sexe lui ait offert un service de mauvaise qualité.

En résumé : le ton est juste, le contenu est étoffé, et en une heure le documentaire parvient à nous faire comprendre certains enjeux reliés à la légalisation de ce service au Canada. Il fallait en parler, c’est chose faite.

On peut donc dire que Rencontres particulières est une exploration journalistique sur la légalisation de la prostitution et des services sexuels, et non pas d’une émission sur la vie sexuelle des personnes handicapées.

D’autres aspects à explorer 

(Photo : Rencontres particulières)

Je souhaite maintenant que les prochains réalisateurs qui aborderont le vaste sujet de la vie intime des personnes handicapées le feront en explorant d’autres facettes peut-être moins provocatrices, mais tout aussi importantes : comment dater dans une ville principalement inaccessible? Comment se passe la réadaptation sexuelle après un accident? Comment sortir pour rencontrer des gens alors qu’on vit sous le seuil de la pauvreté? Comment avoir une vie intime si on se fait refuser l’achat d’un lit double? Comment se rendre au cinéma avec son amoureux, si vous êtes les deux en fauteuils roulants et qu’aucun taxi de Montréal offre un service adapté?

Additionnez tout ceci, et vous commencez à vous rapprocher d’une émission qualifiable «d’exploration de la vie sexuelle des personnes handicapées». Mais ce n’est pas ce dont il est question avec Rencontres particulières. C’est correct aussi, tant qu’on le considère comme tel.

Vous pouvez revoir le documentaire Rencontres particulières  sur le site web de TV5. Attention, vous avez jusqu’au 18 avril pour le faire.

***

Kéven Breton est un militant de l’accessibilité universelle. Pour d’autres articles sur le handicap, vous pouvez le lire sur son blogue URBANIA.

Documentaire Rencontres particulières

Article de Isabelle Paré publié le 10 avril 2017 sur le site Internet du journal Le Devoir.

Vaste tabou que celui de la sexualité des personnes handicapées. Le documentaire Rencontres particulières jette un regard sensible sur l’intimité de ceux qui choisissent de faire appel à des « assistantes sexuelles » pour mettre fin à l’abstinence forcée. Histoires intimes.

On voit d’abord Angelo sur scène devant un micro, assis dans son fauteuil roulant, livrant son numéro, le débit ralenti par la paralysie cérébrale. Devant lui, une foule hilare s’éclate. « Ce que j’aime dans le fait d’être Italien, c’est que nos noms fittent avec notre personnalité. Moi, c’est Angelo : un être spirituel qui n’a pas de sexe. »

Cet être asexué, c’était lui. Avant qu’il ne trouve le cran de monter sur scène pour faire la comédie. Avant qu’il ne recoure à une assistante sexuelle pour apporter un peu de normalité à sa vie d’ascète sensoriel.

Handicapé depuis la naissance, Angelo fait partie de ces personnes pour qui le sexe est longtemps resté un continent inaccessible. Pour qui le quotidien s’écoulait sans érotisme ou orgasme, sans toute autre forme de toucher que la main glaciale d’un préposé ou d’un médecin lors d’un examen médical.

« Est-ce que je vais mourir sans avoir vécu ça ? » se demande Angelo, personnage central de Rencontres particulières, ce documentaire de Mathieu Vachon qui témoigne de la misère sexuelle vécue par de nombreuses personnes handicapées et des moyens choisis pour obtenir un soupçon de sensualité.

C’est en multipliant des entrevues avec des escortes que le réalisateur a découvert cette autre facette de la vie de celles que l’on associe communément à la prostitution. « J’ai réalisé que des escortes consacraient beaucoup de leurs temps à des personnes handicapées. Elles me parlaient de ces clients de façon tendre et attentionnée, ça a brisé tous mes préjugés sur les escortes. J’ai réalisé qu’il y avait là un univers méconnu », raconte Michaud.

Conscient de naviguer aux frontières de nombreux tabous, dont celui de la marchandisation du corps des femmes et de la prostitution, le réalisateur choisit d’aborder de manière frontale la réalité des « assistantes sexuelles » payées pour aider des personnes souffrant d’un handicap à se « reconnecter » avec leurs corps.

C’est la question que soulève Micheline, la mère de Gabriel, jeune adulte confiné dans un fauteuil roulant par une maladie dégénérative. À tort, bien des gens croient les personnes handicapées dénuées de toute libido, en raison de leur handicap, dit-elle. « [Gabriel] voulait vraiment connaître le sexe. On a rien trouvé au Québec [contrairement à ce qu’il existe dans d’autres pays], on a pris rendez-vous avec une escorte », raconte cette mère, consciente d’aller à l’encontre des lois canadiennes.

Sexe légal

Dans plusieurs pays, l’assistance sexuelle est désormais considérée comme une forme d’aide thérapeutique. C’est notamment le cas en Suisse, où, depuis 2003, il s’agit d’un métier légal et reconnu. Dispensés par des thérapeutes formés, ces services sont gérés par des organismes d’aide aux personnes handicapées qui dirigent les requérants vers des thérapeutes. De la caresse à la masturbation, le coût de ce supplément d’amour oscille autour de 162 euros l’heure.

Regain d’estime de soi, amélioration des relations interpersonnelles et sexuelles : les associations attribuent beaucoup de bénéfices à cette forme d’aide. « De l’avoir vécu, ça m’a fait grandir. Je n’aurais jamais fait de l’humour comme je le fais là », confie Angelo, dans le documentaire. Ce genre d’échanges est aussi toléré aux Pays-Bas, en Allemagne, au Danemark. En République tchèque, seul pays de l’ex-bloc de l’Est où est apparu ce genre d’aide, l’organisme Plaisir sans risques propose massage, formation à la sexualité, baisers et étreintes, mais sans relation orale ni pénétration.

Chose certaine, à l’heure actuelle, le recours aux escortes reste souvent la seule issue pour les handicapés. Mais toutes ne sont pas « ouvertes » comme celles croisées par Gabriel ou Angelo, comme nous l’apprend tristement Alex, 23 ans, que le caméraman a suivi dans le secteur Sainte-Catherine et Saint-Laurent. « J’ai suivi une fille dans une ruelle. » Cette fille l’a déshabillé, l’a laissé languir nu dans son fauteuil roulant pendant 30 minutes, avant de revenir lui griffer le corps et le sexe.

Un travail ordinaire ?

Des voix s’élèvent contre ces services tarifés qui, en fin de compte, aboutissent à la « marchandisation du corps ». En France, même si des regroupements d’aide aux personnes handicapées demandent la légalisation de ce type d’aide, le Comité national d’éthique a rejeté la reconnaissance légale des assistantes sexuelles. Il n’existe rien de tel qu’un « droit à l’orgasme », décrient de leur côté des associations de lutte contre l’exploitation sexuelle.

« L’aide sexuelle est une réponse à un problème complexe. Ces expériences peuvent être bénéfiques, mais ne règlent pas tout. Il ne faut pas être naïfs non plus. Des pimps, ça existe, et des escortes exploitées aussi. Décriminaliser, je n’y crois pas. Je crois plutôt à une troisième voie, comme celle retenue aux États-Unis », estime Mathieu Vachon.

Le réalisateur braque en effet sa caméra sur une association californienne d’aide aux handicapés, où thérapeutes et « aidants » — autant des hommes que des femmes — travaillent en collaboration à l’amélioration globale de la sexualité, mais aussi de l’autonomie personnelle. Cette association n’a ailleurs pas que des clients masculins handicapés en mal d’amour, mais des personnes présentant toutes sortes de difficultés, dont 35 % de femmes.

Un peu de tendresse, bordel

« La misère sexuelle est vécue par toutes sortes de gens, de sexe et d’âge divers, pas juste des personnes handicapées », relance le réalisateur au terme de son expérience.

D’ailleurs, ce mal de sexe n’est-il pas le symptôme d’un besoin encore plus criant : le manque de tendresse et de relations humaines ? « Sûrement, confie le réalisateur. D’ailleurs, plusieurs aimeraient finalement avoir une blonde. Je sais que ce sujet soulève des questions sensibles, mais le but n’était pas de juger ou de prendre parti pour ou contre la prostitution. J’espère avoir créé une brèche pour parler de l’isolement et de la vulnérabilité des personnes handicapées et des très grandes difficultés rencontrées pour entrer en relations. »

Rencontres particulières
Réalisateur: Mathieu Vachon, Diffusion: 11, 13 et 17 avril, à TV5

Défaire les préjugés sur la vie sexuelle des personnes handicapées

Article de Catherine Bouchard publié le 9 mars 2017 sur le site Internet de Radio-Canada Alberta.

De nombreux préjugés concernant la vie sexuelle des personnes handicapées demeurent bien présents dans la société. Des Albertains tentent toutefois de faire changer les mentalités en parlant ouvertement de cet enjeu.

Bean Gill a été paralysée des hanches jusqu’au bas du corps subitement en 2012 en raison d’un virus.

Alors nouvellement célibataire, elle a dû conjuguer avec de nouveaux problèmes d’estime de soi. « Je croyais que personne ne voudrait sortir avec moi. J’étais nouvellement célibataire. Je me sentais perdue », relate la jeune femme.

À mesure qu’elle retrouvait de la mobilité grâce à la réadaptation physique, la femme de 35 ans s’est mise à reconnecter avec sa sexualité, bien que les sensations sont devenues différentes. Certains aspects ont changé, tels des spasmes dans ses jambes.

Elle ne voulait toutefois pas, dans les premiers temps, recommencer à sortir avec des hommes, en raison de ses insécurités. C’est sa psychologue qui l’a convaincue de s’inscrire à un site de rencontres en ligne. Elle a mis des photos d’elle avec son fauteuil roulant.

« Je voulais faire cela pour les gars pour qui cela ne comptait pas [le handicap] et plusieurs d’entre eux m’ont contactée. Ça a été vraiment bien », raconte Mme Gill.

Selon elle, les personnes avec un handicap sont souvent perçues comme asexuées.

Michelle Bissell, atteinte de paralysie cérébrale et militante contre la stigmatisation des personnes handicapées, abonde dans ce sens. Elle indique que les gens présument souvent qu’elle ne peut avoir de relations sexuelles.

« Les gens tiennent pour acquis que je n’ai pas de relations sexuelles et que je ne suis pas un être sexuel­. […] C’est une partie de moi comme tout le monde », raconte Mme Bissell.

Elle croit qu’une meilleure sensibilisation et plus d’éducation sont nécessaires pour briser ces préjugés.

Nouvelle formation pour les intervenants

Depuis l’automne, un diplôme de deuxième cycle en santé sexuelle de l’Université de l’Alberta est offert. L’objectif est d’outiller les intervenants notamment sur la question de la sexualité chez les personnes en situation de handicap.

Le professeur en ergothérapie spécialisé en santé sexuelle chez les personnes avec un handicap, Shaniff Esmail, croit que les bénéfices d’une vie sexuelle active chez cette partie de la population sont nombreux, particulièrement pour les personnes nouvelles handicapées.

« Les personnes qui composent avec leur sexualité, qui ont rétabli leur intimité, cette partie de leur vie, ont tendance à avoir une bien meilleure qualité de vie, une estime de soi plus saine, une meilleure image de leur corps, tout cela », explique M. Esmail.

Boutique érotique

Le chercheur recommande d’ailleurs à ses patients de se rendre au Traveling Tickle Trunk, une boutique érotique d’Edmonton orientée sur l’approche positive de la sexualité. Le commerce sert beaucoup de personnes en situation de handicap.

Sa propriétaire, Brenda Kerber, est travailleuse sociale spécialisée en santé sexuelle de formation. Elle aide de nombreuses personnes handicapées à trouver le jouet sexuel qui leur convient.

« Les gens qui viennent de perdre de la mobilité ont l’impression que tout doit changer. Ils se disent qu’ils vont peut-être perdre leur vie sexuelle, qu’ils ne pourront pas faire certaines choses. Certains objets dans l’industrie des jouets sexuels peuvent aider à permettre de [stimuler son partenaire] comme ils le faisaient avant », donne en exemple Mme Kerber.

Selon elle, les services de santé recommandent à leurs patients de se rendre à son commerce, car ils savent qu’en plus de trouver un environnement sans jugement, ils auront aussi de l’information sur une vie sexuelle saine.

Des initiatives comme celles-ci aident à mieux comprendre la réalité des personnes handicapées, estime pour sa part Bean Gill. Elle a d’ailleurs donné une conférence sur son expérience dans le cadre du nouveau programme en santé sexuelle de l’Université de l’Alberta.

« Nous sommes des personnes normales qui ont traversé des épreuves malheureuses, mais nous voulons toujours être désirables et attirantes », conclut-elle.